Partage international no 399 – novembre 2021

Maria Ressa
Fait inhabituel, cette année le Prix Nobel de la Paix a été décerné à deux journalistes qui ne craignent ni de dire la vérité, ni de prendre des risques : le Russe Dmitry Muratov et la Philippine Maria Ressa. Le président du comité Nobel a expliqué l’importance d’un journalisme indépendant, basé sur les faits : « La liberté d’expression est une précondition à la démocratie et à une paix durable », et une presse libre favorise « la fraternité entre les nations, le désarmement ainsi qu’un ordre mondial meilleur. »
Dmitry Muratov est le rédacteur en chef russe de Novaïa Gazeta qui, depuis sa création en 1993, a mené des investigations sur la corruption en Russie comme ailleurs. Six de ses journalistes ont été assassinés. Le journal a été soutenu financièrement par Mikhaïl Gorbachev, qui a décrit ce prix Nobel comme une très bonne nouvelle qui « place très haut l’importance de la presse ».
Maria Ressa est une journaliste d’investigation de longue date qui a travaillé pour CNN et les grandes chaînes de télévision aux Philippines, avant de cofonder le site d’information en ligne Rappler en 2012, maintenant le quatrième plus grand site d’information du pays. Le média a révélé l’existence de la campagne antidrogue dans laquelle des milliers d’exécutions extrajudiciaires ont eu lieu et qui a été largement condamnée par les organisations de défense des droits de l’homme. Rappler a dû faire face aux attaques incessantes du gouvernement, s’exposant à une fermeture imminente. Et M. Ressa encourt actuellement une peine de six années de prison pour cyber diffamation si elle perd son procès en appel.
Dmitry Muratov a émis l’espoir que le prix aiderait à protéger son journal « des attaques du gouvernement ». Globalement, ces prix mettent en avant les besoins d’une presse libre et du droit de chacun à penser librement.
