Partage international no 350 – octobre 2017
Au lendemain de l’ouragan Harvey, la tempête la plus dévastatrice qui ait jamais frappé l’Amérique continentale, « c’est le bon moment pour parler du changement climatique et des diverses injustices systémiques ‑ du profilage racial à l’austérité économique qui transforment des catastrophes comme Harvey en catastrophe humaine », écrit l’auteure et activiste Naomi Klein [le 28 août 2017, avant les ouragans Irma et José].
La majeure partie de la couverture médiatique de la catastrophe s’est concentrée sur les niveaux de précipitations sans précédent produits par la tempête, a déclaré N. Klein dans un article sur le site Web The Intercept. Et sur le fait que personne ne l’ayant vu venir, personne ne pouvait s’y préparer de manière adéquate.
Ce dont on entend peu parler, c’est de la cause de tels événements météorologiques records qui se suivent avec une telle régularité que l’expression « record-battu » devient banale à la météo. En d’autres termes, on ne parle encore que peu voire pas du tout du changement climatique.
Ceci, nous affirme-t-on, afin de ne pas « politiser » une tragédie humaine toujours en cours, ce qui part d’une intention compréhensible. Mais voilà : chaque fois qu’un événement météorologique sans précédent nous touche dans notre chair, comme une sorte de sanction divine imprévisible, les journalistes prennent une décision hautement politique. Celle de ménager les sentiments et d’éviter la controverse au dépend de la vérité, si difficile soit elle.
Le réchauffement global conduit à des précipitations extrêmes : de longues périodes de sécheresse interrompues par des chutes de neige ou de pluie massives, loin des modèles prévisibles et plus stables dans lesquels la plupart d’entre nous ont grandi.
Parce que la vérité c’est que de tels événements
ont depuis longtemps été prédits par les scientifiques du climat.
Le réchauffement des océans engendre de plus puissantes
tempêtes. La hausse du niveau des mers signifie que ces
tempêtes surviennent dans des endroits
qu’elles n’atteignaient pas auparavant.
Selon Noami Klein, dans des circonstances idéales, après l’urgence immédiate, devrait se tenir un débat public réfléchi sur les implications politiques de la tempête en termes d’infrastructure, de sources d’énergie et de plan d’aide sociale au profit des personnes les plus vulnérables de la société ‑ y compris des pauvres, des malades et des personnes âgées ‑ qui vivent dans des situations de plus en plus précaires. Et peut-être même une discussion sur les liens clairs entre la perturbation du climat et les migrations, et le rôle des politiques américaines dans l’aggravation du problème.
« Mais nous ne vivons pas dans un monde qui permet ce type de débat sérieux et mesuré, écrit N. Klein. Nous vivons dans un monde où les forces au pouvoir ont montré leur empressement à exploiter la crise à grande échelle comme diversion, comme en témoigne la focalisation sur les urgences de vie et de mort, et le passage en force de politiques régressives, des politiques qui nous poussent toujours plus loin dans une voie perçue à juste titre comme une forme d’apartheid climatique.
[…] Cela signifie qu’il existe un impératif moral pour les personnes informées et de secours à nommer les véritables causes profondes de cette crise ‑ reliant clairement la pollution climatique, le racisme systémique, le sous-financement des services sociaux et la surcharge de la police. Nous devons également saisir le moment pour proposer des solutions intersectorielles qui réduisent considérablement les émissions carbone tout en luttant contre toutes les formes d’inégalités et d’injustices.
Et cela doit se produire maintenant ‑ précisément lorsque les énormes coûts humains et économiques de l’inaction sont perçus par l’opinion publique. Si nous échouons, si nous hésitons en nous demandant ce qu’il est approprié ou non de faire en cas de crise, nous ouvrons la porte aux acteurs impitoyables qui exploiteront le désastre à des fins prévisibles et néfastes. »
Naomi Klein conclut : « Parler honnêtement de ce qui alimente ces catastrophes en série ‑ même si elles sont en train de se produire ‑ n’est pas irrespectueux pour les gens en première ligne.
En fait, c’est le seul moyen d’honorer réellement leurs pertes, et notre dernier espoir d’empêcher un avenir marqué d’innombrables autres victimes supplémentaires. »
Date des faits : 28 août 2017
Sources : theintercept.com
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
