Partage international no 316 – décembre 2014
par Stefanie Spear
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a publié le 2 novembre 2014, à Copenhague, la version finale de son cinquième rapport de synthèse. Ce document affirme que « l’influence de l’homme sur le système climatique est évidente et augmente constamment, impactant à présent tous les continents. S’il n’est pas contenu, le changement climatique menace de causer aux populations et aux écosystèmes des dommages sévères, étendus et irréversibles. » Le rapport passe en revue « les options qui permettraient de s’adapter à ce changement, et les mesures de restrictions à adopter pour que ses impacts ne soient pas irrémédiables. »
Rédigé par plus de 800 scientifiques, ce rapport de synthèse est à ce jour l’évaluation du changement climatique la plus complète jamais réalisée.
« Nous avons les moyens de limiter le changement climatique, explique R. K. Pachauri, président du Giec, les solutions sont nombreuses et assureront la continuité des développements économiques et humains. Il ne nous manque que la volonté de changer, mais nous sommes persuadés que les sciences du changement climatique, une fois comprises, nous en fourniront la motivation. »
Les conclusions du rapport sont les suivantes :
– Les émissions de gaz à effet de serre et d’autres facteurs anthropogéniques sont les principales causes du réchauffement observé depuis le milieu du 20e siècle.
– D’ici à 2050, la proportion des énergies renouvelables dans la production énergétique devra passer des 30 % actuels à 80 %.
– En 2100, il faut avoir presque entièrement cessé d’utiliser les combustibles fossiles sans dispositif de capture et de stockage de carbone.
– Le changement climatique affecte tous les continents.
– La poursuite des émissions de gaz à effet de serre augmentera le réchauffement et changera durablement le climat, « augmentant ainsi la probabilité de dommages étendus et profonds affectant à tous les niveaux les sociétés et la nature dans le monde entier. »
– La menace climatique est particulièrement redoutable pour les pays les moins développés.
Selon Michael Brune, directeur du Sierra Club (ONG environnementale très connue aux Etats-Unis) : « Ce rapport historique du Giec ne nous laisse pas le choix : nous devons passer rapidement à une économie débarrassée des combustibles fossiles polluants, et cela sans attendre demain. Jamais la communauté scientifique n’avait utilisé de termes aussi forts pour s’adresser aux dirigeants du monde et exiger qu’ils se réveillent. Toutes les données indiquent qu’il faut éliminer les combustibles fossiles si nous voulons combattre la misère de par le monde, soutenir la stabilité des gouvernements et des sociétés, et maintenir la vie sur notre planète. Et surtout, ce rapport reconnaît que les solutions sont à notre portée et prêtes à être mises en œuvre. »
Les nations ont collectivement reconnu qu’au-delà de deux degrés de réchauffement climatique, les risques et les dommages causés pourraient être irréversibles. « Les arguments scientifiques en faveur de l’adoption de mesures prioritaires contre le changement climatique sont plus convaincants que jamais, explique R. K. Pachauri. Il nous reste peu de temps avant que ne disparaisse la possibilité même de limiter le réchauffement à 2°. Pour avoir une bonne chance d’atteindre cet objectif à des coûts encore raisonnables, nous devons entre 2010 et 2050 faire baisser nos émissions de CO2 de 40 à 70 % à l’échelle de la planète, si nous voulons arriver à zéro émission en 2100. Nous avons encore cette possibilité. A nous de choisir. »
Le rapport du Giec souligne que si tous les gouvernements travaillent à réduire les émissions, nous pouvons encore beaucoup limiter les risques causés par le changement climatique, et, dans ce cas, des politiques adéquates pourraient permettre aux écosystèmes de s’adapter et aux nations de se développer durablement.
« A l’heure où les nations semblent s’orienter vers une action concertée, ce rapport nous rappelle que les dangers induits par le changement climatique menacent notre planète sur une vaste échelle. En lisant ce rapport, personne ne peut douter de la réalité du changement climatique, déclare Jennifer Morgan, directrice des Programmes climat et énergie à l’Institut des ressources mondiales. Si nous ne réduisons pas drastiquement la pollution au carbone, le prix à payer par les économies de la planète et par ses habitants irait bien au-delà du tolérable. Mais les solutions semblent bien comprises et acceptées. Un faisceau grandissant de preuves mène à la conclusion que la lutte contre le changement climatique peut aller de pair avec un renforcement de nos économies. Le rapport de synthèse devrait orienter positivement les discussions à Lima (en décembre 2014), où les négociateurs devront établir les bases de l’accord qui sera signé l’année prochaine à Paris – un accord qui devra être ferme et universel. »
Reproduit avec la permission de ecowatch.com
Auteur : Stefanie Spear,
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
