Les dirigeants du G20 se voient reprocher leur inaction climatique

Partage international no 422octobre 2023

par Jon Queally

Le 9 septembre se concluait à New Delhi, en Inde, le sommet du G20 – bloc de nations le plus riche du monde – sans parvenir à un accord définitif : les groupes d’action climatique ont fustigé le résultat négligeable de la réunion. Ces derniers attendent un accord pour éliminer progressivement les combustibles fossiles – requis pour répondre à l’urgence planétaire alimentée par les émissions de gaz à effet de serre.

Greenpeace a qualifié l’engagement, présenté sous la forme d’une déclaration conjointe du G20, d’« échec incompréhensible » face à l’aggravation d’une crise climatique qui continue de causer des ravages, des morts, de graves injustices et un désastre économique pour les travailleurs du monde entier.

« Malgré des températures record, des incendies incontrôlables, des sécheresses, des inondations et d’autres catastrophes climatiques au cours des derniers mois, affectant des dizaines de millions de personnes, les dirigeants du G20 n’ont collectivement pas réussi à prendre de décisions significatives en matière de changement climatique, a déclaré Tracy Carty, experte de la politique climatique auprès de Greenpeace International.

Les combustibles fossiles nous tuent, et l’inaction irresponsable du G20 se traduira par de nouvelles pertes de vies et de moyens de subsistance. Les dirigeants ne sont pas parvenus à un accord sur l’élimination progressive du charbon, du pétrole et du gaz. Ils se sont timidement engagés à tripler les énergies renouvelables, mais uniquement à travers les objectifs et politiques existants. »

Alex Rafalowicz, directeur de l’Initiative pour un traité de non-prolifération des combustibles fossiles, a également exprimé sa consternation face au manque d’ambition manifesté par les dirigeants du G20. « La dépendance continue aux combustibles fossiles reste un des facteurs majeurs du changement climatique, entraînant des conséquences désastreuses et irrévocables sur les écosystèmes, les communautés et l’économie mondiale, a-t-il déclaré dans un communiqué le 9 septembre. L’incapacité des pays les plus riches du monde à progresser vers l’élimination progressive des combustibles fossiles est inacceptable. Les dirigeants du monde, en particulier ceux des pays riches, doivent se montrer à la hauteur et assumer leur juste part de responsabilités dans la lutte contre la crise climatique. Faillir à cette tâche serait un affront à la fois à l’humanité et à notre planète. »

Le sommet du G20 en Inde précède un mini-sommet des Nations unies sur le climat, qui aura lieu à New York le 20 septembre, et une réunion de l’Assemblée générale des Nations unies. Une grande manifestation réunissant des centaines de groupes œuvrant en faveur du climat est prévue le 17 septembre. Le mouvement mondial appelant à une transition énergétique juste ne voit que peu de signes d’espoir alors que les événements météorologiques extrêmes et les avertissements sévères de la communauté scientifique se multiplient face aux émissions croissantes.

Le secrétaire général de l’Onu, António Guterres, qui organise à New York ce qu’il a surnommé le Sommet sur l’ambition climatique, a fait part de sa déception face à la déclaration limitée du G20. « Les demi-mesures n’empêcheront pas un effondrement total du climat, a déclaré António Guterres. Aujourd’hui, j’ai exhorté le G20 à faire preuve de beaucoup plus d’ambition en matière de réduction des émissions et de soutien à la justice climatique. Nous avons une seule planète. Sauvons-la. »

Alors que certains ont applaudi le G20 pour sa promesse de développer les énergies renouvelables d’ici la fin de la décennie, des experts critiques ont déclaré qu’une augmentation de l’énergie verte n’est tout simplement pas suffisante si les entreprises de combustibles fossiles sont autorisées à continuer d’extraire du pétrole, du gaz et du charbon.

« L’engagement du G20 en faveur du triplement des énergies renouvelables est une étape historique, une lueur d’espoir dans notre lutte contre le chaos climatique, a déclaré Andreas Sieber, directeur de la politique mondiale chez 350.org, mais il n’est pas encore temps de se réjouir. Nous devons les tenir responsables, exiger qu’ils éliminent progressivement les combustibles fossiles et qu’ils gouvernent en fonction de l’urgence. En particulier, les pays riches qui portent la plus grande responsabilité dans le changement climatique doivent fournir les financements nécessaires pour tripler la capacité mondiale des énergies renouvelables d’ici 2030. »

Avinash Chanchal, directeur de campagne chez Greenpeace Inde, a déclaré que le manque d’engagements financiers concrets de la part des pays riches rendait difficiles à croire les objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables, d’autant plus que ces pays les plus polluants restent responsables de 80 % des émissions mondiales. Selon lui, « les pays développés du G20 ont totalement échoué à prendre des mesures concrètes pour accroître le soutien financier international à l’action climatique.

Les promesses existantes, telles que fournir 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2025 pour le financement du climat, ne sont toujours pas tenues, et se contenter de réitérer ces promesses dans la déclaration du G20 est inutile et ne mènera pas à des changements tangibles. »

Lieu : New Delhi, Inde
Date des faits : 9 septembre 2023 Auteur : Jon Queally, directeur de la rédaction de Common Dreams.
Sources : Commons Dreams, sous licence Creative Commons 3.0 BY-NC-ND
Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()