La recherche de la sécurité

Partage international no 161février 2002

par McNair Ezzard

La quête de la sécurité est un des grands sujets de préoccupation de l’humanité. Cela apparaît d’autant plus évident depuis les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis.

Ainsi que le dit le vieil adage, il n’existe que deux choses certaines dans la vie : la mort et les taxes. Une troisième certitude est tout aussi importante : le changement. Qu’une personne suive le courant ou qu’elle y résiste, il est certain que le changement produira un effet : celui de l’incertitude. Peut-on trouver la sécurité face au changement et à l’incertitude ?

D’après l’auteur britannique Benjamin Creme, « la vie n’offre aucune sécurité. La vie n’a rien à voir avec la sécurité […]. Tout, dans la création, est relatif. Il doit en être ainsi, sinon, il n’y aurait pas d’évolution. La création évolue, donc elle change. Il n’y a pas de statu quo, et sans statu quo il n’y a pas de sécurité. » [la Mission de Maitreya, tome II, p. 411] Jésus n’a-t-il pas exprimé la même idée, il y a deux mille ans, lorsqu’il a dit : « N’amassez pas de richesses sur la Terre, là où la moisissure et la rouille les consumeront, mais amassez les trésors du ciel. » [Mathieu 6 : 19/20]

Rien n’est statique

Rien ne dure, en dépit du désir de l’homme. L’humanité voudrait un statu quo permanent, mais cela n’existe pas. B. Creme poursuit : « La vie est mouvement, conscience, transformation, expérience. Qui a dit qu’elle avait à voir avec la sécurité ? Personne. Dieu ne l’a pas incluse dans le contrat. Mais nous la désirons tous sur le plan physique, émotionnel et mental. » [MM2, p. 412] B. Creme parle d’une vérité éternelle, selon laquelle rien n’est jamais statique. On le constate dans le changement des saisons, dans la croissance de l’enfant jusqu’à l’âge adulte, dans la naissance et la disparition des civilisations.

La recherche de sécurité ne signifie pas qu’il soit déraisonnable de s’attendre à un certain degré de sécurité sur le plan physique. Ce besoin est une conséquence naturelle de la vie. Tout le monde a droit à cette sécurité. J. Krishnamurti, instructeur et philosophe, suggérait que sans elle, la vie serait impossible : « On ne peut pas vivre sans sécurité ; la sécurité physique est une exigence animale primordiale. On a besoin d’un logement, de nourriture et de vêtements. » [Flight of the Eagle, p. 57] Des millions de personnes ne jouissent d’aucune sécurité, en dépit de cette idée largement admise, qui est même exprimée en toutes lettres dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU. C’est lorsque le désir et la recherche de sécurité deviennent un besoin psychologique que les problèmes surgissent. Dans The Boy and the Brothers (le Garçon et les Frères), de swami Omananda Puri, l’un des « Frères » fait une distinction entre sécurité physique et sécurité psychologique. Il se réfère au besoin de sécurité physique en tant que « lutte pour la survie, née de la nécessité », ou « désir sans effort », et à la sécurité psychologique en tant que « lutte pour la sécurité née du vouloir » , ou « désir compulsif ». La première est un élément de la vie. La seconde devrait être abandonnée. C’est le besoin psychologique de sécurité qui est à l’origine de tant de souffrances.

Un fusil toujours plus gros ?

Au niveau individuel, on recherche la sécurité psychologique par divers moyens ( un emploi, une épouse, des enfants, la richesse ou la possession d’un fusil ). La plupart des gens ne sont même pas conscients d’être motivés par leur besoin de sécurité. Mais que la main du destin les prive de l’une ou l’autre de ces sources de sécurité et l’on voit à quel point ils se sentent aussitôt menacés.

Une personne peut perdre son emploi par manque de capacité ou à cause d’une restructuration d’entreprise. Une femme peut perdre son mari. Une épouse peut s’enfuir avec un autre homme. Les couples veulent des enfants afin qu’ils s’occupent d’eux quand ils seront vieux. Mais les enfants déménagent, ou ils sont tellement accaparés par leur propre vie qu’ils consacrent peu de temps aux parents. Quelle fortune n’est pas sujette au hasard du climat économique du moment ? Les fusils ne sont une source de sécurité qu’aussi longtemps que quelqu’un ne se présente pas avec un fusil plus gros.

Au collectif, nous voyons que chaque famille, chaque groupe et chaque communauté recherche la sécurité. La recherche de sécurité de la part des nations est sans doute la plus marquante du fait qu’elle touche chacun de nous. Toute nation qui en a les moyens recherche la sécurité bien au-delà de ses besoins physiques (sécurité pour son niveau de vie, ses rêves économiques, sa culture, ses richesses naturelles, son idéologie politique). Mais la recherche de sécurité d’une nation est source de problèmes dès lors qu’elle conduit cette recherche sans tenir compte de son impact sur les autres nations.

L’actuel président des Etats-Unis pense que la sécurité de son pays peut s’améliorer par le déploiement d’un système de défense antimissiles. Il ne se préoccupe guère du fait que cela provoque la colère d’autres nations et ne peut que les conduire à renforcer leur propre armement. Mais qu’en est-il des précautions contre d’autres formes de guerre et de terrorisme (armes biologiques ou chimiques) ? Qu’en est-il des menaces internes provenant de milices armées secrètes ? Un bouclier antimissiles ne peut rien contre de telles menaces.

Etant donné la nature compétitive et suspicieuse des relations internationales, il n’existe aucun moyen pour que les nations du monde trouvent une sécurité permanente. Trop nombreuses sont celles qui veulent suivre leur propre chemin en excluant toutes les autres. Il n’y aura pas de sécurité tant qu’une telle situation perdurera et aussi longtemps que l’on dressera des obstacles contre la coopération et la confiance.

Quel que soit le degré de sécurité atteint au niveau individuel ou collectif, toute sécurité apparente ne sera que de courte durée. La stabilité et la sécurité sont toujours destinées à être entrecoupées de périodes de changement, d’incertitude et d’insécurité.

Si la vie ne présente pas de sécurité, alors quel est son but ? Et si la sécurité est une expérience éphémère, pourquoi la plupart des gens la recherchent-ils ?

Pourquoi cherchons-nous ?

Benjamin Creme fait remarquer : « Chacun de nous vit dans la peur de la vie elle-même. » [MM2, p. 310] Cette peur est ce qui motive notre recherche de sécurité. Et la peur existe parce que nous sommes presque tous piégés dans le monde de l’illusion. De la naissance à la mort, chacun est conditionné par la famille, les professeurs et la société, à croire à cette illusion. Ce qui est irréel est considéré comme réel ; ce qui est impermanent comme permanent. Très peu de gens savent qui ils sont, et un nombre encore plus restreint comprend la véritable nature du monde dans lequel nous vivons. La personnalité (corps physique, émotionnel et mental) est vue comme un aspect solide de ce qui constitue l’identité individuelle. Aussi longtemps que les gens s’identifieront avec la personnalité, ils s’identifieront aussi avec le monde dans lequel cette personnalité vit.

Dans l’ouvrage Fiery World, de la société Agni Yoga, on trouve ces mots : « L’attraction de l’écorce terrestre crée l’illusion de la sécurité, ce qui explique l’attachement des êtres humains pour le monde terrestre. » [Fiery World, p. 276] Les mots clés sont : « L’illusion de la sécurité. » Vue d’un niveau spirituel supérieur, l’écorce terrestre et la personnalité ne sont que des ombres, le reflet d’une vérité beaucoup plus grande. La personnalité est le reflet, le véhicule de manifestation de l’âme. Le monde est un véhicule de manifestation d’un grand Etre céleste, le Logos planétaire. En tant que corps d’expression, ils sont transitoires et soumis au changement.

Nous sommes conditionnés à nous identifier avec la personnalité, avec le monde, à nous sentir en sécurité dans le monde. Pourtant, partout ne règne que le changement et l’incertitude. Comment vivre avec cette contradiction ? Comment nous attendre à nous sentir à l’aise dans de telles circonstances ? On s’attache aux gens et aux choses dont nous pensons qu’ils nous apporteront protection et sécurité. Mais en même temps, comme le dit Krishnamurti : « Il reste pourtant la crainte que la chose à laquelle nous sommes attachés soit plutôt flexible, instable. » [Collected Works, p. 119] Il n’est pas étonnant qu’il y ait de la peur, car tout ce à quoi on s’identifie est éphémère.

Par conséquent, on affronte le déroulement de la vie avec effroi car, tout au fond de nous-mêmes, nous savons que les choses sont fugaces. Nul ne sait ce que le lendemain lui réserve. Toute chose et toute personne est perçue comme étant une menace potentielle au statu quo ou un obstacle à l’obtention de la sécurité recherchée.

B. Creme le résume ainsi : « Nous avons fait de la vie une espèce d’enfer, une arène dans laquelle nous sommes des gladiateurs qui, avec des armes obsolètes, luttent contre des adversaires puissants et mieux équipés que nous[…] Nous ne faisons que passer[…], courir après, lutter, entrer en compétition, pour le plaisir, la sécurité que nous recherchons. » [MM2, p. 310] Est-il surprenant que la véritable paix ne se trouve nulle part ? Aussi longtemps que chaque individu vivra dans une telle frustration, la nation en fera autant. Et la vie du monde entier est comme celle de chaque nation.

Pourtant, alors qu’il peut sembler impossible de modifier cela, l’humanité n’est pas prédestinée à vivre indéfiniment de cette manière.

La solution

Que peut-on faire pour mettre fin à l’incessante recherche de sécurité ? Malheureusement, rien ne peut être fait pendant un nombre incalculable de vies. Le voile de l’illusion est trop épais et le conditionnement trop fort. Tout effort pour se libérer du mode de vie conventionnel et le dépasser se heurte au jugement méprisant de ceux qui sont trop effrayés pour affronter la relativité de la vie. Si bien que par manque de volonté, de courage et de détermination, nous retombons rapidement dans cette recherche conventionnelle mais fragmentaire.

Finalement, à force d’expériences et de profonde lassitude de cette existence misérable, un changement s’amorce. Plus fort et plus déterminé, l’individu se tourne vers une nouvelle lumière plus brillante : la voie spirituelle.

Cette nouvelle approche attire l’attention de l’âme qui commence à prendre la mesure de sa lumière dans la forme de la personnalité. L’individu est envahi par un sens de l’engagement et par une aspiration nouvelle. Ces qualités soutiennent l’effort nécessaire pour atteindre le seuil de l’initiation et le dépasser.

Tandis que l’individu avance le long du chemin spirituel, sa personnalité s’oriente de plus en plus vers la vie de l’âme. Cette orientation apporte une qualité de conscience qui s’accroît et devient plus durable au fur et à mesure des progrès spirituels. Il s’agit de prises de conscience qui permettent à l’individu de transcender les pensées, les émotions et le mental de sa personnalité. Dès lors, il fait l’expérience d’une liberté nouvelle : la capacité de vivre dans l’« ici et maintenant ». Dans cet « ici et maintenant », il n’existe ni insécurité, ni peur. Il n’y a qu’une perception silencieuse, sacrée, dans laquelle l’individu fait la distinction entre la vraie vie et son reflet éphémère. A partir de la troisième initiation, l’âme a totalement absorbé l’instrument qu’est sa personnalité. Ils deviennent uns dans leur objectif et leur compréhension. Pour la première fois, un vrai pas a été franchi dans le règne de la Hiérarchie. L’individu éprouve un nouveau sentiment de sécurité, la sécurité de sa propre divinité. Cette sécurité n’a pas été recherchée. Elle est venue d’elle-même dès lors que les voies du monde ont été abandonnées.

L’individu est désormais capable de vivre dans et avec l’insécurité sans en être affecté. Vivre en sachant que rien dans ce monde n’est permanent, qu’il n’existe aucune sécurité, nous libère de la pensée que la vie peut être différente de ce qu’elle est (constamment en mouvement, elle s’écoule librement et elle est en expansion). La vie dans le monde n’est plus subie, mais acceptée. Comme il est indiqué dans Fiery World : « On ne devrait pas compter sur le monde physique, mais apprendre à en évaluer chaque parcelle. » [p. 163/164] En effet, avec cette nouvelle conscience, les expériences de la vie sont mieux appréciées pour leur moment de beauté et pour les occasions de croissance et de compréhension qu’elles apportent.

Références :
Benjamin Creme, la Mission de Maitreya, tome II (MM2) Partage publication.
Fiery World, volume I ; Société Agni Yoga.
J. Krishnamurti, Flight of the Eagle, Harper.
J. Krishnamurti, Œuvres choisies, volume XVI, Kendall/Hunt
Swami Omananda Puri, The Boy and the Bro-thers, Victor Gollancz.

Auteur : McNair Ezzard, correspondant de Share International à Los Angeles (Etats-Unis)
Thématiques : spiritualité
Rubrique : Divers ()