La vie de groupe et le travail de groupe (1)

Partage international no 79mars 1995

par Aart Jurriaanse

Tout individu, à travers son aura, dégage une certaine quantité de force magnétique. C'est cette force qui attire et regroupe les entités individuelles en familles et en communautés. Au cours des premières étapes du développement de l'homme, de telles attractions restent largement instinctives, et l'être individuel ne se trouve pas clairement conscient de leur fonctionnement. En réalité, l'homme ordinaire se montre davantage enclin à faire preuve d'égoïsme et de séparatisme que d'esprit de groupe, et plutôt que d'orienter ses efforts en faveur du bien-être de son prochain, il se battra seulement pour son avancement personnel, fréquemment même sans hésiter à écraser impitoyablement son frère si celui-ci se trouve sur sa route. Au cours de cette lutte égoïste, il se peut même que l'homme soit prêt à anéantir les autres et à se servir de leur corps ou de leurs possessions comme marche-pied. Même s'il se soumet à des travaux de groupe, ou menés en coopération, il reste souvent motivé par son intérêt personnel, car il considère la communauté comme simple moyen pratique à utiliser pour favoriser ses projets.

Cela n'est pas particulièrement facile à accepter, mais il en est ainsi, et cette tendance caractérise tout à fait une grande partie de l'humanité qui s'éveille aux vastes possibilités offertes par l'utilisation accrue des qualités mentales. A l'heure actuelle, ces personnes se trouvent encore au stade impitoyable de la recherche de soi.

Heureusement, il ne s'agit que d'une phase que chacun, et toute entité humaine, doit traverser au cours de son déploiement progressif, avant de parvenir à la conscience de former partie intégrante du plus vaste ensemble que représente l'humanité. Cette phase de transition est souvent déconcertante, car il s'agit de passer d'un intérêt pour « ce qui est mieux pour moi » à un intérêt pour « ce qui se révélera profitable pour le groupe ou pour l'humanité ». Cela engendre une opposition temporaire entre les principes inférieurs et supérieurs, et pour une durée plus ou moins longue, l'équilibre restera indécis entre l'intérêt personnel et celui du groupe, le profit de l'individu par opposition à celui de la communauté. A ce sujet, on se souviendra avec profit que ce sont les principes inférieurs qui concernent l'entité, et les principes supérieurs qui s'appliquent au groupe. Au départ, il sera difficile de prendre de bonnes décisions, mais progressivement, grâce à l'expansion de sa vision, le disciple acquerra une attitude humaniste plus spontanée et plus ardente, jusqu'à ce que finalement arrive un stade où il s'empressera en toute liberté de sacrifier au profit du groupe tous les intérêts de sa personnalité.

Les besoins du prochain

L'accroissement du sens de la responsabilité constitue un des premiers signes révélateurs d'une âme qui commence à influencer son instrument. A partir de ce moment, l'homme ne vit plus simplement en fonction de son intérêt personnel, mais il devient conscient des besoins de son prochain et du fait qu'il contribue à rendre l'existence plus vivable pour les autres. De plus en plus, il devient le gardien de son frère et en assume la responsabilité, selon ses capacités et la situation dans laquelle il a été placé. Il prend conscience que son propre contentement, sa tranquillité d'esprit, son progrès spirituel et même sa prospérité se trouvent étroitement corrélés à ceux de son prochain. Cette conscience grandit et se déploie, partant d'un intérêt pour la famille et les proches, pour celui de la communauté, puis de son pays, jusqu'à celui de l'humanité entière. Au cours du siècle dernier, cette idée de rapport mutuel et cet esprit de responsabilité ont donné naissance à de multiples mouvements et organisations locales et internationales, qui, en nombre croissant, se sont dédiés à l'aide, la protection, l'élévation et le bien-être de nos frères les hommes. Donner, plutôt que s'approprier, constitue un principe qui trouve de plus en plus d'écho, tant chez l'individu que dans la conscience raciale, et l'idée même d'une fraternité universelle fait ses débuts, ça et là, encore hésitante.

Le service de groupe

Nous avons brièvement indiqué dans le paragraphe précédent que l'attitude générale de l'homme envers son prochain se modifie, lentement mais inexorablement. Au cours de son développement, le disciple individuel connaît une évolution semblable, à la différence, toutefois, qu'une impulsion intérieure apparaît en lui, le poussant à chercher le groupe avec lequel il pourra collaborer. L'accroissement du contrôle exercé par l'âme s'exprime sous diverses formes d'idéalismes, telle l'impulsion au sacrifice et au service, avec un penchant particulier pour le service de groupe.

Etre un disciple, aujourd'hui, consiste avant tout à expérimenter le travail de groupe. Il ne s'agit donc plus tant du perfectionnement du disciple individuel, mais plutôt du fait que les individus devraient se soutenir et se compléter, afin que la somme de leurs aptitudes et de leurs efforts produise un ensemble connecté à travers lequel l'énergie spirituelle puisse se manifester au profit de l'humanité. Dans ce but, le lieu de contact devrait se situer dans les sphères mentales, et la première opération devrait consister à s'efforcer de rendre le groupe homogène, de telle manière que ses membres puissent tous travailler en étroite relation mentale et en coopération spirituelle les uns avec les autres.

Au cours de ce processus, les disciples devront également apprendre à subordonner aux exigences du groupe les efforts individuels qu'ils mènent en faveur de leur croissance personnelle — ceci implique que certains membres devront hâter leur progression à certains égards, tandis que d'autres devront temporairement ralentir pour régler leur allure sur celle de la majorité. Chaque membre du groupe doit donc montrer son empressement à suspendre toute prétention envers sa propre personnalité, et considérer que seuls sont de première importance les efforts de groupe et l'enrichissement de la conscience de groupe. A cet égard, on se souviendra que les Maîtres ne s'intéressent pas aux réactions de la personnalité de leurs disciples — seul le déploiement de l'âme revêt une importance vitale, et ce sont seulement les âmes que les Maîtres chérissent et cherchent à élever, à épanouir et à illuminer.

Auteur : Aart Jurriaanse, (1907-2002) : auteur sud-africain qui a effectué des compilations des livres d’Alice Bailey. Il est l’auteur de Bridges (Ponts, non traduit) qui est un commentaire de ces enseignements.
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Esotérisme ()