Internet peut aider les enfants des rues

Partage international no 172décembre 2002

par Carmen Font

Depuis de nombreuses années, des générations entières d’enfants vivent dans les rues de la plupart des pays d’Amérique latine, et, après les grandes crises économiques et les désastres naturels qui ont frappé le Brésil, la Colombie et l’Equateur, il semble désormais presque impossible de changer cette triste réalité. Actuellement, les enfants n’ont souvent pas d’autre choix que de s’enrôler dans les gangs des trafiquants de drogue qui leur inculquent une culture de violence.

Ainsi, au Brésil, les barons de la drogue qui contrôlent les 650 favelas (bidonvilles) de l’agglomération de Rio de Janeiro fournissent des armes à feu aux enfants, afin qu’ils puissent intimider ou tuer, pour voler. Résultat : quelque 4 000 enfants ont été tués au cours des dernières années. Cette situation critique a poussé l’Unesco et la fondation Ford, entre autres, à organiser récemment un congrès à Rio de Janeiro intitulé « Les enfants victimes de la violence organisée ». Mais de nombreuses organisations non gouvernementales, ainsi que beaucoup de gens ordinaires, luttent activement contre ce fléau. Certains d’entre eux fournissent parfois une aide directe, tel le juge brésilien Siro Darlan, qui propose tous les mercredis un repas à plusieurs dizaines d’enfants abandonnés. « Parfois, raconte-t-il, ils sont aveugles, ou sourds. Certains ont perdu une jambe ou un bras. Ils m’ont dit que maintenant, le mercredi, ils n’ont plus besoin de tuer ou de voler pour manger. Le problème de fond est que ces enfants n’ont aucune perspective d’avenir. En fait, ils n’ont ni avenir, ni présent. »

D’autres initiatives récentes utilisent Internet pour éduquer des enfants et leur éviter de devoir mendier, tuer, ou se prostituer. En Equateur, la fondation Chasquinet a réalisé un programme nommé « Internet pour la Vie ». Issus des milieux les plus pauvres, ces enfants n’ont pratiquement accès à aucune autre forme d’éducation. « Internet est pour eux une gigantesque bibliothèque, un moyen formidable d’éducation », déclare Yvan, coordinateur du programme.

Ce dernier a créé des centres Internet dans des villages et des cités, ce qui permet tout d’abord aux enfants des rues de communiquer entre eux et de s’entraider dans leur lutte quotidienne pour survivre. Mais ils ont également accès à des conseillers adultes et à des structures éducatives de base. « Depuis que je vais au centre Internet, je parle avec Miguel, qui vit au Chili, révèle Maria, 13 ans. Lui parler grâce à l’ordinateur a été une grande aventure. J’avais toujours cru que les gens ne pouvaient se parler que par téléphone, même si je n’avais jamais eu l’occasion de le faire. Miguel est devenu mon ami et m’aide à faire les devoirs du Programme éducatif des enfants des rues d’Esmeraldas. » Esmeraldas est une région pauvre située en Equateur, sur la côte nord du Pacifique. Le chômage y est endémique et affecte directement plus de 150 000 personnes en âge de travailler.

« Internet pour la Vie » a été fondé et financé par le Centre canadien de recherche et de développement international et le ministère canadien des Affaires étrangères et du Commerce international. Mais des associations locales assurent le fonctionnement du programme sur le terrain en Colombie et en Equateur. « Ce programme n’ouvre pas seulement les portes de l’information et de la formation, déclarent les coordinateurs. Il donne aussi aux enfants la confiance et les connaissances nécessaires pour survivre dans les rues. De plus, ils échangent leurs expériences avec d’autres enfants qui vivent dans les mêmes conditions qu’eux, ce qui leur donne un sens de la communauté. Le principal but est d’utiliser les technologies de l’information et de la communication pour améliorer la vie des enfants des rues. »

De nombreux enfants reçoivent également une formation professionnelle qui peut les aider à trouver un travail, en particulier dans le domaine du commerce électronique. Les technologies de l’information ne sont certes pas une panacée, mais elles ont leur place dans la lutte contre la misère. « Pour moi, déclare Karina, 11 ans, le centre Internet, c’est super. On peut partager des idées, apprendre des choses sur les différents pays, et sur la géographie, la faune et la flore. »

Amérique du Sud Auteur : Carmen Font, professeur d’université et correspondante Share International. Elle réside en Espagne.
Sources : El País, Espagne ; Fondation Chasquinet, Equateur
Thématiques : éducation
Rubrique : Divers ()