Rachel Carson inspire les scientifiques d’aujourd’hui

Partage international no 415mars 2023

par Jeane Manning

Des incidents bouleversants poussent les gens à l’éco-activisme. Le 24 mars 1989, l’échouage du pétrolier Exxon Valdez près de mon lieu de naissance en Alaska a renforcé mon propre engagement. La nouvelle que 41 millions de litres de pétrole brut avaient souillé les eaux pures de la baie du Prince William m’a brisé le cœur, et je me suis promise de chercher des inventions d’énergie propre qui fonctionnent en harmonie avec la nature.

J’avais déjà appris, grâce à des scientifiques d’avant-garde, qu’une source d’énergie fondamentale – l’énergie de fond de l’univers – pouvait rendre obsolètes les centrales pétrolières et nucléaires. Pourtant, les inventeurs de générateurs électriques sans carburant manquent généralement de fonds pour poursuivre le développement de leurs prototypes.

En tant que journaliste, je pouvais sensibiliser le public à leurs travaux, ce que j’ai fait aussi par mes livres : Energie libre et technologie et un autre ouvrage non traduit, Breakthrough Power (Energie révolutionnaire), dont j’ai été la co-auteure, a remporté le prix des Editeurs indépendants.

Lorsque des étudiants participant à des conférences sur les nouvelles énergies en Europe m’ont confié qu’ils étaient là parce qu’ils avaient lu mes livres, j’ai su que mes décennies d’entretiens avec des scientifiques et des inventeurs avaient fait au moins une petite différence. Une autre confirmation a été l’invitation à prendre la parole devant trois cents femmes de 25 pays lors du Forum international des femmes pour l’énergie du futur, en 2017 au Kazakhstan. Depuis, un nouveau livre que j’ai co-écrit Hidden Energy (L’énergie cachée, voir Partage international, oct. 2021), a suscité l’intérêt d’étudiants pour le mouvement mondial Breakthrough Energy.

La montée de la mobilisation à l’échelle mondiale me réjouit. Les jeunes plantent des arbres, cultivent des jardins communautaires, et restaurent les ruisseaux urbains. Ils agissent localement tout en pensant mondialement, et se rencontrent en ligne.

« Ceux qui contemplent la beauté de la terre trouvent des trésors de force qui dureront aussi longtemps que la vie. »

Rachel Carson, biologiste


Le combat de Rachel Carson

De son vivant, Rachel Carson (1907-1964) défendait passionnément la nature. Un récent documentaire de la BBC a inspiré le présent article sur son influence durable et sur ses successeurs.

Elle était biologiste et vénérait la myriade d’expressions de la vie dans le monde naturel. Elle a informé le public sur les pesticides non réglementés – des produits tels que le DDT qui endommagent la « chaîne » de la vie. En conséquence, l’utilisation du DDT, insecticide synthétique qui s’attaque au système nerveux a commencé à être règlementée et, dans les années 1970, de nombreux pays l’ont interdit.

Rachel Carson appréciait tellement la nature que ni les menaces de l’industrie chimique ni son combat contre le cancer du sein n’ont pu l’empêcher de publier son livre phare, Printemps silencieux, en 1962. Elle a été emportée par la maladie dix-huit mois plus tard, mais le livre est devenu un best-seller. Il inspire aujourd’hui les défenseurs de la nature. Que dirait-elle aux jeunes qui craignent pour leur avenir ? Je crois que R. Carson aurait de la compassion pour eux qui sont confrontés aux problèmes redoutables de la pollution, du dérèglement climatique, de la menace croissante de la guerre nucléaire et de l’effondrement des économies. Ils sont confrontés aux mêmes forces cupides qui l’ont amenée à décrire son siècle comme « une ère dominée par l’industrie, dans laquelle le droit de gagner de l’argent à n’importe quel prix est rarement remis en question ».

La dévastation résulte également d’un siècle de science matérialiste et réductionniste qui ignore largement la sagesse de la nature. Rachel Carson, en revanche, voyait de l’intelligence et de la beauté dans son fonctionnement.

Si elle avait été présente à une conférence dans la bibliothèque de ma ville il y a quelques années, elle aurait probablement été affligée. Un ami m’avait invitée à m’adresser à un groupe local de jeunes membres d’un réseau international qui met en garde contre les désastres de la pollution. Mon intervention sur la possibilité d’une nouvelle source d’énergie semblait pertinente. Des découvertes telles que la réalité d’une force vitale universelle ne font pas partie des programmes scolaires, nous nous attendions donc à un scepticisme marqué. Ce n’est pas ce que j’ai rencontré.

La conférencière présenta des diapositives et décrit les menaces qui pèsent sur la survie de nombreuses espèces.

Les jeunes gens se sont éteints sous mes yeux. Lorsque ce fut mon tour de parler ; presque tous semblaient privés d’espoir. Je m’attendais à déceler le feu de la jeunesse dans quelques regards lorsque j’ai rapporté ce que j’ai vu – des expériences qui prouvent les principes d’une façon d’exploiter une source inconnue d’énergie pour produire beaucoup d’électricité propre, à partir de prototypes de petite taille.

Le temps imparti à la réunion touchait à sa fin lorsque je pris la parole, et je me lançais peut-être trop rapidement dans le vif du sujet. De nouvelles inventions pourraient apporter l’éclairage, le chauffage ou la climatisation même dans les villages les plus reculés, sans nécessiter de réseau électrique centralisé. J’ai inclus mes arguments issus de décennies de rencontres avec des scientifiques de pointe : « Ces dispositifs ne consomment aucun combustible, pas même de l’uranium ou du thorium. Au lieu de cela, ils utilisent de manière innovante le magnétisme dans certaines configurations géométriques, ou des circuits électriques résonnants, ou un plasma en spirale comme celui que la nature utilise dans le cosmos. »

La conférencière avait l’air peu intéressée, mais j’ai continué. « De petits générateurs pourraient produire des intensités d’énergie bien supérieures à l’énergie solaire, éolienne ou autre énergie conventionnelle. L’étape suivante consiste à transformer les dispositifs expérimentaux en générateurs prêts à l’emploi pour le marché. C’est faisable. Il faut des niveaux de financement ordinaires pour le développement des produits et une extraordinaire sensibilisation du public. »

Comme toujours, j’ai ajouté qu’aucune technologie n’est une panacée. Au contraire, plus une technologie est puissante, plus il faut être prudent, afin qu’elle soit utilisée de manière responsable ou pas du tout. Toutefois, l’abondance d’énergie à faible coût permettrait de s’attaquer à des problèmes majeurs, surtout à une époque où la pénurie énergétique sert d’excuse aux guerres de ressources, aux troubles économiques, à l’injustice sociale et à la pollution qui met la vie en danger. « Ce qui changent les règles du jeu peut permettre de construire un monde meilleur. »

Le temps de la réunion était écoulé, l’organisateur l’a clôturée et les jeunes sont partis.

Si Rachel Carson avait fait cette conférence, qu’aurait-elle dit ? Elle aurait certainement partagé mes préoccupations maternelles. Elle aimait les jeunes ; peu importe qu’elle n’ait pas eu d’enfants. Elle conseillait aux parents d’aider leurs enfants par l’exemple. « Prenez le temps de les écouter et de leur parler des voix de la Terre et de ce qu’elles signifient – la voix majestueuse du tonnerre, le vent, le bruit des vagues ou des ruisseaux qui coulent. Ce n’est que lorsque la conscience et la révérence de l’enfant pour la globalité de la vie sont développées que son humanité envers sa propre espèce peut atteindre son plein développement. »

Rachel Carson n’était pas le type de personne que l’on appellerait une influenceuse. La majeure partie de sa carrière s’est déroulée en tant que biologiste marine discrète au sein du service américain de la pêche et de la faune. Dans les années d’après-guerre, alors que les physiciens nucléaires étaient pratiquement hissés sur un piédestal, le domaine de prédilection de Rachel Carson – la biologie – a été repoussé encore plus loin du cercle d’influence. L’establishment scientifique la considérait comme une étrangère sans doctorat, non affiliée à une université prestigieuse, qui écrivait pour le public plutôt que pour les revues à comité de lecture. La culture scientifique était incontestablement masculine ; les voix féminines étaient ignorées. Elle était considérée comme une simple « vieille fille » qui aimait les lapins et les oiseaux.


Agir avec son cœur

Elle s’est peut-être battue avec les mêmes émotions que les personnes sensibles qui se demandent quoi faire. Sa vie fournit une réponse : n’aspirez pas vaguement à sauver le monde. Trouvez plutôt ce qui vous tient le plus à cœur, puis développez tous vos talents. Sa passion était d’expliquer clairement des sciences complexes et de dénoncer la destruction du tissu de la vie, tout en décrivant avec lyrisme les merveilles de la nature.

Elle a commencé par écrire La mer autour de nous, suivi de The Edge of the Sea (Le bord de la mer, non traduit). Puis elle s’est attaquée au sujet qu’aucun autre scientifique ne dévoilait.

Les produits chimiques ont entraîné la mort de formes de vie – à partir des micro-organismes du sol – lorsque les agriculteurs, les municipalités et les propriétaires ont pulvérisé du DDT sur les champs, les terrains municipaux et les cours d’école. Pour elle, le mot « insecticide » est synonyme de « biocide » et l’expression « contrôle de la nature » provient de la croyance arrogante que la nature n’existe que pour notre confort. « L’homme fait partie de la nature et sa guerre contre la nature est inévitablement une guerre contre lui-même », arguait Rachel Carson.

Le DDT a été largement utilisé alors même que les espèces d’insectes devenaient résistantes. Le DDT s’accumulait dans les sols. En raison de sa stabilité, il se concentrait dans les insectes mangés par des créatures situées plus haut dans la chaîne alimentaire. Si la mort des oiseaux se poursuivait, elle savait que leurs gazouillis printaniers se tairaient.

Dans l’introduction de la dernière édition de Printemps silencieux, Linda Lear souligne qu’en 1962, le livre de Rachel Carson contenait le noyau d’une révolution sociale. Le déchaînement contre R. Carson avait un lien avec le rôle de l’industrie chimique dans la prospérité de l’Amérique d’après-guerre. L. Lear constate : « Le public a attribué aux chimistes, à l’œuvre dans leurs blouses blanches amidonnées dans des laboratoires éloignés, une sagesse presque divine. »

R. Carson avait pourtant expliqué : « Dans cette contamination désormais universelle de l’environnement, les produits chimiques sont les partenaires sinistres et peu reconnus des radiations dans la modification de la nature même du monde – la nature même de sa vie. » Elle faisait référence aux radiations provenant des essais de bombes atomiques ou des sous-produits radioactifs de l’énergie nucléaire. Elle vivait bien avant que les tours de téléphonie cellulaire ne commencent à disperser un autre type de radiation.


Un nouveau danger

Ces antennes que vous voyez aujourd’hui ont permis à l’industrie des communications de mettre en place la quatrième génération de technologie sans fil, appelée 4G. Elle a permis aux téléphones portables d’en faire plus, plus vite. A l’instar des compteurs « intelligents » des services publics, la 3G et la 4G utilisent un rayonnement micro-ondes de radiofréquence modulé, c’est-à-dire pulsé selon diverses séquences pour envoyer des informations. Le choix de l’industrie pour le WiFi comprend généralement la bande 2,4 GHz, une fréquence utilisée dans les fours à micro-ondes.

Beverly Rubik, scientifique américaine lanceuse d’alerte, a ainsi découvert que l’industrie de son pays avait choisi les fréquences de cette bande parce qu’elle pouvait l’utiliser sans frais. Pourtant, le spectre électromagnétique contient d’autres bandes de fréquences et certaines sont bénéfiques pour la santé.

B. Rubik affirme que des études sanitaires appropriées n’ont pas été conduites par une autorité indépendante. Les entreprises et les gouvernements nient les dangers d’une exposition continue aux rayonnements électromagnétiques pulsés, modulés par les données, et le fait qu’ils causent des dommages biologiques à des niveaux plusieurs milliers de fois inférieurs aux directives actuelles d’exposition aux rayonnements électromagnétiques.

La pollution électromagnétique est ignorée tout comme l’avaient été les dangers du DDT. Les abeilles, les humains, les arbres et d’autres formes de vie sont touchés. Au cours des deux dernières décennies, les populations des ruches américaines ont chuté de 90 %. Certes, les insecticides néonicotinoïdes sont cités comme cause de l’effondrement des colonies d’abeilles, mais ces minuscules ouvrières qui pollinisent nos cultures vivrières peuvent aussi être affaiblies par une pollution invisible. Les communications sans fil ont des séquences qui changent constamment. Les insectes et des mammifères ressentent cela comme un facteur de stress.

Une grande partie de ces ondes est inutile, car la communication par fibre optique peut être aussi rapide et plus fiable que les technologies sans fil. L’industrie dispose désormais de la 5G, qui utilise une plus haute fréquence. Parmi les bandes qu’utilisera la 5G figure le 60 GHz. B. Rubik indique que ces hautes fréquences interagissent avec l’oxygène de l’air, que nous respirons.

B. Rubik a fait des recherches dans les bases de données médicales pour connaître l’interaction entre cette fréquence et nos tissus corporels. « Il n’existe aucune recherche. […] Qu’est-ce que cela va faire à la liaison oxygène-hémoglobine dans le sang ? Personne ne le sait. »


Un nouveau modèle 

Beverly Rubik est internationalement connue pour ses recherches sur les bio-champs – les champs d’énergie des systèmes vivants. Je la considère comme l’un des successeurs de Rachel Carson. B. Rubik stipule l’existence d’une force vitale qui parcourt toute la nature. Cette position demande du courage dans une culture scientifique qui nie ces réalités non physiques.

Selon elle, les bio-champs sont « la base de la médecine énergétique, grâce à laquelle les thérapies plus douces agissent en harmonie avec la dynamique innée du corps ». Au lieu de s’opposer à l’idée dominante selon laquelle la vie n’est que biochimique, elle considère la perspective des bio-champs comme complémentaire à celle-ci. Elle nous rappelle également que nous pouvons obtenir des technologies de communications sans onde et affirme que le public devrait exiger des réseaux fibrés.

D’autres scientifiques courageux – 258 spécialistes des CEM (champs électromagnétiques) de 44 pays – ont signé un appel international aux régulateurs. Ils demandent une meilleure protection de la santé contre l’exposition aux CEM. Des dizaines de scientifiques qualifiés ont ajouté des commentaires sur le danger pour les abeilles et les oiseaux ainsi que pour le corps humain.

Nous devons changer radicalement notre façon de traiter les ressources de la nature. Selon le célèbre futuriste Buckminster Fuller, on ne change jamais les choses en luttant contre la réalité existante : « Pour changer quelque chose, il faut construire un nouveau modèle qui rend le modèle existant obsolète. »

De nombreux groupes travaillent déjà à l’élaboration de nouveaux modèles. Leur travail sera plus facile lorsque les nouveaux systèmes énergétiques assainiront l’air et l’eau. Je suis optimiste car le public est de plus en plus conscient des découvertes en matière de nouvelles énergies. Un documentaire de Michael Mazzola et du Dr Steven Greer portant sur la suppression des technologies énergétiques non polluantes, The Lost Century (Le siècle perdu), est prévu pour juin 2023.

Les aliments nutritifs et les herbes cultivés dans un sol vivant, ainsi que les médecines douces, devraient finir par attirer plus de monde que les systèmes contrôlés par « Big Pharma ». Les systèmes holistiques et l’agriculture régénérative dans les fermes familiales sont par exemple plus favorables à la vie que l’agro-business dépendant des produits chimiques.

De bien des façons, les Rachel Carson de notre siècle expliquent comment créer des systèmes qui profitent à toute la vie au lieu de plaire aux multimilliardaires. L’une des figures de proue de ce mouvement est la physicienne indienne Vandana Shiva, qui s’exprime avec éloquence et défend la cause de la préservation des semences. Une forestière canadienne, Susanne Simard, décrit comment obtenir des forêts saines – en permettant au mélange naturel d’espèces de continuer à œuvrer dans leur harmonie naturelle.

Des hommes et des femmes dont les terres ancestrales s’étendent de l’Asie à l’Afrique et dans le monde entier proposent également de meilleures voies. Les populations indigènes qui honorent leurs propres traditions sont les gardiennes de leurs terres et les préservent pour les sept générations suivantes.

La conscience spirituelle a été absente de l’approche mécaniste et réductionniste de la science au XXsiècle. R. Carson, elle, a grandi avec une vision plus large. Linda Lear rapporte que la jeune Rachel « lisait beaucoup de livres de la tradition romantique anglaise (des poètes de la nature aux idéaux nobles) et avait développé un sens personnel de sa mission, sa « vision splendide ».

Rachel Carson insistait sur le fait que « la beauté naturelle a nécessairement une place dans le développement spirituel de tout individu et de toute société. » Où les citadins peuvent-ils trouver cette beauté ? Beaucoup ont accès à un parc ou à un boulevard, où ils peuvent se lier d’amitié avec un arbre. Ils peuvent apercevoir le ciel depuis un balcon. Dans une cuisine, on peut regarder une graine germer et devenir une plante. La force vitale a d’innombrables manifestations ; les animaux domestiques, par exemple, peuvent être un modèle d’abondance de l’amour.

Elle pensait que « plus nous parviendrions à concentrer notre attention sur les merveilles et les réalités de l’univers qui nous entoure, moins nous aurions de goût pour la destruction de notre espèce. L’émerveillement et l’humilité sont des émotions saines, et n’existent pas en même temps que la soif de destruction. »

Ses paroles résonnent à travers les décennies : « L’être humain est plus que jamais mis au défi de démontrer sa maîtrise, non pas de la nature, mais de lui-même. »


Note de la rédaction :

le Maître de Benjamin Creme a fourni des informations rassurantes sur les nouvelles technologies de communication.

Le livre le plus récent de Jeane Manning est l’ouvrage coécrit avec Susan Manevich : Hidden Energy : Tesla-inspired Inventors and a Mindful Path to Energy Abundance (Energie cachée : les inventeurs inspirés par Tesla et un chemin conscient vers l’énergie en abondance, non traduit).
Son site web est https://jeanemanning.com.

Auteur : Jeane Manning, auteure de plusieurs livres sur les énergies alternatives. Elle vit  en Colombie-Britannique (Canada). Voir son site : https://JeaneManning.com
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()