La vie secrète des enfants déshérités

Partage international no 185février 2004

Interview de Camila Batmanghelidjh par Gill Fry

A Camberwell, au sud de Londres, se trouve Kids Company : une entreprise caritative unique en son genre, qui travaille avec des enfants et de jeunes victimes de la pauvreté, de l’exclusion et de négligence, en les aidant à réduire l’impact des traumatismes et en leur permettant de croire en un avenir meilleur. Depuis sa création en 1996, Kids Company aide environ 350 enfants chaque semaine, dans un centre où ceux-ci reçoivent de la nourriture, de l’aide, des conseils et une éducation. Ils sont encouragés à pratiquer différentes formes d’art, de musique ou d’activités sportives. Quatre mille enfants supplémentaires sont reçus chaque semaine dans des écoles déshéritées. Un rapport commandé en 2002 par le gouvernement décrit Kids Company comme « l’exemple parfait d’un projet géré par la communauté, orienté vers la satisfaction des besoins et avec une rare capacité à réellement toucher un grand nombre de jeunes gens profondément désavantagés ».

Camila Batmanghelidjh, fondatrice et directrice du projet, a une expérience de quinze ans en matière de psychothérapie pour enfants. Au cours de sa petite enfance, elle a grandi dans une famille aisée, en Iran. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi la femme de ménage et ses sept enfants devaient vivre dans une seule pièce ; elle leur donnait quelques-uns de ses jouets ainsi que de la nourriture. Alors qu’elle était adolescente, sa famille a fui l’Iran pour s’installer en Grande-Bretagne. Elle est bien connue pour ses actions en faveur des droits des enfants et de ceux qui souffrent d’exclusion sociale.

Partage international : Comment avez-vous créé Kids Company et pourquoi ?
Camila Batmanghelidjh : J’ai une longue pratique en psychothérapie et depuis l’âge de neuf ans, je savais que je voulais créer un projet destiné à aider les enfants vulnérables. A l’âge de 20 ans, j’ai créé The Place to Be, un projet qui organisait des thérapies et des conseils à l’école. Ce projet a maintenant atteint une envergure nationale et concerne plus de 100 000 enfants. Je me suis rendue compte qu’il y avait des enfants qui redoutaient l’approche des vacances, qui étaient inquiets de ne pas aller à l’école. C’est ainsi que j’ai créé, au début de l’année 1996, un centre de vacances dans deux annexes de la gare de Camberwell. Malheureusement, une centaine d’adolescents regroupés en bande sont venus pour détruire ces installations. Je me suis subitement retrouvée face à face avec un groupe de clients qui parlaient un langage de ghetto que je ne comprenais même pas et qui faisaient partie d’un réseau criminel avec lequel je n’étais pas du tout familiarisée. Nous étions un groupe de psychothérapeutes de race blanche, formés dans les écoles de Hampstead. Ce groupe est allé visiter ces enfants à une seule occasion, et n’est plus jamais revenu par la suite. Je me retrouvais donc seule avec ces garçons.
Chaque jour, j’ouvrais les portes à 3 h de l’après-midi mais j’étais complètement terrorisée. En raison de mes origines perses, je considère chacun comme un invité ; c’est ainsi que lorsque j’ouvrais les portes, je leur souriais et je leur disais : « S’il vous plaît, ne crachez pas ! » Les garçons m’ont dit qu’ils étaient fascinés parce que je ne m’en prenais jamais à eux et parce que j’étais très respectueuse lorsque je leur disais « Vous ne pouvez pas faire ceci » ou « Vous ne pouvez pas faire cela ». Ils étaient très curieux. Une centaine d’enfants sont arrivés par la suite : la plupart étaient de race blanche, drogués et avaient moins de 12 ans. Tandis que les premiers survivent grâce au crime, les autres sombrent. Ceux qui avaient 12 ans en paraissaient 6 et il était manifeste qu’ils avaient beaucoup souffert, que leurs parents étaient drogués et que l’argent de la famille était consacré aux drogues, ce qui rendait les enfants très vulnérables.

PI. Qui vous venait en aide ?
CB. J’ai fait appel à quelques hommes car en cas de bagarre nous ne pouvions rien faire. Nous avions aussi quelques hommes de race noire qui travaillaient pour nous. Ils n’avaient aucune éducation mais savaient très bien s’y prendre avec les enfants ; il y avait aussi des psychothérapeutes brillants mais qui, en dépit de leur qualification, n’avaient pas une bonne approche avec les enfants. Je devais faire travailler ces deux groupes de personnes ensemble, m’arranger pour qu’elles se respectent mutuellement et qu’elles développent une culture tournée vers les besoins des enfants.
En même temps, ces derniers ont commencé à me faire confiance et à parler autour d’eux. J’ai compilé plus de 300 de leurs bibliographies toujours très perturbées. Un profil des enfants traumatisés a ainsi commencé à se construire : ils sont à chaque fois victimes de négligences et ont subi des événements traumatisants. Soixante pour cent des adolescents n’allaient plus à l’école et personne ne s’inquiétait de leur sort.
Kids Company s’est finalement installé dans six hangars de chemin de fer. L’équipe était divisée en différents secteurs : santé, éducation, services sociaux, arts, ménage, recherche d’emploi, soins de base. Les jeunes se sont donnés le mot et ils arrivaient de plus en plus nombreux.

PI. Comment ces jeunes étaient-ils pris en charge par les services sociaux ?
CB. Cinquante-sept pour cent de nos jeunes sont sans abri : ils dorment dans des garages, dans des cages d’ascenseurs, à même le sol ou dans des voitures. Cela a été très difficile pour nous de trouver un logement pour la plupart d’entre eux. C’est ce qui m’a fait comprendre que les services sociaux sont complètement dépassés dans nos villes. Le Children’s Act déclare qu’il faut protéger les enfants lorsqu’ils sont négligés, victimes de violences sexuelles ou physiques mais, en vérité, seuls les cas extrêmes sont pris en charge ; les enfants négligés ne font l’objet d’aucune attention. Ainsi, si vos deux parents sont drogués, s’ils dépensent tous les revenus du ménage pour se procurer leur drogue, s’ils ne vous habillent pas, s’ils vous laissent sans chauffage, sans nourriture mais sans vous battre, alors, vous n’aurez pas droit à l’aide dont vous avez besoin. Kids Company a démarré en essayant de se faire connaître tout en fournissant ses services. Nous nous sommes retrouvés en train de lutter en faveur de nombreux enfants. Nous avons poursuivi les autorités locales en justice parce qu’elles ne voulaient pas fournir un abri pour des enfants, nous avons aussi dû lutter contre des services sociaux. La situation devenait de plus en plus difficile parce que ce sont ces mêmes services qui octroient les subventions dont nous avions besoin en tant qu’association à but non lucratif. Notre travail mettait de plus en plus en évidence les inadéquations du système.
Le meurtre de Damilola Taylor a mis sur la place publique ce que nous savions depuis longtemps. Les gens ont commencé à comprendre à quel point ces enfants sont brutalisés et comment ils se montrent violents en réaction.

PI. Ces 57 pour cent d’enfants qui sont sans abri vivent-ils avec leurs parents ?
CB. Ils n’ont pas de parents. Ce qui est frappant avec notre groupe d’enfants c’est qu’ils ne font l’objet d’aucune attention de la part de leur père et mère. Nous ne portons aucun jugement parce que ces parents ont connu la même situation que leurs enfants, il y a de nombreuses années ; fondamentalement, il n’existe aucune place dans leur cadre mental pour les soins à apporter aux enfants. Le jour de Noël, nous avions 158 enfants avec nous. Ils venaient tous du coin. Cela donne une idée de l’ampleur du problème.

PI. Quels sont les problèmes particuliers des enfants pauvres dans ce pays ?
CB. La situation est très différente de celle que l’on rencontre dans les pays pauvres, où vous ne vous retrouvez pas confrontés aux gaspillages que l’on affiche à la télévision et dans les vitrines des magasins. Dans ces pays, il y a une communauté et une forme de famille étendue, de sorte qu’il peut y avoir beaucoup de pauvreté mais il reste une cohésion sur le plan émotionnel. Chez nous, la pauvreté tend à isoler les enfants car invariablement elle a pour lieu un logement exigu dans un grand immeuble avec des barrières métalliques et où chaque porte est cadenassée. Les gens ont peur de créer des liens entre eux car chaque étranger est un criminel potentiel. En conséquence, je pense qu’il est très difficile pour les enfants de s’identifier à un groupe. A la base, le problème est que les parents biologiques n’ont pas réussi à s’occuper de leurs enfants et que l’Etat a aussi échoué dans sa mission. Tout le monde est horrifié lorsque les enfants s’attaquent aux institutions de l’Etat ou de la famille. Mais on ne récolte que ce que l’on a semé. Si ces enfants ne sont pas respectés alors, une fois adultes, ils se retourneront contre la société. Celle-ci ne leur apporte rien et ce qui leur manque : une expérience de nature émotionnelle, ne peut pas s’apprendre en classe. Ils n’ont connu que brutalité et manque de respect ; ils se sentent sans valeur car ils ne trouvent aucune protection.

PI. Comment vous y prenez-vous avec un enfant qui a été profondément traumatisé ?
CB. Les enfants qui ont été traumatisés se ferment pour se protéger contre la souffrance et finissent par perdre la capacité de ressentir un large spectre d’émotions. Ils ont oublié ce que signifient les sentiments et pensent qu’il en est également de même pour les autres. Ils ne sont pas capables d’empathie car ils n’ont même pas de sentiments pour eux-mêmes. Ils ne peuvent pas se mettre à la place de la victime ou se sentir désolés pour ce qui lui est arrivé ; ils ne peuvent pas imaginer la souffrance de la victime, ils n’ont pas de remords et ne se sentent pas coupables. Ils n’ont pas accès à tous ces sentiments, ils n’accordent pas plus d’importance à leur propre vie qu’à celle des autres. Leur rage est immense et très profonde.

PI. A quelles méthodes faites-vous appel pour aider ces enfants ?
CB. Nous pensons que les méthodes didactiques et morales ne fonctionnent pas car elles s’appuient sur un répertoire émotionnel de base, inexistant chez ces enfants. Les adultes qui travaillent avec nous doivent en quelque sorte développer une attitude émotionnelle au nom des enfants. Grâce à l’attachement qui se développe, ils font resurgir les émotions de leur mémoire. C’est une méthode qui va à contresens des pratiques professionnelles.
Je me dis souvent que je devrais voyager et mettre en garde les peuples du tiers monde contre les habitudes des pays développés, car je pense qu’en développant des structures professionnelles, nous avons dépersonnalisé les soins de manière excessive ; ceux-ci relèvent de l’art. Ce sont des liens de nature émotionnelle qui doivent transparaître dans la relation entre le patient et celui qui donne le service. Il y a là une place intéressante que j’appelle « l’espace créatif de soins ». Je pense que c’est une erreur que de créer des structures professionnelles qui font que les travailleurs se conduisent comme des robots qui agissent et se déplacent mais perdent la notion de soins. Ce que j’essaie de créer pour nos collaborateurs, c’est la capacité à entrer avec les enfants dans une relation instantanée et intense sur le plan émotionnel, de sorte que les enfants se sentent soudainement plongés à nouveau dans la vie.

PI. Comment les enfants réagissent-ils à ces changements ?
CB. Il faut beaucoup de doigté, car les enfants s’en prennent à vous parce que vous les rendez à nouveau sensibles. Ils n’aiment pas cela ; ils se sentent moins forts et ils ne sont pas certains que les émotions et la survie en ville aillent de pair. Ils disent que ressentir limite leur capacité de se battre. C’est un point auquel nous devons faire très attention, et c’est pourquoi notre première tâche, avant de leur rendre leur sensibilité, est de les mettre à l’abri.

PI. Sont-ils encouragés à discuter entre eux de leur transformation ?
CB. Oui. Il y a également une hiérarchie dans les soins. Par exemple, nous nous occupons d’un adolescent, qui à son tour, s’occupe d’un plus jeune. Ceci est très encouragé. Les adultes sont incités à appeler les jeunes sur leur portable et inversement les jeunes sont invités à prendre contact avec les adultes. « Le plus de contacts possibles », c’est en quelque sorte la devise de notre organisation.

PI. Lorsque des enfants vivent des changements et qu’ils les reconnaissent, comment s’y prennent-ils avec leurs parents qui n’ont pas changé ?
CB. Je pense qu’ils finissent par avoir deux vies parallèles. Mais ce n’est pas une si grande perte car ces enfants étaient déjà séparés de leurs parents lorsqu’ils sont arrivés chez nous. Ils aiment leurs parents, il y a un lien profond, mais il n’y a ni confiance ni respect. Lorsque vous passez en revue la vie de ces enfants, il apparaît que les premières personnes qui les ont trahis étaient celles qui en avaient la charge ; ils ne leur font donc plus confiance. Nous leur apportons un support comme celui qu’ils pourraient attendre de leurs parents, mais nous ne nous substituons pas à ceux-ci.

PI. Les parents s’adressent-ils parfois à vous pour obtenir de l’aide ?
CB. Quelques-uns le font et nous faisons tout notre possible pour recréer des relations familiales et des situations où les adultes peuvent à nouveau se comporter en tant que parents vis-à-vis de leurs enfants. Mais généralement la plupart d’entre eux n’en sont plus capables. Alors que la majorité des organismes cessent leur action à ce point, nous continuons à prendre soin des enfants car ce sont eux qui constituent notre cible et nous avons des responsabilités à leur égard.

PI. Quels sont les enfants les plus jeunes et les plus âgés que vous aidez ?
CB. Nous avons des adolescentes qui accouchent chez nous. Un de nos collaborateurs les assiste. Ensuite, il ramène les mères et leurs bébés chez elles et les prépare à mener une vie indépendante. Nous avons donc une gamme de patients qui va des bébés aux adultes de 23 ans. C’est nettement un programme à long terme.
Certains enfants peuvent avoir un travail, mais il arrive que leur voisinage ou leur famille leur fasse subir des traumatismes répétés, ce qui les ramène parfois chez nous. Par exemple, nous avions un garçon qui était accoutumé à plusieurs drogues ; il avait réussi à se débarrasser de cette dépendance, mais sa mère l’a retrouvé et comme elle se droguait à la cocaïne, elle l’a fait replonger ; nous l’avons donc repris et nous devons tout recommencer avec lui.

PI. Comment venez-vous en aide aux enfants drogués ?
CB. Dans nos installations, nous sommes très stricts : ils ne peuvent pas consommer de drogue. Environ 80 pour cent de nos enfants consomment du cannabis pour se calmer. Une récente étude a montré que ce sont principalement les parents qui mènent leurs enfants à la drogue et non les autres jeunes. La cocaïne devient de plus en plus préoccupante. A l’heure actuelle, environ cinq de nos enfants y sont dépendants. Nous essayons de les soigner, nous faisons appel à des thérapies alternatives telles que les massages et l’homéopathie. La revente de la drogue est le moyen de subsistance des pauvres ; ils peuvent rester passifs et sans ressource le reste de leur vie ou ils peuvent se lancer dans l’action. Lorsqu’ils se retirent de la vie en société et lorsque la communauté ne leur apporte pas le minimum nécessaire alors, à leur tour, ils considèrent qu’ils ne sont redevables de rien à la société. Pour eux, la société est un monde de loups.
Quand vous êtes régulièrement en situation de détresse, votre esprit se met constamment en situation d’urgence. De nouvelles découvertes en neuro-endocrinologie et neuropsychiatrie montrent qu’une bon­­ne partie du comportement des jeunes peut s’interpréter comme la manifestation d’un stress chronique. Les mesures prônées par le gouvernement en matière de surveillance et d’enfermement sont sans effet car elles partent du principe que les jeunes adapteront leur comportement pour ne pas être privés de liberté mais en réalité, vivre ou mourir importe peu pour ces enfants.

PI. De quelle manière les enfants arrivent-ils pour la première fois à Kids Company ?
CB. Notre système fonctionne parce qu’il a été conçu dans la perspective des enfants et qu’il leur est totalement accessible. Nous n’avons imprimé aucune brochure et pourtant nous sommes complets. Les enfants vulnérables se connaissent entre eux car ils se regroupent pour s’entraider. Les enfants n’arrivent pas avec de beaux dossiers bien préparés, mais ils nous donnent des informations très détaillées telles que « Sa mère est alcoolique » ou « Son frère a été blessé par balle », etc. Toutes ces informations nous parviennent, mais par contre, nous n’avons pas de date de naissance et nous devons donc faire quelques recherches. Nous ne questionnons pas les enfants pendant des heures, nous les laissons se pro-mener et s’adresser à n’importe quel collaborateur ; ils se confient lorsqu’ils sont prêts.

PI. Comment les enfants tirent-ils parti de vos activités ?
CB. Tout d’abord, il existe d’énormes réserves d’énergie chez ces enfants. Nous leur disons : « Ici, vous ne pouvez pas frapper les autres, vous devez chercher d’autres moyens pour utiliser votre énergie. » C’est ainsi que nous faisons appels aux arts et aux sports. L’art est un moyen fantastique pour partager un traumatisme sans nécessairement en parler. L’art et le sport sont des moyens de tisser à nouveau des liens avec la société : il n’est pas nécessaire de savoir lire et écrire, avec un peu de talents, il est possible d’apporter sa contribution à la communauté. Nous sommes très fiers de notre méthode et nous mettons la barre très haute. Nous ne leur disons pas que nous en attendons moins de leur part parce qu’ils ont été traumatisés : en fait nous avons des attentes très fortes vis-à-vis de ces enfants. A l’examen national en informatique, par exemple, nous avons cent pour cent de réussite.

PI. D’où proviennent les fonds ?
CB. Chaque année, je dois trouver environ deux millions de livres et nous sommes régulièrement au bord du gouffre. Les enfants n’ont aucune ressource propre. Nous devons faire du porte-à-porte pour demander un peu d’argent : les agences locales sont submergées par la demande et les grandes organisations caritatives se professionnalisent de plus en plus.
De nombreuses petites associations comme la nôtre sont laissées de côté dans une situation financière très précaire et nous sommes en compétition avec des associations qui bénéficient d’une infrastructure beaucoup plus étoffée que la nôtre. Nous ne recevons pas d’aide du gouvernement : un jeune qui faisait son service civil a cherché où nous pourrions trouver des fonds, mais aucun ministère n’était prêt à prendre cette responsabilité. Les personnes qui travaillent dans ces services administratifs sont en général issues d’un milieu stable et ne peuvent concevoir que des enfants soient amenés à survivre par leurs propres moyens. Ils sont incapables de créer des services d’aide car ils ne peuvent imaginer que des enfants se retrouvent dans une telle situation.

PI. Un des slogans du parti travailliste est « Pas de tolérance pour le crime et pas de to­lérance pour les causes de la criminalité ».
CB. Ce slogan convient aux enfants des rues car la plupart des gens ne savent pas comment s’y prendre avec ces enfants ; leur vie intérieure est tellement différente. La psychologie de l’enfance a démarré avec Freud, mais il n’avait jamais été en contact avec des enfants des rues comme ceux-ci, de sorte que nous n’avons aucun répertoire qui nous permette de décrire l’état psychologique de ces enfants. Ma formation en psychanalyse m’a aidée dans mes observations à Kids Company. Nos conclusions peuvent s’appliquer dans n’importe quel pays parce qu’il y a quelque chose d’uni­versel dans la psychologie de ces enfants, et je souhaite mettre ces informations à la disposition des autres personnes qui veulent élaborer des modèles similaires.

Profil de quelques enfants de Kids Company

Une famille de quatre enfants : deux filles de 7 et 14 ans et deux garçons de 11 et 12 ans
Les services sociaux avaient été contactés par une personne qui avait vu la fille aînée fouiller des poubelles à la recherche de nourriture. Elle était accompagnée de ses deux jeunes frères. Six ans plus tard, le père drogué l’avait emmené pour effectuer un cambriolage. Il a été pris et condamné à trois ans de prison. Les enfants sont restés avec leur mère qui était également droguée. Ils ne fréquentent plus l’école depuis près de deux ans. Des dealers et des drogués fréquentent régulièrement la maison en y faisant régner une atmosphère dangereuse. Les enfants ont peu de vêtements, ils sont rarement lavés, ils ont souvent faim et ils ont l’air complètement désorientés. La sœur aînée a été poussée à la prostitution afin d’aider ses frères et sœurs, et pour pouvoir acheter de temps en temps de l’héroïne pour sa mère. Elle est suivie à Kids Company. Elle a l’intention de suivre une formation d’infirmière car, au centre, elle s’est découverte une passion pour les soins à apporter aux autres.

Un garçon de neuf ans
Sa mère ne veut pas s’occuper de lui et il vit avec un homme qui n’est pas son père et qui travaille comme conducteur de bus, ce qui fait qu’il n’est pas souvent à la maison. Il laisse une clé au cou du garçon et un horaire pour qu’il sache quand il doit se laver les mains et préparer sa nourriture. L’enfant est très souvent seul, ce qui le déséquilibre profondément. Dernièrement, il a été exclu de l’école car son comportement était de plus en plus perturbant. Il a un aspect débraillé, il a peu de vêtements et ses chaussures sont trop petites pour lui.

Un garçon de douze ans
Il habite avec sa grand-mère parce que ses parents ne veulent rien faire pour lui. Ce rejet l’a amené à se dévaluer à ses propres yeux et a entraîné un sentiment de confusion car il ne comprend pas pourquoi il est rejeté. Bien qu’il soit brillant, il a des problèmes d’attention et a de grandes difficultés pour se concentrer sur une tâche. Quand il est frustré, il détruit tout autour de lui. Ce comportement choque sa grand-mère qui ne sait plus comment réagir. Il est souvent dans la rue car il ne veut pas rester à la maison.
[Source : Kids Company information : 100 Children’s Details]

Information : www.kidsco.org.uk. Les dons peuvent être adressées à Kids Company, 1 Kenbury Street, Londres SE5 9BS, UK.

Lieu : Cambrwell, Royaume Uni Auteur : Gill Fry, collaboratrice de Share International basée à Londres (G.-B.).
Thématiques : Société, politique, éducation
Rubrique : Entretien ()