L’icone de la Vierge qui verse des larmes

Enquête à Toronto

Partage international no 104avril 1997

par Connie Hargrave

Depuis début septembre 1996, une icône de la Vierge aurait versé des larmes dans une petite église orthodoxe grecque située à Toronto, au Canada (cf. Partage international, décembre 1996, page 8).

Suite à la couverture qu’en fit la presse, cet événement attira tout d’abord la foule, qui formait de longues files d’attente dans la rue. Les médias se focalisèrent alors sur les nuisances causées par les visiteurs dans le voisinage et sur les ennuis d’ordre financier et autres que traversait l’église. Bien que l’église attire maintenant moins de monde, elle reste, en semaine, ouverte aux visiteurs.

Arrivée juste au moment où la messe du dimanche se terminait, j’entrai dans l’église avec Joseph Huard, un collègue de London, dans l’Ontario, afin d’observer l’image de la Vierge, apparemment une copie d’une icône datant de l’an 750. L’image représente une mère et son enfant, tous deux richement parés de vêtements d’or et de bijoux. Des traînées d’huile sont effectivement visibles, commençant au sommet de la tête de la Vierge pour s’arrêter vers le milieu du tableau, bien qu’à ce moment-là elles ne semblaient pas couler. Nous interrogeâmes une dame qui fréquentait l’église au sujet de ce phénomène et elle nous répondit que les « larmes » se manifestaient plusieurs fois dans la journée. De petits morceaux de coton ont été disposés au bas de l’image afin de recueillir les « larmes ». L’icône est maintenant protégée par une vitre, de telle sorte que nous ne pûmes toucher ni le coton ni les larmes.

Nous avons pris contact avec le secrétaire de l’église, Tom Xanthopoulos, afin d’interviewer le prêtre de cette paroisse, le pope Ieronymos Katseas. Toutefois, cette entrevue ne nous fut pas accordée, en partie parce que ce pope ne parlait pas l’anglais, mais également parce qu’il défendait au tribunal son droit à l’attribution de la chaire de l’église. M. Xanthopoulos affirma aussi qu’il lui était difficile de s’expliquer, et il ne cacha pas son mécontentement face à la publicité faite autour de ce phénomène.

Au lieu de s’intéresser au miracle des larmes, la presse s’est focalisée sur les ennuis que traversait l’église. Il y a dix ans de cela, la congrégation s’est séparée de l’Eglise orthodoxe grecque officielle, suite à un désaccord sur le calendrier à utiliser pour célébrer les fêtes religieuses. D’après certains communiqués de presse, le Père Katseas aurait été défroqué en 1993 par l’Eglise officielle des véritables chrétiens orthodoxes de Grèce et de la diaspora, pour avoir été employé dans une maison close avant son ordination. Apparemment, les responsables de l’Eglise officielle auraient sollicité le maire de la ville de Toronto et la police pour demander son éviction. Un porte-parole de l’Eglise officielle aurait même insinué, dans une lettre publiée dans l’un des principaux journaux de Toronto, « qu’il ne serait pas surprenant qu’il s’agisse tout simplement d’un canular dans le but d’inciter les gens à dépenser de l’argent », déclaration qui ne fait qu’amplifier le scepticisme entourant ce miracle.

Les journalistes ont également mis en avant les ennuis financiers que traverse l’église, qui depuis sa fondation en 1987 voit s’accumuler des dettes dues à des hypothèques. A l’heure actuelle, un contentieux opposant les anciens aux nouveaux membres du conseil d’administration est porté devant les tribunaux. Les désagréments causés au voisinage par l’augmentation de la circulation, les détritus et certains visiteurs cherchant à utiliser les toilettes des maisons avoisinantes ont également été au centre de la couverture médiatique du miracle.

Que pense le secrétaire de l’église au sujet de l’icône ? « Je suis convaincu que c’est un miracle, mais vous n’êtes pas obligé de me croire. Allez à l’intérieur et voyez par vous-mêmes. C’est là que réside toute la force de cet événement, dit-il en désignant l’icône et en ajoutant, maintenant les dimanches, l’église est comble – ce qui n’était pas le cas auparavant. » Visiblement marqué par ces événements tout récents, M. Xanthopoulos a continué : « Il me semble que nous vivons en démocratie. Si les gens n’y croient pas, pourquoi ne respectent-ils pas mes croyances et ne partent-ils pas sans causer d’ennuis ? Même la police a essayé de nous détruire, et les reportages dans la presse sur les désordres causés dans le voisinage par les files d’attente n’étaient que pure invention. » Il maintint inflexiblement qu’il ne se préoccupait pas de ce que nous croyions, nous demandant tout simplement de nous forger notre propre opinion. Il affirma que l’église resterait ouverte au public jusqu’à ce que l’icône cesse de pleurer.

Lieu : Toronto, Canada Auteur : Connie Hargrave, est correspondante de Share International de Nanainoen Colombie britannique (Canada) elle travaille dansla recherche sociale et dirige une organisation sans but lucratif.
Thématiques : signes et miracles
Rubrique : Divers ()