Partage international no 309 – mai 2014
par John Light
Le 31 mars 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié son dernier rapport. Celui-ci montre comment le changement climatique affectera notre société dans les années à venir, brossant le portrait d’un monde déstabilisé par un environnement qui se transforme rapidement. Alors que ceux qui s’intéressent aux recherches menées dans le domaine du changement climatique sont familiers avec un grand nombre des faits relatés dans ce rapport, on se sent presque submergé lorsqu’on parcourt les 2 600 pages du document auquel ont participé 300 scientifiques.
« Selon certaines estimations, tout au long du 21e siècle, il est prévu que les changements climatiques ralentiront la croissance de l’économie, rendront la lutte contre la pauvreté plus difficile, contribueront à dégrader la sécurité alimentaire et à créer de nouvelles zones de pauvreté en particulier dans les zones urbaines », déclare le rapport. Il nous avertit que plus nous hésiterons à prendre des mesures, plus les effets du changement climatique seront désastreux.
Voici cinq extraits de ce rapport :
1. Les réserves alimentaires mondiales sont menacées. « Personne ne sera épargné par les effets du changement climatique », a déclaré Rajendra K. Pachauri, président de l’IPCC, au cours d’une conférence de présentation du rapport. Le changement climatique a déjà affecté les réserves alimentaires mondiales ; par exemple la production de blé commence à décliner alors que la population mondiale continue à augmenter.
2. Les pauvres seront le plus durement touchés, mais les riches le seront également. Comme c’est souvent le cas lorsque des catastrophes naturelles et des pénuries alimentaires se produisent, les pauvres seront le plus durement touchés. Mais les riches le seront également. « Dans un monde où la température sera plus élevée, le prix des denrées alimentaires augmentera, des foyers de famine apparaîtront au sein des populations les plus pauvres au monde, et les délices de l’Occident tels que les vins fins et le café seront menacés. » Dans un rapport pour l’Associated Press, Seth Borenstein affirme : « Il est possible que les prix des denrées alimentaires augmentent d’ici 2050 dans une large proportion, de 3 à 84 %, seulement à cause du changement climatique. »
3. Le monde deviendra plus instable. Selon ce rapport la diminution des réserves alimentaires ainsi que l’augmentation de l’occurrence des catastrophes naturelles exacerbera les tensions dans des zones qui sont déjà sous tension « en amplifiant des facteurs déclencheurs de conflits tels que la pauvreté et les chocs économiques ». Cela pourrait entraîner l’augmentation ou l’intensification des conflits régionaux et des guerres civiles, comme c’est le cas ces dernières années dans une Syrie frappée par la sécheresse.
4. Les pays riches minimisent leur responsabilité. Selon les estimations de la Banque mondiale, les pays pauvres auraient besoin de 100 milliards de dollars par an afin de neutraliser les effets du changement climatique. Pourtant, ainsi que le rapporte Justin Gillis dans le New York Times, les pays riches ont fait ôter ce chiffre qui figurait dans le résumé initial que la presse consultait avant de prendre connaissance du rapport dans son entier. J. Gillis écrit : « Selon plusieurs personnes présentes dans la salle des négociations mais qui n’ont pas voulu être identifiées parce que les négociations étaient privées, plusieurs pays riches, comme les Etats-Unis, ont mis en cause la formulation. En effet, de nombreux pays riches argumentent que 100 milliards de dollars par an, c’est une demande non réaliste ; cela les contraindrait essentiellement à doubler leurs budgets d’aide à l’étranger, et ceci à un moment où chez eux la crise économique sévit. Cet argument a suscité la colère des leaders des pays pauvres, où la population doit payer le prix de décennies de gaspillage en Occident. »
5. La prochaine grande occasion d’agir, c’est cette année. Selon le rapport, il est encore possible de neutraliser les pires effets négatifs du changement climatique si les nations se mettent rapidement à réduire les émissions. Les leaders mondiaux auront l’opportunité de saisir cette occasion lorsqu’ils se rencontreront cet automne à New York pour la Convention des Nations unies sur le changement climatique qui se terminera en 2015. Dans le cadre de l’initiative des Nations unies visant à inciter les leaders internationaux à agir dans le domaine du changement climatique, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, a lancé un défi aux participants afin qu’ils prennent des « décisions courageuses et qu’ils innovent, coopèrent et agissent concrètement pour réduire les émissions et de nous mettre sur la voie afin d’arriver à un accord ambitieux et contraignant. »
Cet article a été publié initialement sur BillMoyers.com.
Date des faits : 31 mars 2014
Auteur : John Light,
Sources : billmoyers.com
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()
