Partage international no 347 – juillet 2017
par Naoto Ozutsumi
Il semble que l’éducation au Japon alterne régulièrement entre le bourrage de crâne et une forme moins stricte de pédagogie. La compétition pour entrer dans les universités ou les écoles supérieures était si féroce qu’elle avait été appelée « guerre des examens ». Les étudiants subissaient une très forte pression, ce qui avait conduit à de nombreux incidents alarmants. En réaction, le ministère de l’Éducation a introduit une pédagogie moins stricte ainsi que le passage à la semaine de 5 jours de cours.
En outre, une période d’étude intégrée a été introduite afin que les élèves puissent suivre un cursus transversal. Dans le cadre de la décennie promulguée par les Nations unies pour une éducation au développement durable, un groupe d’étudiants et d’enseignants du lycée d’Akita, pour lequel je travaille, a abordé chacun des différents thèmes proposés par l’Unesco.
Cependant, il est régulièrement rapporté que le niveau académique des étudiants aurait chuté et il est devenu courant de voir des programmes extrascolaires donnés le samedi. Même si des réformes du concours d’entrée pour les universités sont actuellement à l’étude, les enseignants des écoles secondaires sont toujours occupés à préparer les étudiants à ces concours ou à la recherche d’un emploi. Beaucoup d’étudiants sont responsables d’un club de sport au sein de leur école, club dont ils s’occupent même le week-end, en plus du travail à la maison qui les amène jusque 7 ou 8 heures du soir en semaine. Ce programme très lourd semble encore plus sévère dans les écoles secondaires et primaires. Les étudiants et les enseignants peuvent le supporter car, et cela semble être une caractéristique du peuple japonais, ils sont prêts à se sacrifier. Cependant, le respect envers les enseignants a diminué depuis peu, ce qui peut entraîner de sérieux problèmes. Les niveaux de stress et les cas de burn out deviennent importants parmi les enseignants.
Cependant, certains signes d’espoir pointent également. De jeunes entrepreneurs qui n’ont pas connu la bulle des années 1980 sont apparus ; ils essayent d’apporter leur contribution à la société tout en se ménageant une vie privée. Beaucoup de jeunes ne souhaitent pas avoir davantage de biens matériels, et sont heureux avec ce qu’ils ont. En outre, nombreux sont ceux qui s’impliquent dans un travail bénévole. Il n’est pas certain que ceci soit le résultat de l’éducation mais il semble que peu à peu, avec des hauts et des bas, l’éducation au Japon essaie de faire en sorte que les étudiants puissent exprimer leur créativité.
Un autre signe d’espoir est que les thèmes relatifs au développement durable sont largement acceptés. Ceux-ci sont mis en pratique principalement dans les écoles japonaises qui ont un programme d’association avec l’Unesco ; on en dénombre un millier. Avec le développement durable, les étudiants sont exhortés à s’intéresser au bien-être de toutes les personnes vivant sur Terre et à penser à plus long terme afin que les générations futures puissent vivre dans un environnement plus sain. L’accent est mis sur un apprentissage holistique et inclusif, une approche créative dans le traitement des problèmes complexes, une pensée critique et la participation active des jeunes en tant qu’agents du changement.
Au niveau international, le gouvernement japonais et des ONG ont joué un rôle déterminant dans la promotion de l’enseignement pour un développement durable. Le ministère de l’Éducation a tenté de diffuser cet enseignement dans davantage d’écoles. Cela est rendu possible car ces idées sont proches des quatre thèmes attachés aux écoles de l’Unesco : comprendre le système des Nations unies pour relever les défis mondiaux ; comprendre et promouvoir les droits de l’homme et la démocratie ; comprendre différentes cultures ; sensibiliser à l’environnement.
L’enseignement pour un développement durable devrait être pratiqué dans une perspective internationale large et, par conséquent, l’Unesco a reconnu des projets multinationaux comme des modèles phares ; on peut citer quelques-uns de ces programmes : le projet de la mer Baltique, le projet de la Grande Route de la Volga, l’éducation à l’eau dans les États arabes. Au Japon, cependant, la plupart des écoles ont choisi l’éducation environnementale comme principal domaine d’activité et ont limité leurs activités à la fabrication de rideaux de verdure ou à l’installation de biotopes dans le jardin des écoles. Yoshiyuki Nagata, chercheur dans le domaine de l’enseignement pour le développement durable, critique la façon dont cet enseignement évolue au Japon indépendamment de la tendance internationale. L’accent doit être mis sur la qualité, pas sur la quantité, ce qui a amené le siège de l’Unesco à Paris à suspendre les demandes d’écoles japonaises pour rejoindre le réseau.
Un cas plutôt exceptionnel
Dans le cadre de la Décennie de l’enseignement du développement durable des Nations unies, un groupe d’étudiants et d’enseignants d’Akita s’est penché sur chacun des thèmes des écoles de l’Unesco. Nous avons approfondi notre compréhension de chaque thème pendant quelques années ; cinq livres portant sur ces sujets ont été publiés entre 2008 et 2013 par les éditions Arte à Tokyo.
Le premier livre est un guide consacré à la coopération internationale pour les étudiants du secondaire. Nous avons collecté d’anciens ballons de football, des chaussures et des uniformes et nous les avons envoyés à des étudiants du Malawi avec l’aide de l’Agence de coopération internationale du Japon (JICA). Le livre décrit cette action et reprend des commentaires de l’Agence de coopération internationale du Japon.
Le deuxième livre est un guide des Nations unies pour les étudiants du secondaire. Il reprend plusieurs idées clés qui apparaissent dans la Charte des Nations unies : la fraternité dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, le partage, appelé « répartition équitable de la richesse au sein et entre les nations » dans la Charte de la Terre. Le livre avance l’idée qu’une nouvelle institution traitant uniquement de la redistribution des ressources mondiales pourrait être établie dans le système des Nations unies. Le besoin de pratiquer le partage est mentionné à plusieurs reprises dans l’ouvrage.
Le troisième livre est intitulé Une introduction à l’Afrique pour les étudiants du secondaire. Grâce à des subventions du JICA et de la Fondation du Japon, nous avons emmené quatre étudiants en Ouganda que Winston Churchill appelait « la Perle de l’Afrique ». Il est vrai que le pays est riche en eau et par sa flore, mais nous y avons vu les cicatrices de conflits et de maladies infectieuses. Une étudiante a écrit : « L’Afrique évoque des images négatives telles que le sida ou la pauvreté, mais nous sommes allés en Ouganda et nous avons vu les habitants rire et sourire ! Par rapport au Japon, leur niveau de vie est pénible mais tous vivent heureux ! »
Le quatrième livre, Un Guide des problèmes environnementaux mondiaux pour les élèves du secondaire a été édité en 2011, l’année du tsunami et des explosions à la centrale nucléaire de Fukushima. Il reprend des analyses du Programme des Nations unies pour l’Environnement et publie l’intégralité de la Charte de la Terre. Il examine en outre le lien entre la pauvreté et les dommages environnementaux et suggère une solution pour ces deux questions : le partage des ressources mondiales.
Il traite également des questions énergétiques. Il condamne les méthodes actuelles de production d’énergie nucléaire sous différents angles et explore de nouvelles méthodes de production d’énergie, y compris les énergies renouvelables, la fusion nucléaire et la technologie de la lumière, qui est censée être préparée par les Frères de l’Espace. Contre toute attente, notre école a remporté le Prix du ministre de l’Environnement, principalement grâce à notre méthode d’apprentissage où des élèves du secondaire enseignent le changement climatique aux étudiants des écoles primaires.
Le cinquième et dernier livre intitulé Pratique de l’enseignement au développement durable dans une école associée de l’Unesco se compose d’articles de chercheurs et d’enseignants. Bien qu’il s’agisse d’un document publié par le gouvernement, mon article, qui a été vérifié par la direction de l’école, décrit comment un monde durable peut être réalisé par l’humanité avec l’aide de Maitreya, l’Instructeur mondial, et des Maîtres de Sagesse. En citant la plus grande partie du message n° 54 de Maitreya, j’y ai expliqué la divinité innée de l’homme, sa triple structure (Monade, âme et personnalité) et le processus de son évolution vers le divin grâce à la Loi de la réincarnation et à la Loi des causes et effets. J’y ai même mentionné que sept rayons affectent l’âme et les corps de l’homme et que cette nouvelle psychologie sera appliquée dans le domaine de l’éducation à l’avenir.
Le livre contient également un article d’Hiroshi Iwama, un professeur à la retraite. Il indique que l’origine de l’Unesco a un lien avec la Société théosophique. L’une des sources de l’Unesco était la New Education Fellowship (NEF), qui est née de la Fraternité théosophique pour l’éducation.
C’est J. A. Lauwerys, vice-président de la NEF, qui a inséré dans le préambule de la constitution de l’Unesco la déclaration bien connue : « Puisque les guerres commencent dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que les défenses pour la paix doivent être construites. »
Etsuko Yamaura, enseignante du primaire, a rédigé un compte rendu du livre dans Holistic Education News (Tokyo, septembre 2013) : « Je suis heureuse de savoir qu’un lycée est suffisamment compétent pour travailler dans le domaine de l’enseignement du développement durable de manière continue et multilatérale […]. Nous ressentons une certaine stagnation à notre époque mais quelque chose pourrait avoir changé depuis la base. »
Le groupe qui a édité ces livres est maintenant appelé « Equipe des affaires écologiques ». J’en suis toujours le responsable et périodiquement, je rappelle aux étudiants que le partage des ressources de la planète est la seule solution aux problèmes mondiaux.
Japon
Auteur : Naoto Ozutsumi, collaborateur de Share International. Il habite à Akita (Japon).
Thématiques : environnement, éducation
Rubrique : Divers ()
