Le problème du mirage 3/5 – Questions-réponses [2e partie]

Séminaire 1999

Partage international no 145septembre 2000

par Benjamin Creme

Nous publions ici la transcription des questions-réponses qui ont suivi la conférence de Benjamin Creme à San Francisco (Etats-Unis), en juillet 1999.

Le mirage et l’initiation de groupe

Q. Avez-vous une idée de la raison pour laquelle nous ne nous sommes pas approchés davantage de l’initiation de groupe ?
R. La principale raison est que c’est difficile. C’est la chose la plus difficile à réaliser pour n’importe quel groupe dans le monde, et c’est pourquoi aucun n’y est jamais parvenu. Si cela avait été facile, de nombreux groupes l’auraient déjà fait. Au cours des siècles, les Maîtres ont tenté diverses expériences avec différents groupes dans l’espoir que l’un ou l’autre d’entre eux parviendrait à l’initiation de groupe ou s’en approcherait, mais ce n’est jamais arrivé. Toutes les expériences ont échoué pour un certain nombre de raisons, notamment à cause des mirages dont sont victimes les disciples.
L’autre raison de ces échecs a été l’absence d’une idée puissante, magnétique, capable de réunir un certain nombre d’individus ayant atteint des niveaux d’évolution légèrement différents, ne se connaissant pas entre eux et dispersés dans le monde entier. Ces conditions sont aujourd’hui réunies par notre groupe. Je veux parler des groupes japonais, américains, sud-africains, européens, australiens, néo-zélandais, etc., qui constituent en fait un seul groupe. Ce groupe travaille aujourd’hui sous l’inspiration de l’idée colossale, magnétique, de la réapparition du Christ et de l’extériorisation du travail de la Hiérarchie spirituelle. Si cette idée n’est pas suffisamment magnétique et puissante pour assurer la cohésion d’un groupe, alors rien d’autre ne pourra l’être. Je ne puis en imaginer d’autres, et les Maîtres eux-mêmes, de toute évidence, ne sont pas parvenus à présenter une autre idée assez puissante pour réunir des groupes dans le monde entier, ayant chacun leur propre culture et
leurs propres traditions, ayant étudié ou non les enseignements de la Sagesse éternelle.
Pourquoi ne nous sommes-nous pas approchés davantage du but recherché ? Le mirage est la principale raison qui nous a rendu incapables, jusqu’à présent, de commencer à mettre en place le processus nécessaire à l’initiation de groupe.
On m’a demandé récemment si nous ne pourrions pas aller plus loin et traiter un aspect plus avancé de l’enseignement des exigences requises, passer de la règle XI à la règle XII, la règle XI étant supposée avoir été suffisamment bien étudiée, digérée et peut-être même appliquée. [Voir : Alice Bailey, un Traité sur les sept rayons : les Rayons et les Initiations.] Le Maître a répondu : « Aucun groupe n’a commencé à appliquer les quatre exigences de la règle XI. » Tant que cela n’aura pas été fait, il n’y aura aucune progression vers l’initiation de groupe.La règle la plus difficile de toutes, semble-t-il, celle qui oblige les gens à affronter leurs mirages, est l’exigence de relations de groupe impersonnelles. Ceci semble être difficile pour tous les groupes, en raison des préférences de la personnalité qui relèvent du mirage. L’exigence requise pour parvenir à des relations de groupe impersonnelles est que ces relations ne devraient tenir aucun compte des préférences et des aversions de chacun. Aimer ou détester sont des opposés et vous devez aller au-delà des paires d’opposés, même si ces préférences s’expriment d’elles-mêmes. Nous pouvons travailler avec les personnes que nous aimons, mais il nous est impossible de le faire avec celles que nous n’aimons pas. Ce sont des réactions de la personnalité qui n’ont pas leur place dans un groupe occulte.
Les groupes occultes n’ont rien à voir avec les personnalités. Ils sont l’expression sur le plan physique d’un regroupement d’âmes qui ont été réunies par la loi karmique, la nécessité ashramique, et le but ou l’intention de l’âme. C’est ce qui fait que le groupe occulte devrait être capable d’accéder à l’initiation de groupe. Nous ne parlons pas d’un groupe de personnes composant une équipe de football, ni d’un groupe d’hommes d’affaires créant une nouvelle société. Ceci est quelque chose de tout à fait différent. Il s’agit d’un groupe d’âmes travaillant consciemment au niveau de l’âme, venant en incarnation en même temps suivant la nécessité ashramique. Les Maîtres savent quels disciples, à un moment donné, à un certain niveau de leur évolution, peuvent être stimulés et guidés vers une relation qui rendra possible l’initiation de groupe, c’est-à-dire vers des relations de groupe impersonnelles.
La plupart des personnes sont incapables de faire preuve d’impersonnalité. C’est le fond du problème. Lorsque vous êtes capable d’être vraiment impersonnel, vous pouvez faire à peu près n’importe quoi. L’objectivité et l’impersonnalité sont les caractéristiques du disciple prêt pour l’initiation. La plupart des gens montrent par leur attitude que, même s’ils ont passé la première initiation, ce qui est le cas de la plupart d’entre vous, parvenir à l’impersonnalité est une chose particulièrement difficile.

Q. Comment différencier l’intuition et une réaction instinctive, émotionnelle ?
R. La plupart des gens ont une approche des choses conditionnée par leur manière habituelle de penser et leurs préjugés, ce qui inhibe leur intuition. L’intuition est une fonction de l’âme qui permet à la lumière de l’âme de se projeter dans le corps mental et à celui-ci de satisfaire aux exigences de l’attention. Une situation se présente et la personne doit réagir d’une manière ou d’une autre. Conditionnée par ses préjugés et sa conception de la vie, elle réagit généralement de la même manière que la veille ou l’année précédente. La décision est rapide et elle repose presque toujours sur une réaction astrale/émotionnelle, et nullement sur l’intuition.
Lorsqu’il faut prendre une décision, vous réagissez suivant ce que vous êtes à un moment donné. Vous êtes toujours plus que ce que vous ne croyez, mais la plupart des gens font appel à leur manière de penser habituelle pour gérer n’importe quelle situation. Cette manière de penser, à moins que la personne ne soit polarisée sur le plan mental, va être considérablement conditionnée par son imagination astrale, ses réactions émotionnelles habituelles face à une impression ou une expérience donnée. L’intuition n’a guère la possibilité d’apporter sa contribution à la situation.

De fausses personas 

Q. Qu’entendez-vous par « fausses personas » ?
R. Certaines personnes, en colère, s’expriment ainsi : « Je lui ai dit exactement ce que je pensais de lui. » Il s’agit d’une réaction instinctive, émotionnelle. C’est l’expression de la persona. Si quelqu’un se perçoit comme fort, il se dit : « Je ne vais pas me laisser marcher sur les pieds. N’ayez crainte. » Ce sont en général des femmes, tout au moins aux Etats-Unis, qui adoptent ce genre d’attitude. Elles deviennent très dures car elles pensent que le monde qui les entoure est contre les femmes, ce qui est vrai dans une certaine mesure. Mais elles ont fait que le monde est ce qu’il est, dans des vies précédentes, tout comme n’importe qui d’autre. Nous sommes tous responsables du statu quo à un moment donné.
Si vous êtes bien décidé à ce que personne ne vous sous-estime, si vous ne voulez pas vous laisser « écraser », utiliser, manipuler, ou rabaisser, si vous avez une attitude défensive dans toutes les situations et si vous vous montrez « dur » et agressif, c’est que vous avez adopté une persona (un masque). Vous n’êtes pas vous-même.
La plupart des gens qui connaissent leur structure de rayons réduisent leur personnalité à l’expression de leurs rayons. Cela n’a souvent rien à voir avec les rayons. Si vous connaissiez leurs parents, vous verriez pourquoi ils sont ainsi. S’il s’agit d’une femme, vous diriez : « Je sais comment était sa mère. » Les femmes prennent position contre ou en faveur de leur mère. Elles projettent dans chaque situation cette persona d’agressivité et d’autodéfense, se préservant, ne donnant rien et ne laissant personne « leur marcher sur les pieds ».
Il s’agit d’une fausse persona. Cela ne ressemble pas à la personne réelle. Cette attitude n’est pas une réaction intuitive venant de l’âme, et elle empêche celle-ci de s’exprimer. Vous connaissez dans votre propre groupe les personnes à qui vous pouvez parler raisonnablement, celles dont l’esprit est ouvert, qui réfléchissent sur elles-mêmes et qui essaieront rapidement de changer, si on leur fait remarquer, ou s’il devient évident, qu’elles sont considérées comme trop dirigistes, trop rebelles, trop tapageuses, trop sûres d’elles, ou quoi que ce soit d’autre.
Si ce sont des personnes réfléchies, elles feront l’effort de changer. Sinon, elles conserveront une persona totalement fausse, qui peut être de construction récente. Pour ma part, je voulais parler de la vieille persona, celle que nous traînons depuis l’école. Nombre de personnes sont composées de fausses personnalités, quelquefois de plusieurs.
Elles les adoptent suivant les circonstances afin de présenter l’aspect qui convient le mieux à telle situation particulière, ce qui leur permettra, pensent-elles, d’être prises au sérieux, considérées comme agréables, sensibles, diplomates, réfléchies, que ce soit réellement le cas ou non.
Les gens traversent la vie, depuis l’enfance et la vie scolaire, en subissant l’influence de leur entourage dans tout ce qu’ils pensent et tout ce qu’ils font. Ils doivent égaler les autres, mieux encore les surpasser, ou, si ce n’est pas possible, atteindre au moins un niveau à peu près équivalent. Aux Etats-Unis le désir d’être accepté est très prononcé à tous les niveaux de la scolarité. Il existe une compétition générale, mais également une compétition pour être accepté des autres. Cela signifie qu’il faut être comme eux, se détacher mais sans être différent, se montrer énergique, mais pas d’une manière différente de celles des autres, afin que tout le monde soit acceptable.
Ce sont de fausses personas que les gens adoptent pour être comme les autres, pour être aimés, être pris au sérieux, afin de ne pas être brimés. Il s’agit de différents fac-similés psychologiques de sois possibles que les gens construisent pour être adaptés à la vie. Ils viennent dans le groupe avec ces différents visages d’eux-mêmes. Lorsqu’ils se sentent satisfaits, acceptés, à l’aise, ils font le maximum pour maintenir cette situation. Et les choses ne changent pas.
Peu de personnes reconsidèrent leur personnalité. Rares sont ceux qui se demandent si ce qu’ils disent aux autres est la vérité, ou si c’est quelque chose qu’ils ont entendu dire par quelqu’un d’autre, quelque chose qui les a fait rire et admirer celui qui l’a dit. Si bien qu’ils répètent la même chose pour être admirés à leur tour. Tout le monde imite d’autres personnes. Nous imitons tous les gens que nous admirons, nous adoptons leur attitude, si éloignée puisse-t-elle être de notre propre personnalité.
Lorsque cela se passe dans les groupes soi-disant spirituels, cela prend une forme bien définie. S’il s’agit d’un groupes new age, vous devez pouvoir lever les yeux vers le ciel, et garder cette attitude suffisamment longtemps pour que les gens reconnaissent votre spiritualité et votre absence de matérialisme. Lorsqu’on distribue de l’argent, vous serez là le premier, mais vous devrez donner l’impression que l’argent ne vous intéresse pas du tout : « Je vous emprunterai de l’argent de temps en temps. L’argent est seulement de l’énergie. Ce n’est que l’énergie du troisième rayon concrétisée, nous le savons tous. Je peux donc vous emprunter de l’argent, quelle que soit la somme, sans vous rembourser. Pour ma part, je ne possède pas d’argent, car l’argent est généralement sale. Ce n’est que de l’énergie souillée. C’est la raison pour laquelle, en fait, je ne m’astreins pas à faire un travail qui me prendrait des heures afin de gagner de l’argent, car je suis au-dessus de cela. J’ai atteint un stade dans mon évolution où je suis parfaitement conscient que l’argent n’est pas une fin en soi. C’est utile, tout au moins l’argent des autres, s’ils veulent bien m’en prêter. » J’exagère un peu bien sûr pour mettre les choses au clair.
Telles sont les personas que les gens présentent. Vous les connaissez. Vous les avez rencontrées. J’en ai rencontrées par milliers au cours de ce travail. Ce genre de personnes ne cessent de me donner des ouvrages sur la nécessité de se montrer gentils les uns envers les autres, et de répandre l’amour et la lumière pour que tout aille mieux dans le monde.
Il s’agit d’un des principaux mirages des groupes new age. « Si les gens comprenaient seulement ce que je comprends, que l’amour et la lumière sont les bases réelles de la vie, le monde changerait. Il n’y aurait plus de problèmes comme ceux qui sévissent au Kosovo, en Bosnie ou en Irlande du Nord. »
Ces groupes new age ou soi-disant spirituels sont victimes des plus grands mirages qui soient, et celui-ci est l’un des principaux. Ils n’ont pas le sens du réel, et par conséquent ils ignorent ce que sont de vraies relations de travail avec d’autres personnes, car ils n’ont jamais travaillé de cette façon.
La plupart des membres de nos groupes viennent du milieu new age. Il n’est donc pas étonnant qu’ils ne puissent avoir des relations de groupe impersonnelles. Ils aiment toujours certaines personnes et en détestent d’autres, qui en fait leur ressemblent, qui ont les mêmes mirages. Nous détestons toujours nos propres mirages lorsque nous les voyons chez d’autres personnes. En nous-même, nous les supportons parfaitement bien, mais chez les autres ils deviennent haïssables. Ainsi les gens ont-ils tendance à diviser le groupe en petits clans. Nous pouvons travailler avec certaines personnes parce que nous pouvons facilement les accepter. En fait, c’est parce que nous avons une approche à peu près identique de la vie. Nous pouvons parler devant une tasse de café, partager un repas et avoir des échanges sociaux. Nous n’invitons pas tout le monde dans le groupe à y participer car nous ne nous entendons pas avec les autres ; ils ne voient pas les choses sous le même éclairage que nous. Cette attitude a cours dans tous les groupes. Il n’existe pas de relations impersonnelles ayant uniquement trait au travail.
Lorsque les gens vivent dans le monde des affaires, travaillent pour une entreprise, les mêmes conditions se manifestent. Ils font connaissance avec d’autres membres du personnel, entretiennent des relations plus ou moins étroites avec certains, et ne parlent jamais aux autres. La même attitude apparaît dans l’activité de service où elle n’a pas sa place. Il est naturel qu’en raison de vos rayons, de votre milieu, de vos centres d’intérêt, vous gravitiez dans la compagnie de certaines personnes plutôt que d’autres. C’est inévitable. Mais en termes de conscience, il ne devrait exister que des relations de groupe impersonnelles. Etant donné qu’il s’agit d’un groupe de service, il est nécessaire qu’il en soit ainsi. Si vous n’y parvenez pas, vous n’avez même pas fait le premier pas pour remplir les conditions requises pour l’initiation de groupe.

Le mirage des groupes américains

Q. Pourriez-vous mettre l’accent sur les principaux mirages des groupes américains ?
R. Les principaux mirages des groupes américains sont les mêmes que dans le reste du monde. Mais ils sont colorés par la personnalité de sixième rayon des Etats-Unis qui domine naturellement la manière de penser, de sentir, et les relations de groupe ici. Les mirages ne sont pas très différents de ceux des Japonais, des Néerlandais, des Russes et des autres pays.
Le problème avec les Etats-Unis, c’est qu’il s’agit d’un pays immense et qu’il est jeune, son âge correspond à celui d’un adolescent. Vous avez deux cent cinquante millions d’habitants. Dans une nation très vaste, vous avez un immense conglomérat de personnes influencées par le même rayon. Lorsque ce rayon est le sixième, cela se remarque. Comment pourrait-il en être autrement ? Ce rayon a construit l’Amérique. Essayez d’imaginer comment les choses se seraient déroulées si, lorsque vous êtes venus pour la première fois en Amérique, vous n’aviez pas été fortement influencés par le sixième rayon, comme c’était le cas à cette époque, tout comme aujourd’hui. L’Amérique n’existerait pas. Elle se serait arrêtée aux environs de New York et aurait disparu. Au lieu de cela, les pionniers ont traversé à pied ou à cheval les Grandes Plaines, et sont arrivés jusqu’aux Montagnes Rocheuses en plein hiver. Ce fut sûrement terrible. Ils ont escaladé la montagne et ils sont descendus sur l’autre versant pour finalement parvenir jusqu’à San Francisco.
Les principaux mirages des Etats-Unis sont ceux du sixième rayon : un idéalisme excessif, une vision en fait très matérialiste, celle d’une « terre d’abondance ». L’abondance est toujours présentée aux Américains par les entreprises commerciales comme le rêve à réaliser. « Vous voulez l’abondance ? Nous l’avons, nous allons vous la vendre. » On vous vend de l’abondance. Vous avez acheté l’idée d’abondance. Il y a quelque chose qui ne va pas dans l’idée que vous vous faites de l’abondance. Lorsque vous reconnaîtrez que disposer du nécessaire en quantité suffisante, c’est connaître l’abondance, vous réaliserez que vous l’avez depuis longtemps.
Tel est le problème de la société américaine matérialiste d’aujourd’hui. Vous ne réalisez pas que la véritable abondance, c’est de disposer de tout en quantité suffisante. La révolution industrielle a apporté la possibilité que tout le monde puisse vivre décemment. Mais malheureusement ce n’est pas le cas, la moitié du monde vit dans la super-abondance alors que le reste vit dans la pénurie ou le dénuement le plus total.
C’est aussi le mirage du sixième rayon. Le Maître Djwhal Khul dit que le monde attend que l’âme de deuxième rayon des Etats-Unis se manifeste. Lorsqu’elle le fera, elle commencera à transformer le monde. Votre pays réalisera alors qu’il suffit que chacun jouisse du nécessaire et reconnaîtra la nécessité du partage. Le mirage de l’abondance auquel succombe pratiquement tout le monde, est absorbé chez vous avec le lait maternel. Toute la publicité montrée à la télévision, depuis que la télévision existe, présente une fausse image de l’abondance. Les soi-disant groupes spirituels sont aussi épris d’abondance. Ils veulent l’abondance, et ils la veulent tout de suite. Ils n’ont aucune patience.
Tout ce qui en vaut la peine, tout ce qui est durable, demande de la patience. Ceux qui travaillent pour la Réapparition depuis des années commencent à perdre patience. C’est pourquoi il y a une désaffection dans certains groupes. Des personnes qui se sont totalement consacrées à ce travail ne peuvent attendre plus longtemps. « Où est-il ? Maitreya est-il réellement là ? J’aimerais pouvoir le croire ! » Peu importe l’évidence grandissant de jour en jour de la présence de Maitreya, peu importent les expériences qu’elles ont pu avoir avec Maitreya ou le Maître Jésus, peu importe le nombre de fois où elles ont eu des visions intérieures et en ont tiré leurs conclusions, après toutes ces années elles commencent à perdre patience. C’est long, de 1982 à 1999, pour que les gens puissent garder espoir. Malheureusement, pour la plupart des personnes, notamment celles qui ont du sixième rayon, c’est l’espoir, l’aspiration émotionnelle, et non une certitude intérieure totale venant de l’intuition, qui les a conduites au travail concernant la Réapparition. Le résultat, c’est l’impatience, la déception. Notre travail est comme celui d’une goutte d’eau, une goutte qui tombe sur la pierre jusqu’à ce que progressivement la pierre s’use et qu’un trou apparaisse. Il doit en être ainsi. Cela exige de la patience.
La patience est quelque chose qui manque généralement aux Américains, pour toutes sortes de raisons historiques. C’est la qualité opposée à la promptitude des Américains à aller de l’avant, à agir, par exemple à se construire une maison. Je n’ai jamais rencontré autant de gens qui, sans être ni maçons ni charpentiers, ont construit leur propre maison. En Europe, si vos moyens le permettent, vous faites construire votre maison par quelqu’un d’autre. Vous ne commenceriez jamais à construire votre propre maison si vous n’êtes pas maçon, à moins d’avoir suivi une formation auparavant. Je connais des gens, aux Etats-Unis qui, sans aucune formation préalable, ont construit une maison. Au départ, vous n’y connaissez rien, mais vous le faites. Ou bien vous partez de San Francisco pour Miami, à des milliers de kilomètres. Vous ne feriez pas cela en Europe. Si vous partiez de Paris et si vous faisiez 6 000 km, vous vous retrouveriez quelque part en Mongolie, à la recherche de Shamballa que vous ne trouveriez nulle part !
Votre conception de la distance et de la vie en général est très différente de celle du reste du monde. Cela vous rend intéressants, mais cela pose aussi des problèmes, par exemple votre manque de patience. C’est un des plus grands mirages : vouloir quelque chose aujourd’hui même, demain au plus tard, plutôt que de le construire progressivement, d’être patient et de le façonner peu à peu. Vous devez façonner la Réapparition. Vous devez façonner votre propre évolution et votre propre développement. Cela ne se fera pas tout seul. Vous voulez seulement « suivre le courant ». Si vous vous contentez de suivre le courant, il ne se passe rien. Votre vie intérieure ne suit pas le courant. Je pense qu’il s’agit en fait d’une attitude paresseuse, fataliste. Beaucoup pensent que s’ils rencontrent la personne qu’il faut et subissent de bonnes influences, ils parviendront au but. C’est probablement vrai. Mais quelle est cette personne ? Quelles sont les bonnes influences ? Vous devez être ouverts, conscients et prêts à recevoir ce qui vous est donné.
Si vous avez lu trop de mauvaise littérature, comme c’est le cas de la plupart de ceux qui s’intéressent au new age, lorsque vous rencontrez ce qui est juste, vous ne le reconnaissez pas. C’est le problème de bon nombre de personnes. Elles ne reconnaissent pas ce qui leur est donné, par exemple l’opportunité de travailler pour la réapparition du Christ et des Maîtres de Sagesse, et pour l’extériorisation de la Hiérarchie. Pouvez-vous imaginer quelque chose de plus important que cela pour l’humanité ? Le Christ marchant à nouveau parmi nous et s’adressant à des millions de personnes à la radio et à la télévision, parlant aux médias, tenant des conférences de presse. C’est ainsi que les choses se passeront. Maitreya ne va pas rester caché en haut d’une montagne. Il va demeurer au premier plan de notre vie.
C’est une fantastique opportunité d’évolution personnelle. Cela ne signifie pas que vous obtiendrez quelque chose, une récompense méritée pour ce que vous aurez fait. Nombre de personnes ont ce genre de sentiment concernant leur activité de service. Elles ne sont pas motivées par un réel désir de servir. Ce qu’elles font les ennuie un peu, mais elles le font car elles pensent que c’est bon pour leur karma. Elles voudraient entamer un peu le lourd bloc de karma qui ne cesse de peser sur leurs épaules, et elles pensent que tout ce qu’elles accomplissent fera une différence. S’il s’agit réellement de service, ce sera le cas, mais s’il s’agit d’un service forcé, conditionné, je doute que cela soit efficace. C’est pourquoi certaines personnes ne changent pas après des années et des années de ce qu’elles appellent du service ou de la méditation. Elles ne semblent pas changer du tout car leur approche du service et de la méditation est irréelle. Leur âme n’est pas impliquée et c’est là tout le problème.

A suivre dans Le problème du mirage  – Questions-réponses  3e partie (Partage international n° 146)

Auteur : Benjamin Creme, (1922-2016) : artiste et ésotériste britannique, ancien rédacteur en chef de Share International. Son contact télépathique avec un Maître de Sagesse lui permettait de recevoir les informations les plus récentes concernant l’émergence du Christ et de s’exprimer sur les enseignements de la Sagesse éternelle.
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Dossier ()