Partage international no 148 – décembre 2000
Nelson Mandela, ancien président d’Afrique du Sud, était l’invité d’honneur du congrès annuel du Parti travailliste de Grande-Bretagne, qui s’est tenu en septembre 2000. Après une acclamation de sept minutes, M. Mandela conclut ces journées en remerciant le Parti travailliste pour son soutien et sa solidarité durant les années d’apartheid. Il mit l’accent sur la nécessité de maintenir le même esprit de solidarité face aux problèmes actuels de mondialisation, tout particulièrement dans les pays en voie de développement. Voici quelques extraits de son discours :
« […] Le monde est aujourd’hui le village mondial dont nous avions l’habitude de parler en termes métaphoriques. Aujourd’hui, tout événement est connu dans le monde entier et affecte quiconque où qu’il soit.
Le danger vient du fait que la mondialisation peut se réduire à la libre circulation des biens et des capitaux, à l’accès libre aux marchés et à la suppression des barrières commerciales. Le souci du bien commun qui caractérisait cette solidarité internationale dont je viens de parler, est en perdition dans la conception actuelle de la mondialisation.
Nous pourrions penser que le rétrécissement du monde, suite aux progrès en matière de télécommunication et de technologie de l’information, nous aurait incité à nous préoccuper davantage de nos frères et sœurs où qu’ils se trouvent […] C’est avec tristesse que nous constatons, qu’en dépit des progrès considérables accomplis par l’humanité dans les domaines scientifiques, technologiques et économiques, la pauvreté et les inégalités sociales demeurent des caractéristiques de la plupart de nos sociétés […]
Dans notre pays, la pauvreté reste le plus grand problème social, et son éradication constitue le plus grand défi de la politique et de la société. Nous avons constitué une démocratie sans distinction de race, basée sur une des constitutions les plus modernes au monde. Notre société, autrefois divisée, s’est reconstituée dans un esprit de réconciliation nationale garantissant la stabilité de notre vie politique ; nous pouvons maintenant vivre nos différences dans le cadre de notre démocratie constitutionnelle. La gestion de notre économie est largement reconnue pour avoir su maintenir la solidarité des principes essentiels macro-économiques.
Lorsque nous avons lancé notre économie sur les rails de la reconstruction et du développement, nous avions orienté les bénéfices de la croissance vers la création d’emplois et une prospérité accrue pour tous, mais cela ne s’est cependant pas mis en place au rythme où nous l’espérions. La croissance d’une économie n’est plus simplement une question d’ordre national. La mondialisation fait échouer les projets nationaux les mieux préparés, car nombre de facteurs internationaux échappent au contrôle du pays. Nous l’avons constaté lors de la crise financière sur les marchés asiatiques, même si notre économie y résista mieux que la plupart de celles en voie de développement. La croissance d’une économie telle que la nôtre dépend de façon cruciale des investissements étrangers et cependant nous devons bien constater que la stabilité politique, le progrès social et la saine gestion économique d’un pays sont souvent ignorés lorsque des décisions d’investissement se prennent. De même que par le passé nous luttions ensemble pour nous opposer à l’apartheid en Afrique du Sud, nous devons maintenant joindre nos forces en faveur de la croissance et du développement.
L’Afrique du Sud démocratique n’a pas la prétention de devenir une puissance dominante dans sa région, en Afrique ou dans les pays en voie de développement. Cependant, nous avons pris conscience de la responsabilité que nous avons de mettre en avant les problèmes communs à ces régions lorsque nous agissons sur la scène internationale […]
La bonne santé d’une démocratie dépend finalement de la vitalité de ses partis politiques et de la participation active de ses citoyens. Nous formulons le souhait que reste vivace l’esprit de solidarité qui a inspiré le Parti travailliste depuis tant d’années. Nous souhaitons que ce siècle soit celui où les pauvres et les délaissés retrouvent leurs droits et où les grandes inégalités sociales du passé soient éradiquées. »
