La liberté et le conditionnement

Partage international no 17février 1990

Interview de Un des proches collaborateurs de Maitreya par Patricia Pitchon

5 décembre 1989

La perfection — La perfection n’existe que dans l’Être Suprême. Nous ne sommes pas en l’Être Suprême. Nous expérimentons simplement le reflet de l’Être Suprême dans le processus de la création. Au sein de la création, nul ne devrait tenter d’être parfait, car cela conduit à combattre les forces de la vie.

Le Soi et le mental — Demandez-vous qui essaie d’acquérir connaissance et sagesse. Est-ce vous, le Soi ? Non, c’est le mental. Quand le mental et l’esprit se démènent (pour acquérir des connaissances), luttent, vous, le Soi, êtes prisonnier de cette tentative.

Le rôle du Soi — Qu’advient-il du Soi ? Le Soi est un témoin. Le Soi joue, en réduction, le rôle du Tout-Puissant. Le Soi est une étincelle du Tout-Puissant. Le Soi ne fait qu’observer les processus du mental, de l’esprit et du corps. En ce sens également, le Tout-puissant n’interfère jamais avec le Devenir. Le Soi se fait connaître grâce à la conscience. Le Soi rend le mental, l’esprit et le corps conscients de la réalité. Alors, le mental, l’esprit et le corps respectent la conscience du Soi et agissent en conséquence. Maitreya a déclaré : « Laissez croître votre conscience. La conscience, associée à l’intelligence, guidera le mental, l’esprit et le corps, ce qui engendrera l’harmonie entre le mental, l’esprit et le corps d’une part, et le Soi d’autre part. » Le Soi peut alors utiliser les forces de la Vie pour transformer ce qui l’entoure et effectuer des « miracles ». Le mental, l’esprit et le corps ne sont que des véhicules.

Le chemin conduisant à l’expansion de la conscience — La conscience est Vishnou — l’aspect de la Déité qui soutient et nourrit le mental, l’esprit et le corps. La conscience est universelle. Elle n’appartient à aucune religion, ni à aucun guru, saint ou politicien. Lorsque vous jugez en disant « J’ai raison, vous avez tort », vous devenez prisonnier de l’attachement. Le Soi doit toujours pratiquer le détachement. C’est de cette manière que la conscience grandira.

Amis et ennemis — Si vous respectez votre Soi, vous respectez la création toute entière. Il n’y a alors ni « amis », ni « ennemis ». Les disputes entre les individus ne se produisent pas dans le Soi, mais dans le mental, l’esprit et le corps. Ce qui compte, c’est le Soi, l’étincelle du Tout-Puissant. Maitreya a déclaré : « Si vous êtes un voleur, Je suis avec vous. Si vous êtes un roi, Je suis avec vous. »

Les forces du marché — Les forces du marché sont les forces du mal, de la confusion et du chaos. Ses enfants s’appellent compétition et comparaison. Les forces du marché sont des forces sataniques. Les forces du marché conduisent à la possession et à l’avidité. C’est un cycle sans fin. Les forces du marché conduiront cette civilisation, telle que nous la connaissons, au bord de l’abîme.

Regardez en vous — Ne copiez personne. Soyez ce que vous êtes, et la lutte prendra fin. Maitreya a déclaré : « Regardez en vous. » Copierez-vous alors quiconque, vous comparerez-vous les uns les autres ? Lorsque vous regardez en vous, vous devenez sacré, immunisé contre le chaos et la confusion.

La liberté — Si vous ne comprenez pas la liberté et que vous la prêchiez, il en résultera la destruction. Vous devez d’abord comprendre ce qu’est la liberté. La liberté n’est pas le libre jeu des forces du marché. Les forces du marché n’ont pas « d’yeux », elles sont aveugles et donc sataniques.
Dans le monde spirituel, abuser du pouvoir spirituel est destructeur. L’abus découle de l’attachement. C’est la raison pour laquelle Maitreya a déclaré : « Soyez même détachés de l’esprit », c’est-à-dire des pouvoirs spirituels.

Le mari et la femme, le peuple et la patrie La question de la liberté et de l’oppression se pose aussi bien en terme de relations individuelles que de relations sociales. « L’oppression, la concentration et la dépression existent dans le mental. » L’idéologie, par exemple, conditionne le mental. Ainsi, tout comme l’Europe de l’Est délaisse aujourd’hui les vieilles idéologies et ouvre ses portes, l’Occident devra abandonner l’idéologie des forces du marché. Le danger, lorsqu’on abandonne une idéologie, est d’en adopter une autre. C’est la raison pour laquelle, selon Maitreya, il est important de comprendre ce que signifie réellement la liberté.
Prenez l’exemple d’un mari et d’une femme qui étaient heureux de se courtiser avant leur mariage. Après le mariage, ils connaissent certains problèmes. Lorsque les énergies du mental et de l’esprit sont emprisonnées (ligotées, conditionnées), elles peuvent devenir incontrôlables. C’est ce qui se passe dans des querelles, mental contre mental. Par l’honnêteté du mental et la sincérité de l’esprit, le mari et la femme créent un espace intérieur. Cela permet au Soi de contrôler et de guider les énergies du mental et de l’esprit, et d’établir un climat harmonieux.
Le même type de climat peut se développer entre le peuple — le mari — et la patrie — la femme. (Maitreya fait ici référence à la relation existant entre le peuple et l’état.) De même que le mari et la femme, guidés par le Soi, ne brisent pas leur mariage, le peuple et la patrie eux également ne détruisent pas leur constitution. Celle-ci, au contraire, évolue.

L’espace et la paix — Dans la vie maritale, l’époux et l’épouse recherchent tous deux un espace pour le Soi individuel. Cet espace est sacré. Le Soi s’y repose. L’espace, dans le cas de la nation et du pays, est la liberté, individuelle et sociale. Si cet espace existe, la paix s’installe.

Le conditionnement — Quand Jésus prêchait « Aimez votre prochain comme vous-même », il prêchait également l’honnêteté et la sincérité, car le développement de ces qualités engendre l’amour en soi-même. Les rabbins se plaignirent à Marie que son fils prêchait un enseignement qui ne concordait pas avec le leur. Marie demanda à Jésus pourquoi il enseignait de cette manière. De temps en temps, ils se querellaient. Si elle avait perdu son sang-froid, Marie en serait venue à penser : « Mon fils est fou ». C’est cela le conditionnement. Le conditionnement est comme un œuf. Une fois couvé, la vie existant à l’intérieur brise la coquille. Lorsque le conditionnement se brise, l’individu éprouve un soulagement. Le conditionnement peut se briser avec ou sans prise de conscience.
Lorsque le conditionnement se brise sans prise de conscience, il en résulte un choc qui a une puissance telle qu’il peut détruire une partie de la mémoire. Une gigantesque quantité d’énergie y est emprisonnée, comme dans un volcan où règne une intense chaleur qui provoque finalement une éruption. Le destin du conditionnement est fatalement d’exploser. Nul ne peut rester à jamais conditionné. C’est pourquoi Maitreya a déclaré : « Soyez détachés, alors vous ne serez pas conditionnés. »

Le conditionnement et la peur — Lorsque Rama vint, tous ceux qui l’entouraient, dont son père, sa mère et ses frères et sœurs, étaient conditionnés. Il y eut des intrigues pour l’éloigner du palais. Il vécut dans la jungle pendant quatorze ans. Quand ce conditionnement se brisa, la famille de Rama vint à lui et implora son retour.
Il en fut de même pour Krishna. Il était lui aussi libéré de tout conditionnement. De nombreuses prophéties entourèrent sa naissance. Le roi fit assassiner autant de bébés qu’il le put, et le bébé Krishna dût être caché près d’une rivière. Tous ceux qui étaient conditionnés craignaient qu’un jour Krishna ne prenne le pouvoir.
Le même événement se produisit à la naissance de Moïse. Alors qu’il était encore bébé, il dût être caché. Pour quelle raison ? Tout simplement parce que les personnes conditionnées craignent les personnes non conditionnées. Quiconque abrite un enseignement conditionné vivra dans la crainte. Celui qui n’est pas conditionné est sans peur.

Le conditionnement et les cycles — Maitreya fait ici référence à des structures cycliques de cause et d’effet — le karma — gouvernant nos vies. Tant que nous sommes conditionnés, ces structures cycliques se répètent. Le détachement nous délivre des cycles répétitifs.
L’énergie emprisonnée par le conditionnement est comme l’énergie contenue dans un volcan. Lorsque le volcan entre en éruption, c’est un drame. Lorsque la lave refroidit, lorsque l’énergie se refroidit, on peut observer la beauté des desseins, des structures incluses dans la lave. Nous sommes tous des observateurs de cette vaste création. Si nous observons avec un sens puissant du détachement, nous y découvrirons la beauté, l’équilibre et l’harmonie.

Le mystère de la vie — La vie est mystérieuse, elle est dotée d’une structure et d’une non structure. Le collaborateur de Maitreya a ajouté que le mystère de la vie serait expérimenté par les nations et les pays à l’occasion de Noël. Les individus ressentiront la présence du Seigneur dans toute la création. La nature même de ce qu’est une nation et un pays sera expérimentée pour la première fois. Cela consiste à prendre soin les uns des autres.

Des changements dans les prisons — Maitreya a dit aux prisonniers : « La société vous condamne, cependant je suis avec vous. » La population carcérale commencera à percevoir qu’elle n’est pas oubliée. Même les gardiens de prison éprouveront un sentiment d’ouverture et révèleront ce qui se passe derrière les portes des prisons. Le public en sera informé, et il en résultera des changements bénéfiques.

Les enfants — Le bien-être des enfants constituera de plus en plus une préoccupation des gouvernements. Davantage de fonds seront consacrés à les nourrir et à les soigner. Dans différents pays, dont certains pays du Moyen-Orient, seront créés des ministères de l’Enfance. La voix des enfants se fera même entendre dans les parlements.

La guérison — Maitreya a fait don de l’art de guérir à différentes personnes, à Hong-Kong et au Moyen-Orient, qui ne savent même pas écrire leur nom. Guérir de cette manière ne nécessite pas d’avoir reçu une éducation académique, mais dépend de la conscience de l’individu. L’art de guérir se développant, à long terme, moins d’emplois seront consacrés au secteur secteur médical tel que nous le connaissons aujourd’hui. D’un autre côté, la musique, l’art et la détente joueront un rôle plus important dans le futur. Comme plus d’individus travailleront dans les domaines artistiques, le taux de la criminalité diminuera. 

Auteur : Patricia Pitchon, autrefois journaliste au quotidien colombien El Tiempo. Aujourd’hui basée à Londres, elle est journaliste indépendante. Egalement psychothérapeute, elle travaille avec les réfugiés.
Thématiques : sagesse éternelle, émergence
Rubrique : Le point de vue de Maitreya ()