La clé de la vie

Partage international no 113février 1998

Cher Monsieur,

En décembre 1993, mon mari et moi-même avons passé les dernières heures de nos vacances à Agadir, dans le Sud marocain, avant de prendre l'avion pour Genève. Quelques jours auparavant, j'avais eu l'occasion de vivre l'expérience la plus extraordinaire de ma vie.

Elle me fut offerte sous l'apparence d'une jeune mère voilée, tenant son enfant dans ses bras. Je fus profondément émue par la force et la beauté de cet inoubliable regard féminin, où s'exprimait tout à la fois tant de force, de noblesse, d'amour, d'humour et de candeur. Bien que ce visage me parût familier, je n'avais nullement conscience de la véritable nature et de la signification cachée de cette rencontre, qui représentait pour moi un moment magique, créé par la simple vision d'une mendiante dont la noblesse évoquait celle d'une princesse.

Ce n'est que bien plus tard que je réalisai que j'avais déjà été en contact avec ces yeux sombres au regard aimant et rempli de joie. En effet, trois mois auparavant, j'avais pris part à une soirée de prière, clôturant un séminaire spirituel. Sur le mur en face de moi, se trouvait un portrait de Jésus, un Jésus blond au visage empreint de douceur, tel que les chrétiens aiment à le représenter. En le contemplant, je pensais avec une grande ferveur au Seigneur Maitreya et je me disais : « Je ne t'ai pas encore rencontré, Jésus, mais je suis remplie d'amour pour le Seigneur Maitreya. » C'est alors que je vis deux yeux sombres apparaître en surimpression sur le visage clair de Jésus ; ces mêmes yeux que je devais voir à nouveau au Maroc, trois mois plus tard. Magnétiquement attirée par ce regard extraordinaire et prise au dépourvu, je me laissai absorber dans la profondeur de ces yeux sombres, oubliant le temps et tout ce qui m'entourait… J'avais l'impression de me trouver dans une autre dimension.

Après coup, très impressionnée mais ignorant la nature réelle de cette expérience, je pensai : « C'est étrange, il me semble que le regard qui m'est apparu à travers les yeux de Jésus était un regard féminin. »

Le dernier matin, en quittant l'hôtel avec mon mari, j'observai une scène inhabituelle. Au milieu d'une grande avenue d'Agadir, animée d'une intense circulation, j'aperçus un jeune homme handicapé d'une trentaine d'années dans un fauteuil roulant, remorqué par un de ses amis qui roulait rapidement en vélomoteur. Visiblement en pleine forme, il semblait s'amuser beaucoup et riait aux éclats. Nous fûmes impressionnés par sa vivacité, sa totale confiance, son absence évidente de crainte et son intrépide joie de vivre, en dépit de son handicap. Je me dis qu'il semblait comprendre le véritable sens de la vie.

Le soir, à la recherche d'une terrasse de restaurant accueillante dans le même quartier, nous croisâmes à nouveau notre « joyeux luron ». Assis dans son fauteuil roulant, il vendait des roses jaunes aux passants. Nous lui achetâmes une rose et je me souviens d'avoir ressenti une telle sympathie et une si grande tendresse à son égard que j'aurais aimé l'inviter au restaurant avec nous. Mais, craignant de le blesser, je n'osai pas.

Pendant que nous dînions, il offrait ses belles roses aux passants, à quelques pas de nous. Mais personne ne semblait lui prêter la moindre attention et, à mon grand regret, il ne vendait aucune de ses fleurs. J'étais fascinée de voir que son manque total de succès ne semblait pas du tout le préoccuper. Au contraire, rien ne semblait altérer sa bonne humeur et je me disais qu'une grande âme devait se cacher dans ce petit corps handicapé. Pendant tout ce temps, mon cœur débordait d'affection et de profonde sympathie à son égard et ce n'est qu'à grand peine que je retenais mes larmes. Je me sentais paralysée par ma timidité qui m'empêchait de l'inviter à notre table.

Après avoir rapidement terminé notre repas, nous le rejoignîmes. Lorsque je lui dis combien j'étais triste de voir qu'il n'avait vendu aucune de ses jolies roses, il me répondit en souriant que les gens étaient toujours sur leurs gardes et semblaient avoir perdu confiance. Toujours soucieuse pour lui, je continuai à le presser de questions. Lorsque je lui demandai d'où il venait, il me répondit qu'il venait du nord et il ajouta qu'il était venu ici parce qu'il y faisait plus chaud et qu'il aimait le Sud. Cela me parut étrange et je me souviens d'avoir pensé : « Quelle idée, ne fait-il pas assez chaud dans le nord du Maroc ? Comment se fait-il qu'un handicapé dépourvu de revenus s'offre le luxe de faire un long voyage pour quelques degrés de plus ? »

Etant donné sa situation précaire, je voulus être rassurée à son sujet et je lui demandai comment il s'en sortait et où il logeait. Calmement et avec une totale assurance, apparemment inconscient qu'il puisse exister le moindre problème, il me répondit qu'il logeait à l'hôtel. Et, sortant une vieille clé de sa poche, il déclara avec sérieux et insistance : « Regardez, j'ai la clé. »

En le quittant, j'avais la gorge serrée et mon cœur débordait d'amour et de nostalgie ; j'aurai voulu le serrer dans mes bras, mais cette fois encore je n'osai pas. Comme je prenais congé, il me regarda au fond des yeux et me rappela avec beaucoup de sérieux et d'insistance qu'il ne fallait jamais désespérer !

Je fus saisie d'entendre de telles paroles de ce jeune homme handicapé qui, à mes yeux, avait toutes les raisons du monde de se faire du souci. Je me sentais vraiment très matérialiste et très ignorante et j'avais l'impression de manquer de foi et d'amour.

Extrêmement émue, je pensai : « Tu as tout d'abord vu cette mendiante qui possédait toute la noblesse du monde, et maintenant voici un jeune homme handicapé qui réunit toutes les vertus possibles en une seule personne. Quelle leçon ! »

Je n'ai jamais oublié cette rencontre. Je sais aujourd'hui que c'est moi qui étais handicapée et que je m'étais vue comme dans un miroir.

Je peux affirmer que, durant toute cette rencontre et longtemps après, j'ai été remplie d'un incroyable sentiment d'amour, mais comme j'avais déjà eu d'autres impressions de ce genre auparavant, je me suis dit que c'était peut-être dû à ma nature émotive. J'ai cependant l'idée et le sentiment que ce jeune homme était peut-être Jésus, notamment parce qu'il m'a montré la clé et m'a dit qu'il ne fallait jamais perdre espoir.

H. G., Musièges, France

[Le Maître de Benjamin Creme a indiqué que lors des deux rencontres il s'agissait de Maitreya.]

Maroc
Date des faits : 30 novembre 1993
Thématiques : signes et miracles
Rubrique : Courrier des lecteurs (Cette rubrique est alimentée par une réserve importante de courriers confirmés par le Maître de Benjamin Creme comme relatant de véritables rencontres avec des Maîtres, ou un « porte-parole », non encore publiés. S’y ajoutent d’autres courriers, plus récents, qui n’ont pas pu être vérifiés.)