Le jeune visage des pauvres d’Uruguay

Partage international no 191juillet 2004

Andrés, 10 ans, et son ami Johnatan, 9 ans, chantent ensemble dans les bus de la capitale, en échange de quelques pièces. « J’ai une sœur jumelle qui vend des poèmes dans les bus, et un frère de 20 ans qui ramasse des cartons jetés pour les vendre. Je vis avec ma mère et mon père », explique Andrés tandis qu’il attend le prochain bus. Andrés et Johnatan chantent ensemble « depuis environ deux ans ». Ils commencent le midi, après l’école.

Selon Fonds des Nations unies pour l’enfance de l’Unicef, la pauvreté infantile a augmenté ces deux dernières décennies en Uruguay, en partie parce que les gouvernements ne sont pas parvenus à mettre à profit les opportunités économiques. Selon le rapport de l’Observatoire des droits des enfants et des adolescents en Uruguay, présenté par l’Unicef à  Montevideo en avril 2004, le ratio entre le nombre d’enfants pauvres et le nombre d’adultes pauvres de plus de 65 ans est passé de 2 pour 1 en 1986 à 7 pour 1 en 1995, et 9 pour 1 en 2003.

En 2002, 46,6 % des enfants d’Uruguay (et 23,7 % de l’ensemble de la population) vivaient dans des foyers pauvres. Cela signifie que, dans un pays de 3,3 millions d’habitants, 104 000 enfants de moins de six ans manquent de nourriture et des biens et services de base.

« En Uruguay, la pauvreté tend à se concentrer dans les segments les plus jeunes de la population, et en particulier parmi les enfants », constate le rapport, qui tient largement pour responsables les gouvernements conservateurs qui ont dirigé le pays depuis la fin de la dictature militaire de 1973-1985.

Les enfants des rues et le travail des enfants « sont les aspects visibles de la pauvreté. Il convient d’y répondre de manière plus décisive et plus innovante, en traitant les problèmes immédiats mais également en instaurant des réseaux de protection sociale plus solides et plus durables », ajoute le rapport. L’Unicef maintient qu’on ne peut simplement accuser les dernières crises économiques, comme celle de 2002 – l’une des pires de l’histoire du pays, de l’augmentation de la pauvreté infantile. En effet, il y a déjà plus de vingt ans que presque la moitié des enfants et des adolescents vivent dans la pauvreté.

L’Uruguay a subit une récession entre 1999 et 2001, laquelle a tourné en véritable crise en 2002, quand l’Argentine, pays voisin – et auquel l’économie uruguayenne est inextricablement liée – a connu une situation économique et politique catastrophique. En Uruguay, les salaires, les exportations et les réserves de devises ont chuté, le système financier s’est effondré et le chômage est monté en flèche pour atteindre le taux de 17 %, le plus élevé depuis 1985 (il est actuellement d’environ 14 %).

« Le pays n’est pas parvenu à tirer avantage des meilleures périodes économiques des années 1990 pour réduire l’écart entre la pauvreté infantile et la pauvreté parmi les adultes les plus âgés. Et les inégalités entre générations ont même augmenté », explique l’Unicef.

L’Unicef note aussi qu’un adolescent sur six a quitté l’école. « Il existe une relation nette entre le travail adolescent et la désertion de l’école : 70 % des adolescents qui travaillent ne vont pas l’école. »

Le rapport s’est également intéressé à d’autres aspects de la situation des enfants et adolescents uruguayens, comme le taux de mortalité, la nutrition, la couverture des services de santé et d’éducation, les grossesses adolescentes, et les taux de VIH/Sida.


Sources : Unicef
Thématiques : Société, politique, Économie, éducation
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)