Oubliez Paris ! Seul un changement radical évitera le seuil critique des 2°C

Partage international no 339novembre 2016

par Lauren McCauley

Les leaders mondiaux ont ratifié en grandes pompes l’accord sur le climat de Paris, mais un groupe de scientifiques de renom avertit que les engagements actuels sont loin d’être suffisants et ils n’empêcheront pas que le seuil critique des 2°C soit atteint d’ici 2050.

« Ces engagements ne nous permettront même pas de nous rapprocher de cet objectif, a déclaré sir Robert Watson, ancien président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), et auteur principal du dernier rapport qui s’adresse aux gouvernements du monde. Si vous voulez vous attaquer sérieusement au problème, il vous faudra faire beaucoup, beaucoup plus. »

Judicieusement intitulé La vérité sur le changement climatique, ce rapport a été émis par le Fonds écologique universel (FEU), basé en Argentine, et fait partie d’un nouveau courant de recherche qui annonce que les seuils climatiques majeurs seront atteints beaucoup plus rapidement que prévu.

Conduite par R. Watson, l’équipe a examiné les engagements climatiques connus sous le nom d’Intentions de contributions réparties par pays (INDC), qui ont été annoncées par les signataires de la COP21. Sa conclusion est qu’en raison des retards pris dans la réalisation des engagements, il ne sera pas possible de maintenir l’accroissement de la température terrestre sous le seuil des 1,5°C.

Selon le rapport : « Il est très probable que l’objectif des 1,5°C ne soit pas atteint vu l’absence de mesures prises pour stopper les émissions de gaz à effet de serre au cours de ces vingt dernières années. Selon l’Organisation météorologique mondiale, en 2015, la température moyenne générale avait déjà dépassé de 1°C celle de l’ère pré-industrielle. C’est une augmentation significative en comparaison de celle de 0,85°C constatée par le Giec en 2012.

Un réchauffement supplémentaire de 0,4 à 0,5°C est attendu à cause des gaz à effet de serre émis dans le passé. Ce décalage de la température dans le temps est dû à la lenteur de la réaction du système atmosphérique océanique face à l’augmentation des concentrations des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

« Selon les prévisions, la décroissance des émissions mondiales de gaz à effet de serre ne surviendra pas assez rapidement, même si les engagements étaient totalement réalisés, engagements nécessitant le respect de la promesse d’aide annuelle de 100 milliards de dollars aux pays en développement. En conséquence, l’augmentation de 1,5°C serait atteinte au début des années 2030, et celle des 2°C d’ici 2050. »

Par ailleurs, les chercheurs ne mâchent pas leurs mots lorsqu’ils font porter la responsabilité des engagements non tenus « aux intérêts des politiques et des lobbies » en leur associant ceux qui « profitent de la vente des carburants fossiles » et qui « encouragent délibérément la désinformation » quant à la situation réelle. Cette nouvelle étude, parue la veille de la ratification de l’accord de Paris par les leaders européens, se conclut par un appel encourageant les nations à « élever les ambitions des INDC » et à « changer radicalement les méthodes de production et de consommation en matière d’énergie ».

Dans la même ligne que les conclusions d’un rapport publié la semaine précédente par Oil Change International1, organisme de surveillance des carburants fossiles, le rapport du FEU ne laisse aucune ouverture possible à un quelconque projet nouveau qui impliquerait l’extraction ou l’utilisation de carburants fossiles. Si les engagements restent en l’état, les scientifiques prédisent que les Etats-Unis ne tiendront pas leurs engagements pour 2025 si des « changements fondamentaux » ne sont pas réalisés.

En l’espace d’une semaine, deux rapports émanant de sources différentes nous ont averti que le seuil des 1,5ºC serait très vraisemblablement franchi au cours de la présente décennie et, selon les estimations actuelles, il est prévu qu’un record de température vieux de deux millions d’années soit battu.

Alors que 2016 est en passe de battre un nouveau record de température, un autre seuil critique a été atteint : le taux de carbone dans l’air a définitivement dépassé les 400 parties par million (ppm).

Récemment invité de la chaîne Democracy Now!, Bill McKibben, cofondateur de 350.org, a réitéré son appel à une mobilisation à l’échelle de la Seconde Guerre mondiale pour combattre le « siège » imposé par le réchauffement mondial : « Nous n’avons aucune chance de nous attaquer au changement climatique, sans nous mobiliser avec une ampleur inédite depuis très longtemps.

Ici, il ne s’agit pas de faire la guerre au changement climatique ; la vérité est que nous sommes plutôt en état de siège. Nous perdons du terrain tout le temps. Des îles entières disparaissent littéralement. Nous avons perdu de vastes étendues de coraux partout dans le monde cette année. Le Pacifique et l’Océan indien ont été balayés par des courants d’eaux chaudes. Dans beaucoup d’endroits, en l’espace de quelques semaines, 80 à 90 % des coraux ont disparu d’atolls qui étaient là depuis toujours dans l’Arctique. Des glaces présentes depuis des millénaires ont maintenant disparu. Vu de satellite, le monde est complètement diffèrent de ce qu’il était il y a trente ans.

Alors, la question n’est pas de savoir si nous sommes attaqués ou pas. Mais plutôt de savoir si nous allons nous battre ou continuer à écouter les Exxons de ce monde et ne rien faire. »

1 – Oil Change International : The Sky’s Limit : Why the Paris Climate Goals Require a Managed Decline of Fossil Fuel Production.

Auteur : Lauren McCauley, journaliste chez Common Dreams.
Sources : commondreams.org
Thématiques : environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)