Partage international no 100 – décembre 1996
par Aart Jurriaanse
L'éducation revêt tant d'aspects différents que dans le cadre de cette étude nous ne pouvons qu'attirer l'attention sur quelques points particuliers :
En règle générale, on associe le concept d'éducation aux enfants et aux jeunes, et bien que l'accent doive effectivement être mis sur cette période en raison de la nécessité de se préparer aux expériences de la vie, l'homme avisé reconnaîtra que son éducation n'est jamais complètement achevée. Les vérités profondes de la vie ne s'acquièrent en fait qu'après la maturité, et après l'acquisition d'un certain degré d'expérience de la vie basée sur l'éducation antérieure. Il convient donc de s'efforcer de conserver un mental vif et ouvert, bien qu'avec les années on puisse noter une certaine détérioration du véhicule physique. L'homme qui parvient à poursuivre l'expansion de sa conscience jusqu'au terme de son incarnation dans un corps matériel, et qui peut ainsi passer aux mondes spirituels en gardant toute sa conscience a beaucoup de chance.
Lorsque l'on considère l'étendue des connaissances et toutes les expériences de la vie que chaque personnalité qui se développe doit accumuler peu à peu, puis assimiler au moyen du cerveau, on s'émerveille fréquemment de la complexité et de l'efficacité de ce merveilleux ordinateur dont l'homme est doté. Ce savoir revêt une grande importance, et jouera un rôle bien défini dans le développement futur de l'homme, pour peu que celui-ci considère toutes ces informations avec juste mesure et qu'il conserve certaines valeurs essentielles de la vie.
L'un des principes les plus fondamentaux qui devrait être reconnu est certainement la valeur de l'individu, le fait qu'il constitue une partie intégrante de cet ensemble unique, l'humanité, et la responsabilité que cela implique pour chacun d'assurer l'intégralité de la tâche qui lui revient dans le but de promouvoir de bonnes relations au sein de la communauté tout entière. De plus, la juste contribution de chacun ne se calculera pas selon la fraction mathématique représentée par sa vie en tant que petite partie de l'ensemble de l'humanité. Sa part de responsabilité augmentera proportionnellement à la quantité de lumière spirituelle dont il aura été doté.D'une manière globale, on peut considérer que l'éducation comprend trois étapes :
Première étape : Un processus d'acquisition de données, concernant à la fois le passé et le présent, dans tous les domaines. L'efficacité de ce processus dépendra de plusieurs facteurs, dont quelques uns sont les suivants : l'intelligence innée de l'individu et l'efficacité de l'ordinateur dont il est équipé ; ses penchants naturels, déterminés par les rayons d'énergie qui conditionnent sa vie ; les conditions dans lesquelles l'a placé la destinée, tels que la qualité et le sexe du véhicule que l'âme s'est donné, le pays où il est né, et la nature de son environnement et des circonstances de sa vie. Le candidat doit ensuite apprendre à appliquer au mieux les informations et le savoir qu'il accumule progressivement, selon la situation dans laquelle il se trouve.
Deuxième étape : Un processus de transmutation de la connaissance acquise en sagesse, et l'effort assidu d'appréhender et de comprendre la signification et la nature des royaumes subjectifs qui sont étroitement reliés aux faits extérieurs et aux apparences et qui les soutiennent. Ceci implique le pouvoir d'appliquer la connaissance en vue d'établir des conditions de vie saines et équilibrées, ainsi que le développement de techniques de conduite intelligentes afin de préparer le candidat à occuper une position adéquate au sein de sa communauté et à apporter sa contribution à l'établissement de justes relations humaines. Cela impliquera également une formation à des activités particulières, choisies selon ses qualités et ses tendances innées et dominantes.
Troisième étape : Une bonne éducation devrait procurer le sens de la synthèse et la faculté de reconnaître les liens et les relations qui s'étendent, au delà même de la famille, afin d'inclure la communauté locale, puis la nation, et qui couvrent finalement l'ensemble des relations dans le monde, jusqu'à l'humanité tout entière. Cette formation devrait commencer par une préparation adaptée à l'état de parent et de bon citoyen, mais il faudrait la poursuivre jusqu'à ce que l'élève ait été amené à évaluer sa propre position au sein de l'humanité et les responsabilités qui lui incombent à l'égard de celle-ci. Cette formation serait avant tout de nature psychologique et devrait fournir une compréhension suffisante de la constitution de l'homme et de son fonctionnement, ainsi que de la manière dont ses relations s'étendent au delà du soi, pour devenir finalement totalement inclusives. Il conviendrait également de faire prendre conscience à l'élève que la dysharmonie a pour causes principales l'égoïsme, la possessivité, l'intolérance, le séparatisme et le manque d'amour, tendances critiquables dont il faudrait au préalable se débarrasser afin d'aboutir progressivement à l'amélioration des relations entre les individus. Il s'en suivrait un progrès similaire dans les relations de groupe et dans les relations nationales et internationales.Un des premiers objectifs de l'éducation devrait être l'élimination de l'esprit de compétition, et son remplacement par un esprit de coopération aimante. La compétition ne constitue aucunement une condition sine qua non permettant d'atteindre des niveaux élevés. Ce dont l'enfant a besoin, c'est de baigner dans une atmosphère favorisant son sens des responsabilités, qui le libérera des inhibitions générées par un sentiment de peur permanente face à la vie, incitant à la compétition. On encouragera ce sens de la responsabilité et cette bonne volonté en mettant l'accent sur cette nouvelle approche de l'éducation des enfants.
a) Entourer l'enfant d'une atmosphère d'amour et de confiance supprimera les causes de timidité et contribuera largement à éliminer la peur. Cet amour doit se baser sur une véritable compassion et une profonde tendresse, et non pas sur des manifestations émotionnelles. Cela devrait conduire à traiter l'enfant avec courtoisie, et à attendre de lui une égale courtoisie envers les autres. Une compassion aimante et une véritable compréhension des difficultés et de la complexité engendrées par les ajustements indispensables face aux situations du quotidien et aux exigences de la vie, doivent inévitablement faire jaillir le meilleur chez l'enfant. On pourrait stimuler davantage encore cette réaction de l'enfant, en se montrant sensible à sa réponse affective naturelle.
b) Une atmosphère de patience contribuera à faire naître chez l'enfant les rudiments de la responsabilité. Il faudrait confier aux jeunes de petites tâches et quelques responsabilités, afin de leur faire prendre conscience de leur utilité fondamentale au sein de la communauté et leur inculquer la confiance en soi ; cela exigera de la patience de la part des parents et des enseignants, mais ceux-ci devraient persévérer dans ce sens.
c) Pendant la croissance de l'enfant, une atmosphère de compréhension est absolument essentielle. Trop souvent, par une approche négative, les adultes ont tendance à entretenir un sentiment de mal faire, souvent même dès les toutes première années de l'enfant. Les éducateurs insistent constamment sur des choses insignifiantes, qui peuvent se révéler ennuyeuses mais ne sont pas foncièrement mauvaises. Elles sont cependant exagérées et présentées à l'enfant de manière totalement disproportionnées. Psychologiquement, cela ne peut que produire un effet défavorable sur le caractère de l'enfant, qui développera un sens des valeurs faussé, et une attitude de résistance défensive envers ses aînés. Plutôt que d'adopter une attitude purement négative, il faudrait raisonner avec l'enfant, lui expliquer la valeur relative des choses et leurs raisons d'être, ainsi que les conséquences naturelles de ses actions. Ainsi devrait-on également introduire les principes élémentaires de la loi de cause et d'effet, et on s'apercevra que de telles explications évoquent inévitablement une réponse, et qu'elles forgeront chez l'enfant le respect de soi, la confiance et le sens de la responsabilité.
Nombre des actes soi-disant mauvais de l'enfant, sont dictés par un esprit contrarié qui s'interroge, ou par une impulsion de vengeance à l'encontre de ce qu'il considère, faute de compréhension, comme des injustices. D'autres réactions irresponsables de l'enfant peuvent provenir d'une impulsion à attirer l'attention, ou de la frustration de se trouver incapable d'employer le temps correctement et utilement, soit en jouant, soit en assurant de petites responsabilités. L'éducateur doit également reconnaître que les modèles qui se développent chez l'enfant se trouvent inévitablement influencés par l'observation quotidienne du mal perpétré en permanence à la fois au sein de son entourage et dans le vaste monde. Assez fréquemment, le mal est commis devant leurs propres yeux et dans leur propre maison, et si ce n'est pas le cas, les moyens d'information modernes s'assureront rapidement que chacun a pris connaissance de tout ce que le monde produit de malsain.
D'une manière générale, la conversation quotidienne suit toujours le même principe, consistant à mettre en avant ce qui est mauvais ou affreux, plutôt que d'attirer l'attention sur ce qui est bon et de nature à élever l'esprit. A défaut de compréhension, d'amour et de patience, et en raison des attentes exagérées dont ils sont l'objet, de tels enfants auront tendance à devenir anti-sociaux et non-coopératifs.On devrait enseigner à tous les enfants, dès leur plus jeune âge, qu'une certaine mesure de discipline dans le comportement de chacun, vis-à-vis d'autrui, est indispensable au sein de toute communauté raisonnable et respectueuse des lois, où les droits humains et moraux de chacun doivent être respectés. Mais il est tout aussi important, pour la formation du caractère des enfants, de leur inculquer les principes d'auto-discipline et de leur apprendre que les émotions et les appétits devraient être contrôlés, ce qui pourrait leur épargner beaucoup de détresse et de souffrance, plus tard, dans leur vie.
L'éducation consiste donc à former les jeunes de telle sorte qu'ils soient capables d'entretenir des rapports sains et intelligents avec leur milieu et les circonstances de la vie auxquelles ils seront confrontés. Ils pourront ainsi s'adapter aux événements imprévus. Cela devrait leur apporter les qualités nécessaires pour jouer leur rôle de citoyens dignes de ce nom, non seulement au sein de leur propre communauté, mais aussi comme sujets de leur nation et comme membres de la grande famille humaine.
Au cours du nouvel âge dans lequel l'humanité est maintenant entrée, la jeunesse sera éduquée progressivement dans « l'art des justes relations humaines » et dans l'amélioration de l'organisation sociale. Ceci n'implique pas le changement du système existant mais est plutôt l'utilisation d'une approche tout à fait différente. Ce sont les objectifs et les motivations de l'homme qui doivent être réorientés. Il lui faut passer de l'intérêt personnel à la recherche du bien commun, de l'esprit de compétition à la coopération, des besoins de l'individu à ceux du groupe ou de la nation et de l'effort individuel au travail d'équipe ou de groupe. Pour parvenir à cette nouvelle vision des choses, il est indispensable qu'il prenne conscience du Soi intérieur et qu'il reconnaisse que c'est cette âme qui prend dorénavant le contrôle et ouvre une perspective nouvelle à la personnalité.
On doit apprendre à l'enfant que les obstacles apparents qui se dressent sur le chemin de son évolution présentent un grand intérêt, qu'il devrait les considérer comme des défis et que les surmonter offre l'opportunité d'une meilleure qualification pour le service de ses compagnons humains. On doit lui inculquer que tous les problèmes de la vie s'évanouissent lorsqu'on les aborde avec un esprit altruiste, de la bonne volonté et une compréhension aimante.Il faut également élargir les principes de bonne volonté et de justes relations humaines afin d'y inclure le développement de la faculté créatrice inhérente à tout être humain selon son tempérament, ses dons, aptitudes et compétences naturels. Cela devrait couvrir tous les domaines de la pensée et de l'activité humaine, y compris les arts et les sciences. On devrait inciter l'homme à apporter sa contribution à tout ce qui est beau dans le monde ; ou bien, si sa nature est davantage orientée vers les sciences ou la technologie, alors, qu'il contribue à édifier un monde meilleur en créant ou produisant, sur le plan physique, quelque chose pour le bien commun. Le principe fondamental est qu'il faut enseigner à l'homme à renoncer à une attitude purement égoïste et à développer un point de vue altruiste qui est une qualité de l'âme sommeillant en chacun de nous et ne demandant qu'à être éveillée.
Tout ce qui précède se résume donc en ceci : les diverses qualités de l'âme humaine devraient être développées, dès que possible, chez l'enfant. Nombreux sont ceux qui n'ont pas encore atteint le stade où il est possible de leur faire prendre conscience de l'existence et du fonctionnement de l'âme, alors que d'autres accepteront facilement ce précepte et feront de leur mieux pour y adapter leur vie. L'enseignement de la constitution de l'homme, comprenant principalement la description du corps éthérique et de l'âme, qui en sont les aspects les plus importants, devrait faire partie de tout système éducatif et pourrait être adapté à tous les niveaux de l'enseignement. L'étape suivante consiste à révéler la position intrinsèque occupée par l'homme et le dessein qu'il devrait réaliser dans le schéma général ou plan de la vie. Un tel système éducatif devrait éveiller l'intérêt et le potentiel de l'homme et permettre sa réalisation. En d'autres termes, il devrait proposer des principes subjectifs de vie, conduisant à un idéalisme spirituel qui contribuerait à transmuer l'actuel recherche égoïste du gain et des possessions, du pouvoir et du prestige à tout prix et sans considération pour autrui.
Donc, éduquer l'homme à prendre conscience que s'il permet à son âme de diriger ses activités quotidiennes, tout ira pour le mieux.
Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : sagesse éternelle, éducation
Rubrique : Esotérisme ()
