Partage international no 107 – juillet 1997
Dans le Pacifique Sud, sur l’île de Savai’i, aux Samoa occidentales, le village de Falealupo gère quelques-unes des plus grandes forêts vierges encore intactes en Polynésie. En 1988, le gouvernement des Samoa avait informé le village que si un nouveau bâtiment scolaire n’était pas construit, il n’y aurait plus d’enseignants pour donner des cours aux enfants. Comme le revenu moyen à Falealupo est inférieur à 100 dollars, les chefs du village estimèrent qu’ils n’avaient pas d’autre alternative que de vendre une partie de leur forêt vierge afin de financer la nouvelle école.
Paul Cox, un américain, professeur en biologie, étudiait alors l’écologie de la forêt des Samoa. Il fut informé de cette décision alors que le bruit des bulldozers parvenait déjà de la forêt avoisinante. Paul Cox rencontra immédiatement les chefs du village et leur demanda s’ils pouvaient arrêter l’abattage des arbres, s’il réussissait à collecter l’argent nécessaire à la construction de l’école. Le grand chef Fuiono Senio fut le principal défenseur de la cause de la forêt. Au terme d’une longue discussion, il réussit à convaincre les autres chefs d’accepter la proposition peu ordinaire de Paul Cox. Une machette à la main, Fuiono se mit à courir au devant des exploitants forestiers afin de les arrêter.
Six mois après, Paul Cox avait collecté les fonds nécessaires et la convention de Falealupo était signée. Dans le cadre de cette convention, les donateurs se sont engagés à construire l’école, en échange de la promesse du village d’assurer la protection de la forêt vierge sur une période de 50 ans. Les villageois peuvent utiliser la forêt pour ramasser des plantes médicinales et pour d’autres usages traditionnels, mais toute activité endommageant la forêt est interdite.
L’école fut construite et la réserve de forêt vierge de Falealupo, de 12 000 hectares, fut délimitée. Suite à cela, Paul Cox participa à la création d’une autre réserve, de 8 000 hectares, située sur l’île de Savai’i. Le chef Fuiono continue à protéger la forêt contre des exploitants éventuels, et à la préserver d’une utilisation abusive par la population.
« La décision des chefs de notre village de protéger la forêt vierge fut difficile à prendre. Le prix Goldman démontre que cette décision difficile revêt une importance internationale. », a déclaré le chef Fuiono, qui a partagé le prix avec P. Cox.
Polynésie
Thématiques : environnement, éducation
Rubrique : Divers ()
