Partage international no 353 – février 2018
Interview de Marisa de Belloy par Monte Leach
Cool Effect est une association californienne sans but lucratif fondée en 2016 qui offre à chacun un moyen de « prendre des mesures immédiates et tangibles pour réduire le changement climatique ». En contribuant à l’un des projets présentés sur cooleffect.org, qui ont fait l’objet d’une vérification scientifique, on peut réduire les émissions de CO2 pour un prix aussi bas que 6 dollars la tonne. Situés dans le monde entier, les projets ont des effets supplémentaires : par exemple ils aident les communautés locales ou sauvent des espèces menacées d’extinction. Marisa de Belloy est PDG de Cool Effect. Monte Leach l’a interviewée pour Partage international.
Partage international : Quel est le rôle de Cool Effect ?
Marisa de Belloy : Cool Effect est une plateforme de financement participatif de projets de réduction de la pollution au carbone. Une équipe de scientifiques sélectionnent ce qu’ils considèrent comme les projets les plus efficaces au monde pour réduire la pollution par le carbone.
Sur notre site Web, nous fournissons autant d’informations que possible sur chacun de ces projets le contexte, l’emplacement, les avantages et les inconvénients du projet, les documents de vérifications et nous invitons les gens à soutenir les projets qui les intéressent.
Essentiellement, nous visons les 145 millions d’Américains et les millions d’autres dans le monde qui se disent préoccupés par les changements climatiques. Des gens qui font déjà tout ce qu’ils peuvent pour lutter contre la pollution par le carbone que ce soit en recyclant, en mangeant moins de viande ou en voyageant moins mais qui veulent faire plus. C’est une façon d’en faire plus.
PI. Comment Cool Effect trouve-t-il ces projets ?
MB. Nous partons des multiples projets qui émettent des crédits carbone. Il en existe environ 10 000 dans le monde. Cela signifie qu’ils ont suivi un processus pour satisfaire aux exigences de l’une des principales normes internationales en matière de crédits de carbone, comme la norme Gold Standard ici en Californie, la Carbon Action Reserve ou la Verified Carbon Standard. Ceci est totalement indépendant de Cool Effect. Les projets ont été vérifiés par une tierce partie dans le cadre de ce processus. Chaque année, ils doivent présenter des documents prouvant qu’ils font toujours ce qu’ils ont dit faire au début.
Comme je l’ai mentionné, nous avons une équipe de scientifiques et de professionnels qui repèrent parmi ces projets éprouvés scientifiquement ceux qui font le meilleur travail. Nous effectuons une vérification détaillée – aussi bien au niveau scientifique que financier. On ira voir les projets. On verra s’ils font ce qu’ils disent faire.
Pour chacun de ces projets, l’objectif premier est la réduction de CO2. Mais tous les projets sur notre plateforme offriront ce que l’on appelle des bénéfices indirects. Cela peut aller de l’amélioration de la santé des femmes et des enfants, par exemple, dans le cadre d’un projet de four de cuisson en Ouganda, à la sauvegarde d’espèces animales et végétales rares dans le cadre d’un projet forestier au Pérou, en passant par la création d’emplois dans une réserve amérindienne, comme notre projet de capture du méthane au Colorado.
PI. Pourriez-vous nous parler d’un de vos projets favoris.
MB. L’un d’eux serait le projet Mirador au Honduras. Ils travaillent avec les familles locales dans les zones rurales du Honduras pour construire des cuisinières améliorées qui utilisent moitié moins de bois que les fourneaux traditionnels. Les cuisinières écologiques économisent du bois, du temps et de l’argent pour les familles, éliminent la fumée toxique dans la maison et aident la planète en épargnant les forêts et en réduisant les émissions de carbone.
Le projet Mirador change radicalement la vie des gens qui ont ces cuisinières. Auparavant, les femmes cuisinaient sur des feux ouverts dans de minuscules habitations ressemblant à des huttes. Elles souffraient de taux incroyables de maladies respiratoires et d’autres maladies, tout comme les enfants qui se tiennent près de leur mère lorsqu’elle cuisine. Cela a disparu lorsqu’elles ont eu une cuisinière efficace et que la fumée a été évacuée de la maison.
Les poêles sont construits avec de la brique et du mortier et sont munis de cheminées, et ils sont conçus pour cuire plus rapidement davantage de nourriture, ce qui permet aux familles d’économiser de l’argent en achetant moins de bois ou de gagner du temps dans le ramassage du bois.
Le projet Mirador fournit également des emplois dans la communauté locale car une structure fabrique les poêles et en surveille son utilisation. La famille fournit les matériaux pour le poêle. Mirador, l’organisation, construit le poêle, enseigne son utilisation à la famille et reste en contact avec elle pour assurer son bon usage et son entretien.
Depuis son lancement en 2004, le projet Mirador a construit plus de 145 000 cuisinières propres, ce qui a bénéficié à 650 000 personnes et économisé environ un million de tonnes de CO2. Comme on utilise moins de bois comme combustible de cuisson avec les poêles, environ 23 km2 de forêt sont préservés chaque année. Grâce à notre soutien continu, nous espérons qu’au moins 20 000 autres cuisinières propres seront construites cette année au Honduras.
Suivre la trace de l’argent
PI. Sur le site, il est indiqué qu’on peut faire un don pour réduire un certain nombre de tonnes de CO2. Comment ça marche ?
MB. Il y a deux façons de faire un don sur Cool Effect. Le plus simple est de donner directement à un projet. Vous pouvez venir sur la plateforme, consulter notre sélection de projets, déterminer lequel vous intéresse le plus et ensuite faire un don spécifique en nombre de tonnes. Une tonne équivaut à un crédit carbone. La compensation carbone est un autre terme pour le crédit carbone. L’idée ici est que le crédit carbone a été vérifié, tant par la norme internationale que par nous, pour représenter réellement la réduction d’une tonne de carbone.
Lorsque vous arrivez sur notre plateforme, vous pouvez dire : « D’accord, je veux réduire d’une tonne, cinq tonnes » ou toute autre quantité. L’empreinte carbone moyenne des Américains est de 17 tonnes par an. Certaines personnes choisissent donc d’en réduire 17 tonnes. D’autres viendront à la plateforme et diront : « J’ai pris mes vacances d’été et j’estime que pour m’y rendre en avion, j’ai généré environ deux tonnes de carbone. Je vais donc compenser deux tonnes de carbone. »
Nous avons également mis en place une fonction permettant de donner directement aux projets. Nous divisons votre don par le nombre de projets sur la plateforme, et nous envoyons cet argent directement aux projets.
PI. Combien coûte en moyenne la réduction des émissions d’une tonne de carbone parmi tous les projets Cool Effect ?
MB. C’est une moyenne d’environ 9 dollars la tonne. Notre projet le moins cher actuellement est de 6,04 dollars la tonne et notre projet le plus cher 13,18 dollars la tonne.
PI. Si je fais un don à des projets Cool Effect, comment mon argent parvient-il réellement aux mains des personnes qui en bénéficient ?
MB. Lorsque vous faites un don sur la plateforme Cool Effect, nous en retenons 9,87 % pour les frais dont 3 à 4 % de frais de carte de crédit. C’est donc très peu. Nous envoyons le reste de l’argent directement au projet.
Du côté des projets, nous vérifions que l’argent parvient bien au projet et nous savons exactement où il va. Nous envoyons à tous les donateurs des informations trimestrielles sur l’évolution de chaque projet et la façon dont l’argent est utilisé.
Afficher un prix spécifique par crédit de carbone, et dire exactement combien d’argent va au projet et où il est dépensé, est révolutionnaire dans le monde du crédit de carbone. D’après ce que nous savons, nous sommes le seul fournisseur de crédits ou de compensations de carbone à offrir ce niveau de transparence.
PI. Il est important que des individus fassent des dons pour les projets Cool Effect, mais avez-vous des liens avec des fondations, des entreprises ou d’autres groupes qui pourraient vraiment avoir un impact énorme ?
MB. Oui. Par exemple, nous avons été le fournisseur officiel de crédits compensatoires pour Salesforce, qui, en tant qu’entreprise, est devenue neutre en carbone en 2017, 33 ans plus tôt que prévu. Nous avons fourni des compensations pour qu’elle puisse le faire. Nous avons également travaillé avec d’autres entreprises. Nous avons travaillé avec des groupes comme March for Science, en aidant les scientifiques qui se sont rendus à Washington en 2017 pour la marche, à compenser leur voyage. Nous avons établi des partenariats avec la National Audobon Society et d’autres groupes environnementaux. Notre modèle de base est de fournir aux individus un moyen d’en faire plus. Cependant, nous reconnaissons l’impact de travailler avec des groupes plus importants.
PI. Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez ajouter ?
MB. L’intérêt de Cool Effect est que c’est transparent et vérifiable. Je fais personnellement des dons à plusieurs organismes environnementaux. Mais il est difficile de connaître l’impact de ces organisations. Cela ne veut pas dire que vous ne devriez pas leur donner aussi. Mais faire un don à Cool Effect est une façon d’entreprendre une action immédiate, transparente et mesurable.
En fin de compte, nous pouvons dire que Cool Effect a réduit près de 190 000 tonnes de CO2 grâce à notre plateforme. C’est énorme. Résoudre le changement climatique est un défi de taille. On rejette des tonnes de CO2 dans l’atmosphère quotidiennement. Et nous devons réduire ce nombre chaque jour. C’est une façon de s’assurer que vous avez fait quelque chose d’utile.
Plus d’informations : cooleffect. org
Auteur : Monte Leach, journaliste radio indépendant et éditeur de la revue Share International pour les Etats-Unis, il réside à San Francisco.
Thématiques : environnement
Rubrique : Entretien ()
