Un livre de Benjamin Creme : Un Maître parle
Partage international no 305 – février 2014
par Carmen Font
En 1687, le savant Isaac Newton déclara que les lois du mouvement et de la gravitation universelle ne signifient pas que l’univers est une machine et, dans ses Principia1, il fit sa fameuse déclaration : « La gravité explique les mouvements des planètes, mais elle ne peut pas expliquer qui a mis les planètes en mouvement. » On trouve une constatation du même ordre dans Un Maître parle, ouvrage où chaque corps terrestre et céleste gravite autour des autres en harmonie et en conformité avec une myriade de lois ésotériques qui affectent nos vies. La vision proposée ne vient pas de Dieu, mais d’un Maître de la Hiérarchie spirituelle de la planète, ce qui donne à ce livre sa qualité si particulière de révélation bienvenue.
Un Maître parle est une compilation chronologique des articles écrits par le Maître, par l’entremise de Benjamin Creme, et publiés dans Share International depuis sa création en janvier 1982. C’est ce qui fait de cette revue une publication unique, car elle est la seule au monde à publier un article d’un Maître de Sagesse dans chacun de ses numéros. Cette continuité et cette progression donnent petit à petit au lecteur une vision de la Hiérarchie « de l’intérieur ». On pourrait demander, en ne plaisantant qu’à moitié, « quel est notre informateur au sein de la Hiérarchie ? » En vérité, il ne s’agit pas d’un homme ordinaire, mais d’un Maître de Sagesse, du Maître de Benjamin Creme lui-même. Pour de nombreuses raisons, de sagesse comme de nécessité, il a été demandé à B. Creme de ne pas révéler l’identité du Maître avec lequel, pendant de longues années, il a été entraîné à communiquer par télépathie dans les deux sens, et qui est aujourd’hui connu sous le nom de « Maître de Benjamin Creme ». Mais, plus importante que son nom et toutes les spéculations qui ont été faites sur son identité, est la longue succession de visions de l’avenir qui portent le sceau des « Grands », avec leurs mots inoubliables qui restent gravés dans la mémoire du lecteur et l’amour ardent qui les caractérise jusque dans les thèmes les plus sérieux. On a parfois le sentiment que les paroles du Maître sortent du cadre de la page imprimée pour évoquer des images vivantes dans le mental du lecteur.
Une fontaine d’amour
Ce serait une erreur de penser que Un Maître parle est une simple compilation d’articles classés par ordre chronologique et au contenu divers et aléatoire. Quand on relit le livre du début à la fin, les thèmes divers tombent en place comme s’ils étaient reliés par un fil invisible et la considération aimante dont le Maître fait preuve à notre égard. Car les lecteurs ont fini par reconnaître sa voix, comme lui nous reconnaît, à la façon dont nous réagissons ou ne réagissons pas à ses paroles. C’est peut-être l’un des aspects les plus intrigants de la relation qui s’est établie entre le Maître et nous, en tant que membres de l’humanité et lecteurs individuels suivant ses articles chaque mois.
A de nombreux égards, c’est comme si le Maître nous permettait de regarder la Hiérarchie de l’intérieur avec un regard d’initié. C’est une vraie révélation que de voir le nombre d’articles consacrés aux plans de Maitreya et des Maîtres vis-à-vis de l’humanité. Dans La présence des Maîtres dans le monde (octobre 1984), nous lisons que « lorsque les Maîtres feront connaître ouvertement leur présence dans le monde, leur relation avec l’humanité s’en trouvera profondément transformée » (p. 67). Un mois plus tard, dans Les collaborateurs de Dieu, le Maître s’inclut lui-même dans le récit : « Heureusement pour le monde, l’homme n’est pas seul. Derrière lui se tiennent, comme ils l’ont toujours fait, les Frères aînés de l’espèce humaine, prêts à secourir leurs jeunes frères dans le besoin lorsque leur appel à l’aide se fait entendre » (p. 69). Il met un soin particulier à souligner les nombreux aspects de cette collaboration, qui sont réconfortants par la promesse qu’ils contiennent. Nous retrouvons ce thème dans Le retour des Connaissants (mars 1985), car « les hommes découvriront les Maîtres de Sagesse et les considéreront comme leurs alliés et leurs amis sur le long chemin de l’évolution, leurs guides et leurs mentors dans le processus de prise de conscience du Plan qu’eux-mêmes servent, et comme les garants de l’avenir et de la promesse faite à l’humanité d’un accomplissement semblable au leur » (p. 75). Ainsi, il existe entre la Hiérarchie et l’Homme une relation de confiance dans les motivations et les capacités des uns et des autres. L’article continue : « Par sa tolérance et son innocuité, ses relations justes avec tous les règnes de la nature, l’homme nouveau manifestera son allégeance à la vérité enfin reconnue que l’humanité est une » (p. 76). A en juger par l’état actuel du monde, on peut douter de l’« innocuité » des hommes, mais les Maîtres ne laissent pas planer le moindre doute sur la confiance qui est la leur quant au brillant avenir de l’humanité. Ils ne font pas de vaines promesses, mais nous assurent que cet avenir est à portée de main.
Quand, dans L’initiation (mai 1985), le Maître explique ce que l’initiation en grand nombre impliquera pour l’homme, nous y apprenons que Maitreya « aura pour tâche d’accomplir les pratiques et le cérémonial ésotériques liés à cette science ancienne et de révéler aux yeux éblouis de l’initié les secrets qui y sont cachés » (p. 80). Ce que Maitreya accomplit aujourd’hui sur les plans intérieurs, il le fera dans les groupes qui sont prêts à recevoir le « feu du Sceptre » sur le plan physique : « Ainsi le Christ aura-t-il accompli sa tâche – la manifestation du Royaume de Dieu. Ainsi pourra-t-il contempler son œuvre et en être satisfait » (p. 80). La beauté de ces deux affirmations ne réside pas seulement dans leur contenu – la manifestation du Royaume spirituel sur le plan physique – mais aussi dans les métaphores utilisées – contempler son œuvre, en être satisfait. Il est difficile pour nous de comprendre comment Maitreya, en tant qu’Instructeur mondial et Hiérophante des deux premières initiations, peut éprouver de la satisfaction. L’idée que nous nous faisons de la satisfaction n’a sans doute rien à voir avec l’idée que s’en fait un Maître, et ce n’est là que l’un des nombreux exemples que l’on trouve dans ce livre de la limitation des mots pour exprimer les états d’être de nos Frères aînés. Néanmoins, B. Creme est passé maître dans l’art d’utiliser les mots pour transmettre des notions hiérarchiques : être un Maître, qu’est-ce que c’est ? Qui est Maitreya ? Nous savons qu’il est un Avatar planétaire, l’Instructeur du monde, le Christ, le Seigneur de l’Amour. Après avoir annoncé : « Les Forces de régénération récoltent maintenant ce qu’elles ont semé », le Maître le décrit également comme « une immense Rivière de Vérité, abreuvant tous ceux qui viennent étancher leur soif à ses eaux ; une Fontaine d’Amour, abritant tous les êtres dans son cœur. Un Avatar comme il n’y en a jamais eu, qui vient conduire les hommes à prendre conscience qu’ils sont eux aussi des dieux » (p. 148). Les métaphores « d’eaux abondantes » et la magie des lignes ci-dessus, avec leurs images et leur rythme incantatoire, reflètent l’abondance de l’amour de Maitreya pour l’humanité et sa confiance dans notre achèvement à venir. De cette poésie dans l’expression, il résulte qu’un article du Maître n’est jamais répétitif, même si des sujets similaires ont parfois été abordés à plusieurs reprises au cours des années.
Un joyau de sagesse
Les lecteurs de Partage international écrivent souvent qu’ils se précipitent sur l’article du Maître avant toute chose lorsqu’ils reçoivent le dernier numéro de la revue. Les enseignements qui y sont donnés et la manière dont ils sont présentés sont un véritable réconfort pour le lecteur. Mais cela ne se limite pas au niveau rhétorique. Chacun des articles du Maître traite un sujet lié à l’actualité d’une façon ou d’une autre : de la fin de la Guerre froide aux effets de la marchandisation, nous passons à la Guerre du Golfe, au 11 Septembre, à l’effondrement des marchés financiers, aux tensions au Moyen-Orient, sans oublier pauvreté, maladie, terrorisme, écologie, nouveau millénaire et découvertes scientifiques. Chaque article est un joyau de sagesse. Il arrive très souvent qu’un article du Maître donne naissance à une discussion sous forme d’un article plus étoffé, voire même un livre, de Benjamin Creme, tels que Le Grand Retour, L’appel au service, La coopération, L’ère des miracles n’a pas de fin, L’unité, ou La voix du peuple. Dans ses articles les plus récents, le Maître décrit la vision que la Hiérarchie a du monde. Dans Prenez part aux réjouissances (juin 1996), il prend acte de l’appel à la liberté et à la dignité de l’humanité. « Derrière cette quête, inutile de le dire, se tiennent Maitreya et son groupe. Depuis longtemps, ils s’efforcent de stimuler de telles revendications, et d’éveiller les hommes à la nécessité de la liberté individuelle, sans laquelle les plus grands accomplissements ne signifient rien » (p. 303). Les actions de l’homme en faveur de la paix et de la justice sous la forme de « pouvoir du peuple » ou d’actions spécifiques dans les domaines économique et social ne sont pas passées inaperçues de la Hiérarchie. En décembre 2001, alors que le monde tremblait encore suite aux événements du 11 Septembre, le Maître a reconnu la souffrance d’un grand nombre d’humains, en même temps que l’esprit de réconciliation que pareille expérience pouvait susciter. Dans un article très émouvant, Maitreya entre en scène (décembre 2001), le Maître met l’accent sur l’engagement inconditionnel de Maitreya vis-à-vis de l’humanité : « Seul un être doté de son incommensurable sagesse peut accepter pareille charge. Seul un être doté de son incommensurable courage peut entreprendre pareille mission. A partir des conditions anarchiques de l’époque actuelle, il doit construire un monde meilleur. A partir du tourment que vivent les multitudes, il doit façonner un monde nouveau. Sur qui peut-il compter pour l’aider dans son œuvre salvatrice ? Qui est prêt à se rallier à sa cause et à venir en aide à ses frères et sœurs ? » (p. 413).
Nos Frères aînés étant des Maîtres en amour, leur compréhension aimante de la situation qui est la nôtre éclairera le lecteur : « Tous les Maîtres sont des hommes, mais des hommes qui ont dépassé de longue date l’état de conscience humain avec ses limitations et ses illusions. Comprenant bien les souffrances dont s’accompagnent ces limitations et ces illusions, ils cherchent par tous les moyens à alléger le fardeau de l’humanité, car eux aussi, par leur long séjour sur le Sentier en tant que simples humains, ont bien connu et cruellement éprouvé ces mêmes tourments (p. 313). Il n’y a aucune commisération de la part de nos Frères aînés, mais une conscience totale des épreuves de l’humanité.
Dénuée de toute dramatisation et de tout sensationnalisme, la vérité à propos des souffrances, des combats et des grâces humaines apparaît en pleine lumière. Aucun problème, du plus insignifiant au plus transcendant, n’échappe à l’attention des Maîtres. Dès qu’une question touche au bien-être de l’humanité et au plan d’évolution de cette planète, elle devient un thème de création poétique pour le Maître de Benjamin Creme. Ce n’est pas une coïncidence que le premier article de Un Maître parle, publié en janvier 1982 sous le titre Le concept de temps dans le nouvel âge, traite de la nécessité d’une transformation radicale dans la manière dont nous concevons le temps : « Quand l’homme abordera la vie d’un point de vue intérieur et créateur, le temps perdra son emprise sur notre mental et nous libérera ainsi de sa tyrannie. Tout cela nécessite une réévaluation de la place de l’homme dans l’univers et l’établissement d’un rapport plus authentique avec la source de notre être » (p. 9). Ainsi les hommes parviendront-ils à une maîtrise du changement dans toutes les sphères de l’entreprise humaine, dans les Lois gouvernant les rapports entre la Hiérarchie et l’humanité, et dans la constellation des défis et des achèvements qui nous appellent dans notre dôme céleste – dont l’Homme est l’étoile la plus brillante.
Un Maître parle, 2007, Partage Publication. Le deuxième tome de la version anglaise : A Master speaks, Volume Two, contenant les articles de Share International pendant dix ans, de janvier 2004 à décembre 2013, paraîtra en 2014.
1. Abrégé de Philosophiæ Naturalis Principia Mathematica Principia (Principes mathématiques de la philosophie naturelle), Isaac Newton, Londres, 1687 (il existe deux éditions révisées en 1713 et 1726).
Auteur : Carmen Font, professeur d’université et correspondante Share International. Elle réside en Espagne.
Thématiques : sagesse éternelle, spiritualité, émergence
Rubrique : Compte rendu de lecture ()
