Mexique : ces femmes qui ont sauvé leur quartier

Partage international no 441mai 2025

par Cher Gilmore

Un jour de 2017, quatre femmes se trouvaient assises autour d’une table de pique-nique à El Manglito, un quartier de La Paz, au Mexique, rendu célèbre par ses pêcheurs de perles dont John Steinbeck parle dans son livre, la Perle. Ces femmes discutaient de la pollution et de la disparition des mangroves, des trafiquants de drogue, des jeunes au guidon de motos au bruit assourdissant, des pêcheurs clandestins faisant main basse sur les coquillages et les crustacés, et des gens qui abandonnaient leurs détritus dans des décharges illégales. Tout cela ruinait leur quartier « Ça va mal et cela empire » se plaignait une des femmes. Aucune d’entre elles n’était très éduquée mais elles savaient qu’elles risquaient de tout perdre si rien ne changeait.

Avec cette prise de conscience, elles ont décidé de s’occuper du nettoyage de leur littoral. Mais elles ne voulaient pas faire ce travail gratuitement. Elles se sont donc rapprochées des preneurs de décisions mâles en leur expliquant leur plan. Les hommes ne se sont pas laissés impressionner mais ont fini par accepter un peu à contre cœur de verser des salaires pour cinq femmes. Suite à cela, 14 femmes se sont rassemblées autour de la table de pique-nique pour en discuter. Et elles ont accepté l’offre, bien que le partage de leur rémunération ne laisserait que très peu à chacune. C’était le principe plutôt que l’argent qui comptait.

Elles ont d’abord placé des rochers autour des plantations pour empêcher les camions d’y entrer et d’y jeter des détritus, et pour dissuader les motocyclistes. Elles ont creusé des canaux partant de la mer afin de rétablir la circulation de l’eau vers les mangroves et ont enlevé les détritus. Elles ont même surveillé les rivages – pendant la journée pour dire aux bateaux de pêche illégaux (souvent leurs proches !).de s’éloigner, et la nuit pour se confronter aux trafiquants de drogue et de leur dire de partir.

Photo : Bishnu Sarangi,  via  Pixabay
Des mangroves sur la plage.

Dès l’année suivante, toute la zone était méconnaissable. Les mangroves étaient vertes et en bonne santé, les trafiquants de drogue étaient partis, les dépôts sauvages avaient cessé et la plage avait retrouvé sa beauté originelle. De plus, les pêcheurs d’El Manglito avaient petit à petit fini par comprendre qu’il fallait respecter les quotas afin de permettre aux coquillages et aux crustacés de prospérer.

Les femmes se sont appelées Guardianas del Conchalito, (les Gardiennes des coquillages), et ont fini par se constituer en une communauté coopérative légalement reconnue qui offre un salaire décent à tous ses membres grâce à son projet durable dans le secteur des coquillages et des crustacés. Elles ont bénéficié de financements d’organisations écologistes telles que Wildcoast, une association caritative californienne dédiée à la conservation des côtes et des écosystèmes marins.

Celeste Ortega, responsable pour Wildcoast de la conservation des mangroves, raconte : « Au sujet des mangroves, nous avons expliqué à ces femmes, que ce n’est pas ce qui se passe dans les océans, mais aussi ce qui se passe sur terre qui affecte les crustacés. Les arbres sont une partie vitale de l’écosystème et c’est pour cela que les coquillages et les crustacés sont là : ils s’accrochent à la végétation et c’est comme cela qu’ils grandissent. »

En ce qui concerne la gestion de la coopérative, l’une des membres explique : « Nous gérons les choses d’une autre manière que les hommes. Ils ont une attitude plus individualiste ; nous travaillons de manière démocratique. Nous nous réunissons chaque lundi, nous discutons des choses, nous prenons des décisions ensemble. »

Ce travail dédié à l’environnement a été bénéfique mais pas seulement au niveau des salaires versés. Les enfants des gardiennes en ont aussi bénéficié. Une des filles des gardiennes a étudié la biologie marine et est devenue la première diplômée universitaire originaire d’El Manglito. Une autre fille de gardienne poursuit en ce moment des études universitaires dans le domaine de la bio-ingénierie et de l’agriculture. Les filles en particulier sont fières de leurs mères et de ce qu’elles ont accompli.

Mais, en dehors de l’environnement, ce qui a le plus changé pour les Guardianas del Conchalito, c’est leur propre vie. « Avant tout ceci, je ne croyais pas vraiment en moi, a déclaré une des membres, mais maintenant je sais que je peux réussir des choses. Je sais que c’est possible. » Et puis elle a ajouté : « En vérité, nous n’avons pas seulement transformé la mangrove mais nous nous sommes aussi transformées nous-mêmes. »

Lieu : El Manglito, un quartier de La Paz, Mexique Auteur : Cher Gilmore, collaboratrice de Share International basée à Los Angeles (Californie).
Sources : The Guardian
Thématiques : environnement, femmes
Rubrique : De nos correspondants ()