La femme bison blanc qui a promis de revenir

Paix mondiale et journée de prière

Partage international no 98octobre 1996

par Bette Stockbauer

Grey Horn Butte (la Tour du diable), dans les Black Hills du Wyoming, revêt une importance toute particulière pour les Indiens Sioux Lakota, car c'est à proximité de cet immense piton rocheux que les enseignements rituels de leur religion ont été transmis. Leurs légendes parlent d'une figure messianique, venue à une époque où leur peuple endurait de grandes souffrances. On l'appelle la femme bison blanc. Elle avait apporté un calumet en os de bison taillé. Lorsqu'elle remit le calumet aux Indiens, elle déclara que ce serait pour eux un moyen de prier Dieu, de lui demander de l'aide en cas de difficulté, de le remercier et de le louer. Elle leur enseigna sept rituels encore pratiqués de nos jours. Elle leur fit découvrir une nouvelle forme de relation avec le monde de l'esprit.

La légende raconte qu'avant de partir, cette femme wakan (sainte) leur promit de revenir. En partant, elle se transforma en bison, qui changea quatre fois de couleur : rouge, noir, jaune et blanc, couleurs représentant les races humaines. La naissance de quatre bisons blancs, survenue récemment, symbolise pour les Indiens le retour de la femme bison blanc (Lire encadré page 9). Ils déclarent qu'elle est venue pour unir les races et aider à guérir la Terre.

Tout au long des générations, le calumet originel fut confié à la garde d'une personne digne de respect. Arvol Looking Horse, guide spirituel sioux Lakota, est le 19e gardien du calumet. Sa fonction consiste à être le gardien de la Terre Mère, à lui apporter honneur et respect en perpétuant les cérémonies traditionnelles de ses ancêtres.

Le 21 juin 1996, 3 000 personnes se sont rassemblées à Grey Horn Butte afin de prier pour la paix mondiale et la guérison de la Terre. Cette journée mondiale de prière pour la paix fut inspirée par Arvol Looking Horse. Pour la préparer, il a contacté des leaders mondiaux et des groupes indigènes de tous les continents, leur demandant de prier, en même temps, dans leurs lieux sacrés.

A. Looking Horse a déclaré : « Selon les guides spirituels et les Aînés […] les « signes » dont parlent les prophéties des Indiens sont apparus. Ces prophéties nous disent qu'il est temps de réparer l'anneau sacré et de commencer à guérir le monde en travaillant pour la paix et l'harmonie […]. La naissance du bison blanc nous indique que nous sommes à l'heure d'une décision irrévocable : soit rétablir l'équilibre, soit faire face à un désastre mondial. Il est de notre devoir de revenir aux lieux sacrés et de prier pour la paix mondiale. Si nous ne le faisons pas, nos enfants connaîtront la souffrance. »

Pour certains de ceux qui étaient rassemblés au solstice d'été, le voyage avait commencé le 3 mai à Wahpeton, Saskatchewan, au Canada, où 80 éclaireurs avaient entamé un voyage de 1 200 km en direction du Wyoming, appelé le Voyage de l'Unité. Son but était de réunir les tribus qui avaient été déchirées par les frontières artificielles, la perte d'identité culturelle et les désaccords internes.

Les gardiens qui ont la responsabilité de veiller sur les objets sacrés de leur religion se trouvaient parmi ceux qui entreprirent le voyage. Le long du trajet, plusieurs cérémonies se sont déroulées dans des lieux sacrés.

La cérémonie

Le jour de la cérémonie, des personnes appartenant à de nombreuses cultures et nationalités différentes se rassemblèrent en cercle autour des objets sacrés. Arvol Looking Horse entraîna les éclaireurs dans un rite préliminaire, la danse du bison blanc.

Un Aîné de la tribu, portant un masque poilu de bison, entra d'abord pour bénir le sol sacré. Le chanunpa, le calumet de cérémonie, fut offert à Tunkashila, le Père Esprit. On prononça des prières dans les quatre directions, vers la Terre et le ciel. Les chants rituels devinrent envoûtants, les paroles tournoyant autour du refrain modulé par les femmes indiennes. La noble princesse tibétaine de Kartze Ozang récita une prière au Cheval blanc. Elle mêla les noms tibétains de Padmasambhava et d'Avalokitesvara à ceux des divinités indiennes. On pu entendre de temps à autre le cri perçant d'un faucon, ou voir un aigle voler dans le vent. A la fin, tous les participants furent invités à offrir leurs prières individuelles, leurs demandes personnelles au monde de l'esprit. Après le rituel, un micro fut mis à disposition pendant plus de deux heures pour qui voulait partager un chant, une pensée ou une prière.

Arvol Looking Horse, avec un profond respect, prit le micro pour une brève allocution et s'adressa ainsi à l'assemblée :

« Aujourd'hui, nous nous sommes réunis non pas pour parler, mais pour prier. Ceci est un rassemblement, en vue de guérir le monde, car personne ne pourra y parvenir isolément. Aujourd'hui, peu importe ce en quoi nous croyons ni d'où nous venons, nos prières doivent s'unir. Nous avons besoin les uns des autres.

« Aujourd'hui, le message de paix doit être délivré. J'ai prié avec de nombreux leaders mondiaux pour la paix sur notre Mère, la Terre, et je sais que beaucoup de personnes de bonne volonté sont venues ici, aujourd'hui, des personnes dont le cœur et l'esprit sont remplis de bonté.

« Aujourd'hui, nous nous réunissons, en toute conscience et connaissance, sur nos sites sacrés. Nous savons que l'énergie sacrée est présente dans des lieux sacrés où des gens ont prié pendant des générations. Aujourd'hui, beaucoup ont ressenti cette énergie. Si nous prions du fond du cœur et avec respect, alors commence la guérison : cela s'appelle la loi naturelle, le don de vie que le Grand Esprit nous a montré. Cette loi rétablira l'équilibre à sa propre manière.

« Nous nous souvenons des histoires racontées par nos ancêtres, elles vont accompagner nos enfants dans les générations à venir. Il ne tient qu'à nous de transmettre le message. Nombre de prophéties émises il y a cent ans se réalisent actuellement. C'est parce que nous connaissons le pouvoir des prophéties que nous avons organisé cette rencontre. Crasy Horse (Cheval fou) avait prédit qu'au cours de la septième génération, de nombreux chevaux de différentes couleurs se rassembleraient dans un endroit sacré. Black Elk (Elan noir) avait prédit qu'au cours de la septième génération, l'anneau sacré serait réparé.

« Nous essayons de communiquer ce savoir de nos ancêtres, car nous sommes aujourd'hui dans la septième génération et nous tournons une page de notre histoire. Déjà, des signes nous le montrent : notamment la naissance du bison blanc. Aujourd'hui, les gens sont envahis par la colère, la haine, la jalousie et la confusion. Ils portent le fardeau de tant de souffrances qu'ils sont agressifs. Mais des cérémonies comme celle-ci guériront cette souffrance et nous montreront comment trouver la paix intérieure.

« Nous devons communiquer le message de respect et d'honneur à toutes les nations de la Terre, transmettre ce message de paix et de non-violence. Nos familles souffrent, nos enfants souffrent, mais les prières pour la paix peuvent atteindre toutes les nations. Aujourd'hui, nous prions afin que, sur toute la Terre, chacun puisse trouver l'équilibre dans sa vie. A partir d'aujourd'hui, nous espérons voir des changements dans le monde. »


Le bison blanc : un heureux présage

En 1933, un bison blanc est né au Colorado, et en 1994, un autre, appelé Miracle, dans le Wisconsin, à Janesville, dans le ranch de Dave et Valerie Heider. Des milliers de personnes de différentes croyances sont venues voir Miracle, montrant ainsi que sa naissance est un appel aux hommes de toutes les races afin qu'ils s'unissent pour guérir la Terre et résoudre leurs problèmes réciproques.

Le 9 mai de cette année, un bison blanc argenté appelé Medecine Wheel est né dans le ranch de Joe Merrival, dans la réserve de Pine Ridge, au Dakota du Sud. Un autre bison blanc, Rainbow, est né dans le même troupeau le 27 avril et est mort de dysenterie 25 heures plus tard.

Le naissance d'un bison blanc est considérée par les Indiens d'Amérique comme le plus significatif des signes prophétiques, l'équivalent des statues qui pleurent, des icones qui saignent ou des croix de lumière, signes qui se répandent dans le monde chrétien. Tout comme les chrétiens considèrent ces signes comme un renouveau de la relation continue existant entre Dieu et l'humanité, les Indiens considèrent le bison blanc comme le signe qu'il est temps de commencer à réparer l'anneau de la vie.

Ces récentes naissances ont été entourées de controverses. Certains ont suggéré qu'il ne s'agissait pas d'un véritable bison, mais d'un croisement entre bœuf et bison. D'autres ont accusé Joe Merrival de manipulation génétique. La probabilité de naissance d'un bison blanc est estimée à une sur 6 à 10 millions. En réponse à tout cela, il affirme qu'une parenté mixte est peu probable et qu'il n'a effectué aucune sorte de manipulation génétique.

Joe Merrival, qui descend des sioux Oglala, pense que la naissance de Medecine Wheel est une bénédiction qu'il faut utiliser pour essayer d'aider le plus de gens possible. Son fils Darrin, quant à lui, considère que le bison blanc nous a été envoyé pour unifier la nation.

James Dubray, guérisseur, a déclaré : « Ce sont nos jeunes qui en ont le plus besoin. Il ont besoin d'espoir. Ils ont besoin d'un avenir. Et ceci les aidera. Cet endroit a été choisi comme point de départ du processus de guérison. »

Floyd Hand Looks For Buffalo, un guérisseur Oglala, a fait le commentaire suivant : « Voici un homme, un pauvre fermier, qui a été bon envers les animaux durant toute sa vie, et maintenant un bison blanc naît ici. C'est un présage et les présages se produisent toujours dans les endroits les plus inattendus, parmi les gens les plus pauvres. Il existe d'heureux présages, il suffit d'y prêter attention. Pour nous, ceci représente quelque chose comme voir Jésus dans la crèche. »

[Lorsqu'on lui a demandé si la naissance du dernier bison blanc était un signe, Benjamin Creme a répondu : « Oui, certainement, c'est un signe. Les naissances importantes sont les deux dernières. Elles sont dues à l'influence des Maîtres. »]

Lieu : Wyoming, Etats-Unis Auteur : Bette Stockbauer, journaliste freelance associée avec Share International, basée à Red Rock, Texas (Etats-Unis).
Thématiques : Sciences et santé, peuples et traditions, émergence
Rubrique : Divers ()