Partage international no 49 – septembre 1992
par Benjamin Creme
L’article qui suit est une transcription des causeries et des réponses aux questions données par Benjamin Creme lors de rencontres de groupes de transmission qui ont eu lieu à Tokyo et à Okinawa, au Japon, en mai 1987.
Le travail de groupe est la voie du futur. Dans cette nouvelle ère, toute activité s’effectuera à travers des groupes, des affiliations à des groupes, la pensée de groupe, aboutissant finalement à la conscience de groupe. Cette ligne directrice est en accord avec la qualité des énergies s’écoulant de la constellation du Verseau, qui ne peuvent être connues, appréhendées et utilisées qu’en formation de groupe.
A l’origine de l’activité de groupe dans l’ère révolue des Poissons, il s’est toujours trouvé un seul individu, un chef de file, qui, une fois ses objectifs et sa pensée présentés, faisait exécuter ses ordres par les autres membres du groupe. Telle fut la norme au cours des 2 000 dernières années. Afin de répondre correctement à la qualité des énergies du Verseau ainsi qu’aux desseins propres au Plan d’Evolution de l’humanité, cette approche doit changer. Plutôt que d’avoir un groupe d’individus, aussi dévoués soient-ils, qui suivent les ordres de l’un des leurs, peut-être plus puissant, chaque membre doit assumer l’entière responsabilité des pensées, idées, intentions et desseins du groupe.
Il existe, à Londres, un groupe participant activement au travail que j’accomplis depuis mars 1974. Ce groupe a été formé à l’instigation de mon Maître. La première chose que le Maître a dite à propos de la formation de ce groupe, est qu’il ne devait porter aucun nom. Ainsi, en aucun cas, ne saurait-il dresser de barrière autour de lui et de ses idées. Lorsque je parle en public, je peux le faire sans ambages devant n’importe quel groupe. Je ne viens pas d’une direction donnée qui serait « tel groupe » portant « tel nom », « telle association », « telle société ». Mon Maître a également indiqué qu’il ne devait y avoir ni bureaux, ni employés, et que personne ne devait occuper de position particulière, la position et la responsabilité de chaque membre du groupe devant être égale. Naturellement, un tel concept est plus facilement réalisable avec un petit nombre d’individus. Ce groupe, lorsqu’il fut formé, comptait douze personnes, soit treize au total avec moi-même. Bien que beaucoup soient parties et que d’autres soient arrivées — le groupe s’est agrandi — le concept reste le même et cette méthode de travail se poursuit donc dans le groupe de Londres.
Nous sommes dans une période de transition située entre deux âges. Les anciennes structures ne fonctionnent plus très bien et, pour l’instant, les nouvelles n’existent pas encore ; nous nous trouvons dans « l’entre-deux ». Ceux qui travaillent selon les anciennes méthodes individualistes, obéissant à un chef, se verront devenir de moins en moins efficaces, car cette façon de travailler n’est pas en accord avec la qualité des énergies du Verseau.
Le but suprême est la conscience de groupe. Cet état très subtil et difficile à atteindre, est inconnu à l’heure actuelle, sauf de la Hiérarchie. La Hiérarchie Spirituelle, elle, ne connaît que la conscience de groupe et n’a pas du tout le sens de la conscience personnelle séparée. C’est là la perfection et ce à quoi nous devrions aspirer, sans trop se décourager toutefois si nous n’y parvenons pas immédiatement.
La conscience de groupe est l’expression de la conscience bouddhique, mais à notre niveau, nous pourrions dire qu’il s’agit de la synthèse de la pensée qui, dans un groupe, se développe à partir d’une intégration totale de tous les membres, lorsque ceux-ci se trouvent sur un pied d’égalité dans le travail de groupe. Ce type de conscience, qu’est la pensée synthétique de groupe, se développe plutôt lentement et en fonction des circonstances. De même qu’une plante poussera et fleurira juste en temps voulu pour autant que vous lui donniez une bonne terre, de l’eau et de l’humus en quantité adéquate, de même le groupe se développera si vous lui donnez le bon stimulus. Même si le développement de la conscience de groupe nécessite beaucoup de temps, il faudra, pour y parvenir, créer les mécanismes, la forme et la structure qui permettront à cette conscience de se développer. La forme indispensable à la création de la conscience de groupe est une structure permettant la plus complète participation de tous les membres du groupe dans une relation d’égalité. C’est là la démocratie la plus parfaite.
Il est des nations et des cultures qui offrent un environnement favorable et qui trouvent ce processus plus aisé que d’autres. Les Américains, par exemple, n’éprouvent pas trop de difficultés à créer des groupes au sein desquels une certaine mesure de démocratie est appliquée, parce qu’ils recherchent assez consciemment la participation démocratique de tous les membres, et que c’est une chose dont ils ont l’habitude depuis qu’ils vont à l’école. De même, dans les groupes français, il n’y a pas de grandes difficultés à créer des situations où chacun des membres ait l’entière liberté de donner son opinion sur n’importe quel aspect du travail. Je ne sais pas ce qu’il en est en Russie, mais c’est incontestablement vrai pour la France et l’Amérique qui ont connu les premières révolutions en faveur de la liberté individuelle. Cela n’est pas très fréquent en Allemagne, est assez répandu en Hollande et l’est raisonnablement en Grande-Bretagne. Cependant, le Japon a connu pendant des siècles une démarche autoritaire : la loi et les ordres venant d’en haut et d’autres les exécutant.
Ce dont le Japon comme la plupart des autres pays a, me semble-t-il, le plus besoin, est une plus grande participation de la femme dans les groupes. En fait, dans la plupart des pays, les prétendus groupes du nouvel âge ainsi que les groupes de transmission comptent un plus grand nombre de femmes que d’hommes. Cependant, ce sont habituellement les hommes qui prennent les décisions et les femmes qui préparent le thé. Pourtant, selon mon expérience, si l’on veut qu’un travail soit bien fait, c’est aux femmes qu’il faut le confier. La majorité des femmes ont un sens pratique extrêmement développé. Beaucoup d’entre elles ont l’habitude d’élever des enfants, de les conduire à l’école, d’aller les chercher à l’école, d’être à l’heure dans la préparation des repas, etc. Elles doivent avoir les pieds sur terre et savoir exactement où, quand et comment trouver quoi. Ceci leur confère une grande habileté à travailler avec la forme. Evidemment, les gens diffèrent, mais les hommes, d’un autre côté, ont tendance à penser en termes vastes, philosophiques et abstraits.
L’âge à venir est celui de la pleine réalisation du Principe Mère. L’Age de Maitreya est l’Age de Tara, la Mère du Monde. La mère nourrit l’enfant, nourrit la famille, et le principe féminin nourrit la civilisation. Cette raison suffit à elle seule pour donner au principe féminin sa pleine expression. Cela veut dire que toutes les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes. Ceci vaut d’autant plus pour un groupe actif du nouvel âge qui compte généralement davantage de femmes que d’hommes. Afin que le travail soit conforme au nouveau concept de travail de groupe dans l’ère du Verseau, il faut que chacun, homme ou femme, se considère comme membre à part entière, égal et responsable, personne n’étant inférieur ou supérieur à quiconque. Le signe évident d’une authentique démocratie—il n’existe nulle part aujourd’hui de démocratie véritable — est la participation de tous les membres du groupe. La pleine participation est l’objectif futur de tous les pays. Ainsi seulement, en participant aux prises de décisions et aux actions permettant de transformer le monde grâce à un changement de conscience, chaque être humain peut-il s’ouvrir à l’intégralité de son potentiel. Cela commence en formation de groupe ; même en famille. De là, la nécessité d’une communication totale entre tous les membres du groupe et de l’acceptation du concept de responsabilité individuelle et mutuelle.
L’important est le respect mutuel et l’absence d’ambition personnelle. Celui dont la personnalité est ambitieuse peut complètement ruiner le travail d’un groupe. Une telle personne travaillera toujours à la satisfaction de sa propre ambition personnelle et non pour le bien du groupe ou de la cause. Chacun se doit d’être parfaitement honnête envers lui-même et honnête envers les autres. Tous ceux qui travaillent dans le groupe doivent considérer ce qu’ils font comme un moyen de servir le dessein du groupe et nullement comme un moyen de servir leur propre ego, leur propre sentiment d’importance. Ainsi une véritable communication pourra-t-elle s’instaurer entre tous les membres du groupe ; personne ne retenant d’informations en raison d’un sentiment de puissance, mais tout ce qui est connu, tout ce qui peut être communiqué, sera communiqué.
Q. Quel que soit le projet ou le travail considéré, il se trouvera toujours parmi les membres du groupe des idées différentes ou des manières différentes de faire les choses. Si tous les membres sont sur un pied d’égalité et que personne d’en haut ne commande la prise des décisions, comment arrive-t-on à prendre des décisions ? Faut-il suivre la loi de la majorité ?
R. On y parvient grâce au consensus du groupe, et non par l’imposition des idées d’un membre plus influent ou par celles de la majorité. Prenons l’exemple d’un parti politique. Selon l’ancienne méthode, il s’y trouvera en général plusieurs factions qui viendront, chacune, débattre et argumenter les diverses façons d’aborder un problème. On procédera alors à un vote, lequel donnera par exemple quinze voix en faveur de telle idée, six voix contre, trois sans opinion, et ainsi de suite. La majorité emportera la décision. C’est l’ancienne méthode.
Le groupe, dans l’acception du nouvel âge, devrait plutôt chercher à travailler pour arriver de manière naturelle et intuitive à un consensus sur la manière de procéder. Les différences de points de vue résultent des différences de structures de rayons de chacun des membres du groupe, et il vaudrait mieux accueillir ces différences plutôt que de les combattre. Selon leurs rayons, les individus travaillent différemment, voient le monde différemment et conçoivent les choses de manière différente. Le but devrait toujours être de chercher à travailler à partir du point de vue de l’âme des individus.
Sur le plan de l’âme, chaque âme peut travailler en harmonie avec n’importe quelle autre âme, quel que soit le rayon. La Hiérarchie, qui se compose de sept groupes différents, chacun sous l’influence distincte d’un rayon, travaille pourtant en parfaite et totale harmonie, parce que chacun des rayons, de par la vision de la réalité qui lui est propre, contribue à l’enrichissement de la vision d’ensemble.
Les difficultés rencontrées par le groupe procèdent toujours des différences de personnalités. Le but doit être d’agir depuis le niveau supérieur de l’âme ; d’apprendre à consentir à de sages compromis. Bien des difficultés proviennent du manque d’aptitude à faire des compromis, à percevoir la vision du groupe et à tendre vers l’accomplissement du dessein du groupe. Il faut le voir avec les yeux de l’âme, utiliser l’intuition et respecter le fait que chacun travaille à partir d’un point de vérité, d’honnêteté, de sincérité, et voit simplement les choses différemment. Tout le monde est utile parce que chacun apporte une manière unique d’aborder l’idée ou le problème.
C’est ici qu’il nous faut encore une fois parler des femmes. Ayant moins l’esprit de compétition que les hommes, elles se cramponnent moins à leurs propres idées et sont plus portées à considérer le point de vue de l’autre, elles sont plus enclines à la tolérance et mieux à même d’accepter les compromis. Elles ont en général plus de bon sens. Je ne veux pas dire par là que je propose de remplacer la prééminence de l’homme par celle de la femme. Cela reviendrait simplement à changer les rôles sans changer la situation. Nous n’avons pas besoin de dirigeants, mais d’une pleine participation, autrement dit, que chacun accepte d’être responsable.
Lorsque les gens prennent la responsabilité de certaines tâches, il est important qu’ils les accomplissent. Ils ne doivent pas se charger d’une tâche pour ne l’effectuer qu’à moitié, ou même moins, ou pas du tout. L’ensemble du groupe doit pouvoir avoir confiance en la pleine responsabilité de ses membres.
La plupart des groupes engagés dans ce travail sont fortement empreints d’idéalisme. C’est la raison pour laquelle ils répondent à ce message. Les gens idéalistes excellent à la formation de concepts larges, vagues et abstraits, mais il leur manque très souvent l’habilité nécessaire pour que ces idées se manifestent de manière pratique sur le plan physique. Le plan physique est tout aussi réel et important que les autres plans ; il est une partie de Dieu comme tous les autres plans. Pour réellement bien travailler, un groupe a besoin d’une vision — un idéal ou une cause, larges et abstraits — et d’une capacité à la mettre en œuvre dans sa totalité de manière pratique, claire et précise. Le seul moyen d’y parvenir est à vrai dire de s’y atteler. Cela s’apprend avec la pratique.
Q. Il est très difficile de parvenir à une décision qui soit le reflet des idées ou des vues de chacun. Sans procédure de vote, la discussion peut se poursuivre indéfiniment et ne jamais aboutir d un consensus. Faut-il quand même et encore continuer ?
R. Si vous continuez comme cela, vous allez vous rendre compte que les décisions « n’aboutissent » pas, mais plutôt se développent, surgissent d’elles-mêmes. Il est toujours préférable de chercher à travailler depuis le plan de l’âme, depuis le plan de l’intuition qui apporte toujours la justesse, en toutes circonstances. L’âme ne connaît que la conscience de groupe, est totalement altruiste et dépourvue d’ambition personnelle. Les décisions prises à ce niveau transcendent et incluent toutes les différentes personnalités du groupe, tous les différents points de vue.
Il y a aussi le facteur temps. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de vouloir aboutir trop rapidement à une décision. S’il vous faut prendre une décision personnelle, vous vous dites : « Eh bien, je verrai demain matin, la nuit porte conseil. » En quelque sorte, le fait d’attendre le lendemain permet à l’âme de considérer le problème pendant la nuit. De même, le groupe peut « laisser passer la nuit » aussi longtemps qu’il le faut avant de prendre une décision. Le fait de se réunir en vue de prendre des décisions ne signifie pas pour autant qu’elles doivent être prises immédiatement.
Il faut que les gens deviennent plus subtils, plus sensibles à leurs âmes, à la cause pour laquelle ils travaillent et au dessein qui est à l’origine de l’ensemble du Plan. Ils doivent apprendre à appréhender le Plan par l’intuition et laisser ensuite la force d’attraction du Plan les attirer dans la bonne direction.
Lorsque vous vous réunissez en vue d’examiner un projet particulier, commencez par vous relier pendant quelques instants sur le plan de l’âme, sur le plan le plus élevé possible, et invoquez l’âme du groupe qui apportera la lumière sur la décision à prendre ; invoquez l’intuition.
Rappelez-vous qu’aucun individu n’est important ; le groupe est plus important que l’individu. L’ensemble des groupes japonais est plus important que n’importe quel groupe particulier. Et plus important que l’individu quel que soit son groupe, plus important que n’importe quel groupe, est le Plan pour lequel travaillent tous les groupes.
Ce plan implique la venue dans le monde de Maitreya et de la Hiérarchie des Maîtres et sous leur inspiration, par l’intermédiaire de l’humanité, la création d’une nouvelle civilisation. En gardant toujours cela comme mesure de qui vous êtes, où vous êtes et de ce que vous faîtes, vous ne pourrez pas trop vous égarer. Alors vous travaillerez dans le sens même du Plan. Invoquez l’aide de Maitreya. Invoquez son inspiration et ses conseils dans votre travail. Ne dit-il pas : « Mon aide est à votre disposition. Il n’est besoin que de demander. »
Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : sagesse éternelle
Rubrique : Dossier ()
