Le Prix Nobel de la Paix attribué à l’ICAN
Partage international no 351 – novembre 2017
par Robert Dodge
L’attribution du Prix Nobel de la Paix 2017 à la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN1) rappelle les conséquences humanitaires catastrophiques qui résulteraient de l’utilisation de l’arme nucléaire et place sous le feu des projecteurs l’initiative mondiale en vue de leur abolition, seule l’abolition offrant une garantie fiable afin qu’elles ne soient plus jamais utilisées. Ce prix expose le problème sur la scène mondiale. Les Etats attachés à leur armement nucléaire en raison du faux sentiment de sécurité qu’il leur procure et qui refusent de poursuivre le processus de désarmement, seront maintenant légalement contraints de respecter le Traité de non prolifération des armes nucléaires. Ce prix stigmatise les Etats nucléarisés et donne du crédit aux nations non nucléaires qui se sont prononcées l’été dernier en faveur de l’adoption du Traité d’interdiction des armes nucléaires.
L’ICAN a été fondée en 2007 par la Fédération internationale des médecins pour la responsabilité sociale (PSR) et par Médecins internationaux pour la prévention de la guerre nucléaire, eux-mêmes colauréats du Prix Nobel de la Paix en 1985. L’ICAN et PSR avaient présenté des données scientifiques sur les conséquences humanitaires et médicales liées à l’utilisation des armes nucléaires dans le cadre d’une série de trois conférences intergouvernementales qui se déroulèrent en 2013, 2014 et 2016. En 2016 il s’agissait du Forum multilatéral des Nations unies sur le désarmement qui aboutit aux négociations de 2017 et à l’adoption par 122 pays, le 7 juillet 2017, du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Ce Traité interdit l’utilisation, les menaces d’utilisation, le développement, les essais, l’acquisition, le stockage et le transfert de ces armes et les condamne pour toujours ainsi que les pays qui en conservent.
Dotée d’une équipe de permanents réduite mais particulièrement puissante, l’ICAN a fait preuve de souplesse et d’efficacité, collaborant avec divers groupes et travaillant avec la Croix Rouge et des gouvernements partageant la même orientation. L’ICAN est à l’origine d’une coalition puissante constituée de plus de 400 partenaires répartis dans 101 pays. Elle a créé un mouvement irrésistible et a réoganisé le débat sur les armes nucléaires, générant un élan vers leur élimination.
L’ICAN cite souvent la phrase bien connue de Margaret Mead2 : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés puisse changer le monde. Le monde ne s’est jamais transformé autrement. » Ce prix est un hommage aux hibakusha, les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, ainsi qu’à toutes les victimes de la bombe nucléaire à travers le monde et à leur engagement pour éviter aux générations futures de connaître l’horreur de l’explosion nucléaire.
Jusqu’ici, les armes nucléaires étaient les seules armes non discriminantes qui n’aient pas été interdites. Les armes chimiques et biologiques, les mines terrestres et les munitions à dispersion ont déjà été interdites. Les armes nucléaires représentent la plus grande menace qui soit pour l’humanité et le Traité des Nations unies, grâce au travail accomplit par l’ICAN, constitue une ordonnance pour notre survie.
1. International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires).
2. Margaret Mead (1901-1978), anthropologue américaine.
Auteur : Robert Dodge, physicien à Ventura (Californie), siège au conseil d’administration de la Nuclear Age Peace Foundation et de Citizens for Peaceful Resolutions. Il écrit des articles pour PeaceVoice.
Sources : commondreams.org
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