Partage international no 296 – avril 2013
par José Graziano da Silva
Rome (Italie)
Dans le monde entier, mais surtout dans les régions les plus pauvres de la planète, les femmes incarnent une force de vie qui se renouvelle chaque jour, parfois envers et contre tout.
Dans les pays émergeants, par exemple, les femmes représentent 43 % de la main-d’œuvre agricole. C’est tous les jours qu’elles luttent contre la faim. Ce sont les combattantes anonymes de la guerre la plus dévastatrice de notre époque, celle qui, paradoxalement, est la plus facile à gagner : la guerre contre la faim. Un habitant de notre Terre sur huit est atteint de malnutrition, soit 870 millions d’êtres humains. Dans des millions de foyers partout dans le monde, ce sont souvent les femmes qui prennent chaque jour les décisions sans lesquelles la table familiale resterait vide de nourriture. Il revient donc aux gouvernements et aux agences internationales de coopération de reconnaître le rôle majeur des femmes et de leur donner du pouvoir et des moyens en conséquence, à savoir les droits, les politiques, les instruments et les ressources nécessaires à leur inlassable contribution.
Le rôle primordial des femmes dans le domaine de l’approvisionnement en nourriture commence par la période allant du début de la grossesse jusqu’au deuxième anniversaire de l’enfant – période qui influence à jamais le développement d’une personne. Les femmes ont une influence – dans un sens ou dans l’autre – sur le triste nombre de 2,5 millions de décès d’enfants par an. En nourrissant leur famille, les femmes vont au-delà de leur instinct maternel : elles utilisent leur énergie et leur expérience pour cultiver la terre et faire les moissons. C’est particulièrement vrai en Afrique, où se situe le plus grand combat du 21e siècle contre la faim : quelque 239 millions de personnes y souffrent de la faim, soit 23 % de la population du continent.
C’est dans les régions rurales, où vivent 60 % des Africains, que les aspects les plus marquants de cette lutte contre la tragédie de la faim sont les plus visibles – comme, par exemple, l’importance du rôle des femmes. Dans les zones rurales, ces dernières sont chef de famille une fois sur quatre, et en Afrique du Sud, ce pourcentage atteint 45 %.
Ces dernières années, les guerres et les conflits ethniques, les migrations et l’effondrement environnemental ont intensifié parfois de façon drastique la présence des femmes sur les marchés agricoles : en Afrique du Nord, leur participation est passée de 30 à 43 % depuis 1980. Et elles sont majoritaires dans certains pays, comme au Lesotho, où elles constituent plus de 65 % de la main d’œuvre agricole.
Ces nouvelles responsabilités attribuées aux femmes s’ajoutent aux responsabilités familiales, et les hommes ne reconnaissent pas toujours, ni ne partagent, cette double (et parfois triple) charge de travail : dans les champs, à la maison et au sein de la communauté. Cette attitude rend souvent plus difficile l’émancipation des femmes.
Paradoxalement, dans le monde entier, ce sont les femmes qui souffrent le plus de restrictions à l’accès à la propriété des terres ; cela, à son tour, limite leur accès au crédit et aux aides dont elles ont besoin. L’un des objectifs les plus importants que puissent atteindre les gouvernements et les agences de coopération internationales est de lever ces restrictions dans les communautés agricoles des pays les plus vulnérables.
Dans le combat contre la faim, il est vital de faire prendre conscience aux Etats du rôle essentiel que les femmes jouent dans le développement économique et social, et de créer un consensus politique permettant d’accorder aux femmes les outils et les droits que nécessite le rôle qu’elles jouent.
Mais leur rôle ne se limite pas au combat contre la faim. Car, en tant que mères, sœurs, filles, épouses, et, souvent, seules soutiens de famille, les femmes sont souvent à la pointe du combat pour la justice sociale.
