Partage international no 334 – juin 2016
A travers l’Europe, le sentiment anti-TTIP prend de plus en plus d’ampleur et fait sentir ses effets. En avril 2016, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues en Europe pour s’opposer à ce qui pourrait être le plus grand accord de libre-échange au monde, le traité transatlantique pour le commerce et les investissements (TTIP) entre les Etats-Unis et l’Union européenne. La résistance au TTIP est féroce en Allemagne, avec des dizaines de milliers de manifestants à travers le pays. Les organisateurs ont annoncé que 90 000 personnes ont participé à un rassemblement de deux jours à Hanovre. Des manifestations ont également eu lieu dans d’autres villes européennes avec 2 000 manifestants à Bruxelles, 1 000 à Madrid et Helsinki, et environ 300 à Varsovie et à Prague.
L’accord commercial Union européenne et Etats-Unis ne viendrait pas simplement réduire les droits de douane déjà très faibles entre les deux parties, mais, d’après les critiques, il porterait surtout atteinte à la réglementation en matière de sécurité et d’environnement et ce, afin de servir les intérêts des entreprises multinationales. La partie la plus controversée de l’accord comprend une clause concernant le règlement des différends entre investisseurs et Etats, qui permet aux entreprises de poursuivre les gouvernements devant des tribunaux qui sont au-dessus du droit national. Les manifestants arboraient des affiches « Les gens ont droit à de la nourriture, pas à des bénéfices » et « Méfiez-vous du piège TTIP – les bénéfices sont pour les entreprises, les pertes pour les peuples ».
Les manifestants ont également exprimé leur colère quant au secret qui entoure les négociations en cours. « Le TTIP entre le continent américain et l’Europe est très dangereux pour la démocratie, pour l’environnement et pour les droits des travailleurs », explique un manifestant.
Les militants en Europe affirment que des intérêts puissants bafouent les consommateurs dans les négociations secrètes. « Nous devons prendre part aux négociations. Ils créent un second système judiciaire, se réunissent dans des lieux secrets avec des délégués commerciaux et décident derrière notre dos. Ils mettent les gouvernements sous pression avec des procès qui portent sur des enjeux de plusieurs milliards de dollars parce qu’ils prétendent qu’ils perdent de l’argent, c’est tout à fait inacceptable et voilà pourquoi je suis totalement contre le TTIP », a déclaré un autre manifestant.
Une préoccupation majeure est que l’accord sur le TTIP va déréglementer la législation sur les questions environnementales. Greenpeace a publié 250 pages de documents issus du TTIP. « Les détails des négociations qui se tiennent derrière des portes fermées ont atteint le public et sonnent comme un cauchemar, nous savons maintenant que cela pourrait très bientôt devenir la réalité, a déclaré Juergen Knirsch, de Greenpeace. Le TTIP pourrait annuler les mesures de protection des consommateurs et ne prendrait même pas en considération les engagements de Paris sur le climat ; l’agriculture européenne en particulier en souffrirait. Si la position de l’Amérique se reflète dans le traité du TTIP, le principe de précaution applicable en Europe disparaîtra d’un coup. » Ce principe stipule que les nouvelles lois européennes ne peuvent être adoptées que si elles n’ont pas d’effets négatifs sur les consommateurs et l’environnement ; effets qui ne doivent pas être prouvés scientifiquement : un soupçon raisonnable suffit.
« Ceci est la première initiative de masse en Europe contre les accords de libre-échange. On n’a jamais vu une telle conscience ancrée au niveau local », a déclaré Helen Cabioc’h, membre français du réseau Attac. Et aux Pays-Bas, les électeurs néerlandais veulent un référendum sur le TTIP, jetant le doute sur l’avenir de l’accord de libre-échange Etats-Unis-UE, neuf jours après le « non » lors d’un référendum sur un accord d’association UE-Ukraine. Quelque 100 000 citoyens néerlandais ont déjà signé une pétition demandant un référendum sur le TTIP ; 300 000 signatures sont nécessaires pour déclencher un vote non contraignant sur la question.
Owen Jones, journaliste de renom, a publié un article intitulé Les manifestations ne changent jamais rien ? Regardez comment le TTIP a capoté, dans le journal The Guardian (Royaume-Uni), où il défend la cause des manifestants : « Le peuple a contré les grandes entreprises sur la question de ce traité transatlantique et il semble être sur le point de gagner. Nous devrions tous nous en inspirer. Ce fameux accord commercial qui donne encore plus de pouvoirs aux très grandes entreprises gît blessé, renversé par les manifestations populaires généralisées. » Le TTIP a souffert encore plus lorsque des centaines de documents divulgués ont révélé, à certains égards, que la réalité était encore pire que ce que l’on craignait. Le gouvernement français a été contraint de suggérer qu’il pourrait bloquer l’accord. Les documents montrent que les Etats-Unis essaient activement de diluer la réglementation européenne sur la protection des consommateurs et de l’environnement. A l’avenir, pour que l’UE soit encore en mesure d’adopter un règlement, elle pourrait être contrainte de faire participer les autorités des Etats-Unis et les entreprises américaines, limitant ainsi la souveraineté nationale.
Il a fallu le pouvoir du peuple. Les membres du Parlement européen ont été soumis à des pressions exercées par les citoyens en colère. Sans cette poussée populaire, le TTIP aurait reçu peu d’attention et aurait sûrement été approuvé avec des conséquences désastreuses.
Sources : euractiv.com ; democracynow.org
Thématiques :
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)
