Les insuffisances de l’économie de marché entretiennent la pauvreté dans le monde

Rapport 2001 sur le développement humain

Partage international no 158octobre 2001

Beaucoup craignent que l’engouement actuel pour la technologie de pointe ne prive d’une partie de leurs ressources les secteurs qui se consacrent plus traditionnellement au développement. Pourtant, selon le Rapport 2001 sur le développement humain, commissionné par le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement humain), les technologies de l’information et de la communication, ainsi que la biotechnologie, pourraient contribuer de façon significative à la lutte contre la pauvreté.

En effet, même dans les pays les plus pauvres, aux infrastructures sanitaires peu développées, les progrès de la médecine ont déjà allongé l’espérance de vie de façon spectaculaire. Ainsi, de 1980 à 1990, l’amélioration de certains vaccins et une nouvelle thérapie de réhydratation orale ont sauvé environ trois millions d’enfants dans les pays en voie de développement, ce qui est d’autant plus remarquable que, pendant cette période, les revenus ont stagné ou même régressé dans la plupart de ces pays. La mise au point et l’utilisation de vaccins pourraient également sauver des millions de vies.

Ce rapport assure que les technologies de l’information et de la communication peuvent, elles aussi, aider considérablement au développement en éliminant les barrières de l’isolement social, économique et géographique, en améliorant l’accès à l’information et à l’éducation, et en permettant davantage aux plus démunis de prendre part aux décisions qui influencent leur vie. A ce sujet, le rapport cite la campagne internationale sur Internet qui a contribué à renverser le président philippin Estrada, en janvier 2001. Il cite également des réseaux sanitaires (comme en Gambie et au Népal), des réseaux d’enseignement à distance (comme en Turquie), et la création d’emplois (comme au Costa Rica, en Inde et en Afrique du Sud). Et Sakiko Fukuda-Parr, le coordinateur du rapport, pense que tout ceci n’est qu’un commencement. Le développement des ordinateurs bon marché et des claviers simplifiés pour les gens peu lettrés sera d’une grande aide pour les gens à faible revenu.

Mais il souligne également que ces technologies n’ont pu fournir tout leur potentiel d’aide aux plus démunis, faute de marchés et de subventions publiques suffisants. En effet, les entrepreneurs privés préfèrent répondre aux besoins des consommateurs à hauts revenus plutôt qu’à ceux des consommateurs à revenus modestes, tandis que, jusqu’à présent, les gouvernements n’ont pas cherché à corriger cette tendance. En conséquence, seulement 10 % de la recherche mondiale se consacre aux maladies qui affectent 90 % des malades. Ainsi, en 1998, les dépenses totales pour la recherche médicale atteignaient 70 milliards de dollars, dont seulement 300 millions étaient consacrés aux vaccins contre le sida, et 100 à la recherche contre la malaria.

De même, on a négligé les recherches visant à satisfaire les besoins des pays en voie de développement dans les domaines de l’énergie et de l’agriculture. Les technologies se sont diffusées de manière tout aussi inégalitaire. Les pays développés appartenant à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) ont à eux seuls 80 % des utilisateurs d’Internet : il y a moins d’utilisateurs dans toute l’Afrique qu’à Sao Paulo (Brésil), autant à Séoul (Corée) que dans toute l’Amérique latine. Mais ce n’est pas tout : quelque deux milliards de personnes, un tiers de la population mondiale, n’a toujours pas l’électricité, et deux milliards de personnes ne peuvent se procurer des médicaments essentiels comme la pénicilline.

En septembre 2000, lors du Sommet du millénaire des Nations unies, les dirigeants mondiaux se sont mis d’accord sur une série d’objectifs quantifiés à atteindre avant 2015, concernant l’éradication de la pauvreté et le développement. Mais, selon le Rapport 2001 sur le développement humain, beaucoup de pays ne pourraient pas atteindre ces objectifs.

A cette date, 93 pays, regroupant 62 % de la population mondiale, ne devraient pas parvenir à réduire de deux-tiers la mortalité des enfants de moins de cinq ans. Onze millions d’enfants de cet âge continuent à mourir chaque année de maladies que l’on pourrait soigner, soit environ 30 000 par jour.

De même, 83 pays, soit 70 % de la population mondiale, ne devraient pas parvenir à réduire de moitié le nombre de leurs citoyens dépourvus d’accès à l’eau potable.

Enfin, 74 pays, plus d’un tiers de la population mondiale, risquent de ne pas parvenir à réduire de moitié le nombre de leurs citoyens vivant dans la misère.

« Sans un grand coup d’accélérateur, ces objectifs ne seront pas atteints », dit Sakiko Fukuda-Parr, coordinateur de ce rapport.

Par contre, il est encourageant de constater que la majorité des pays en voie de développement, du moins parmi ceux qui ont pu fournir des données fiables, devraient atteindre les objectifs concernant l’éducation primaire pour tous et la non-discrimination sexiste dans l’éducation.

Le développement est refusé aux pays les plus pauvres

L’indice de développement humain, classe 162 pays selon l’espérance de vie, le degré d’éducation et le revenu par habitant.

Cette année, la Norvège et l’Australie ont dépassé de peu le Canada, en tête depuis six ans, malgré l’augmentation de 3,75 % de son revenu par habitant. Quant aux Etats-Unis, ils ont chuté de la troisième à la sixième place. Pour le revenu par habitant, ils ne sont dépassés que par le Luxembourg. Mais ils n’occupent que la douzième place pour l’éducation et la vingt-quatrième pour l’espérance de vie. Dans ce domaine, les Etats-Unis sont dépassés par le Japon (le seul pays au monde où les enfants qui naissent aujourd’hui ont une espérance de vie de 80 ans), l’Espagne, la Grèce et Chypre.

Les 28 derniers sont tous des pays africains, le tout dernier étant la Sierra Leone, où les enfants qui naissent aujourd’hui n’ont une espérance de vie que de 39 ans, et où seulement 32 % des adultes savent lire.

Cependant, la majorité des pays ont amélioré leur score depuis 25 ans, et certains de façon considérable, comme l’Egypte, l’Indonésie, la Corée du Sud et le Portugal. Mais 20 pays d’Afrique, de l’ex-Union soviétique et de l’Europe de l’Est ont rétrogradé.

L’IDH évalue également les inégalités entre les hommes et les femmes. Il a noté par exemple que dans 27 pays, le pourcentage de filles dans les écoles secondaires décroît régulièrement.


Sources : Pnud
Thématiques : Société, politique, Économie, éducation
Rubrique : Divers ()