Partage international no 452 – avril 2026
par Pauline Welch
En tant que symbole de ce que notre culture consumériste mondiale est prête à faire pour satisfaire sa soif de gloire, de richesse, et son ambition d’excellence, ou pour offrir une distraction à un monde devenu trop difficile à supporter, il n’est pas nécessaire de regarder plus loin que les jeux olympiques d’hiver qui se sont tenus dans le nord de l’Italie, entre Milan et Cortina d’Ampezzo.
Combien d’entre nous ont regardé les athlètes s’efforçant avec chaque fibre de leur corps d’être les meilleurs dans leur domaine, tout en faisant l’expérience par procuration de leurs succès et de leurs regrets ? Nous avons peut-être apprécié les encouragements et les félicitations échangés entre participants ? Mais combien d’entre nous se sont demandés d’où venait toute cette neige dans un monde qui se réchauffe de minute en minute ? Ou si cette neige était vraiment ce qu’elle semblait être ?

Le Comité international olympique (CIO) a largement évoqué sa politique concernant la durabilité de ses jeux. Pourtant, un article dans The Guardian a fort bien et de manière inquiétante dénoncé ce récit comme un mythe. Pour ne citer que quelques exemples : la moyenne de neige tombée à Cortina ces cinquante dernières années étant de quinze centimètres, le seul moyen d’obtenir une profondeur de neige d’un mètre cinquante, nécessaire pour les pistes de ski, a consisté à construire quatre réservoirs en haute altitude et de les remplir en pompant l’eau en haut des montagnes, dans les rivières déjà asséchées une grande partie de l’année. Cette eau a dû ensuite être refroidie pour créer de la neige artificielle. Pire encore : les projets ayant pris du retard, la quantité d’eau pompée dans des rivières locales a été trois à cinq fois supérieure à celle convenue à l’origine, provoquant pratiquement la sécheresse de celles-ci, et entraînant la mort des poissons et la pollution.
Cela n’a pas de sens dans un monde où l’eau est devenue une ressource qui s’amenuise.
Le Bosco Di Ronco, une forêt unique vieille de cent cinquante ans, a été totalement détruite et remplacée par deux kilomètres d’acier et de béton pour créer une nouvelle piste de bobsleigh. Alors que quelques propriétaires de commerces locaux ne regrettent pas la perte de la forêt, pensant que c’est mieux pour leurs affaires, ils semblent ignorer que des pistes, construites pour des jeux olympiques précédents organisés en Italie, sont depuis longtemps à l’abandon.
En dépit des déclarations du CIO prétendant que 85 pour cent des salles utilisées existaient auparavant ou étaient temporaires, la plupart furent détruites et reconstruites pour ces jeux, laissant des empreintes beaucoup plus importantes. Cela en dépit d’alternatives à proximité.
Bien que le Fond mondial pour la nature Italie fût invité avec d’autres organisations environnementales à travailler avec le CIO pour rendre ces jeux vraiment durables, il s’est retiré des négociations, ne voyant pas d’engagement clair de sa part, qualifiant son approche de « greenwashing » et affirmant qu’il n’y avait pas eu de véritable discussion.
Bien que ces événements se soient déroulés dans un des écosystèmes les plus fragiles de la planète, le gouvernement italien a rejeté la nécessité d’un travail d’évaluation environnementale sur 60 pour cent des projets.
Luigi Casanova, écrivain, activiste et ancien garde-forestier, a déclaré : « Il faut se souvenir que dans toutes ces situations, le mouvement italien pour l’environnement a proposé des solutions alternatives, avec moins d’impact environnemental. Des solutions moins coûteuses, sûres et qui auraient pu bénéficier socialement aux communautés. L’impact de ces jeux sur l’environnement et sur le paysage sera payé par les générations suivantes ».
Italie
Auteur : Pauline Welch, collaboratrice de Share International basée au Royaume-Uni. En tant qu’auteure, elle s’intéresse principalement aux tendances environnementales et politiques.
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