Partage international no 161 – février 2002
Interview de Bala Murugan par Jacques van den Berg
« Ma mission est toute ma vie. Rien d’autre ne m’intéresse. Je veux seulement guider et élever l’humanité et montrer l’amour de Dieu au plus grand nombre possible de personnes. Je n’ai aucun souhait ni projet personnel. J’accomplis la volonté du Divin en chaque occasion. Les raisons de ma naissance dans ce monde pour y remplir cette mission sont ma compassion et mon immense amour de l’humanité. » Swami Premananda
Bala Murugan, adopté dès son jeune âge par swami Premananda, est maintenant un jeune homme qui vit aux Pays-Bas. Il a été interviewé pour Partage international par Jacques van den Berg.
Swami Premananda est un Avatar vivant au sud de l’Inde. Dans les écritures hindoues, Avatar signifie descente en incarnation de la Divinité. Son enseignement n’est autre que sa vie elle-même – ceux qui le connaissent sont impressionnés par son service constant, désintéressé, à l’égard de l’humanité. Il se soucie toujours des autres et essaie de les aider, qu’il s’agisse d’enfants ou d’hommes politiques, d’hommes de sciences ou d’illettrés – il approche chacun de la même manière et tous ceux qui lui exposent leurs problèmes font l’expérience de sa compassion et de son attention sincère.
Son ashram (centre spirituel), près de Trichy, au sud de l’Inde, sert de foyer à environ cinq cents enfants, de toute évidence heureux, qui pour la plupart ont connu une vie extrêmement misérable avant d’arriver là. Il s’agit souvent d’enfants dont les parents étaient trop pauvres pour les nourrir. La plupart ne pouvaient fréquenter l’école et certains devaient travailler douze heures par jour, ou même davantage, pour un salaire de misère. Dans l’ashram, les enfants ne manquent de rien : ils ont trois repas par jour, des vêtements, ils bénéficient de soins médicaux, ils vont en classe et peuvent pratiquer différents sports ou développer leur créativité et leur spiritualité.
En novembre 1994, swami Premananda a été arrêté à la suite d’une série de fausses accusations destinées à le discréditer. Son procès fut truqué : des jeunes femmes subirent des pressions et même des violences physiques pour les forcer à de fausses dépositions contre lui ; des échantillons d’ADN furent falsifiés et les témoignages soutenant son innocence furent ignorés par la Cour. Il fut déclaré coupable et mis en prison où il se trouve toujours. Imperturbable, il continue cependant à servir les autres : il répond aux lettres de milliers de personnes qui sollicitent son aide ou ses conseils et, depuis sa cellule, il continue à diriger son ashram. Il soutient également les autres prisonniers, qui sont nombreux à lui demander eux aussi conseil et aide. En dépit des privations de la vie en prison, il rayonne toujours d’amour et de contentement et son large sourire demeure célèbre.
Bala Murugan se souvient
Bala Murugan est né au Sri Lanka, dans une famille très pauvre. A la mort de son père, sa mère n’avait aucune ressource pour élever ses enfants, et son fils et ses deux filles furent conduits dans un ashram appartenant à un saddhu (un saint homme). Bala avait alors environ quatre ans. Il en a maintenant probablement vingt-six, mais il ne connaît pas la date exacte de sa naissance.
Un jour le jeune Premananda, âgé alors d’une vingtaine d’années, visita l’ashram et le saddhu lui demanda d’accepter de prendre en charge quelques-uns des enfants. Lorsque Premananda lui demanda quand cette tâche lui serait confiée, le saddhu répondit qu’au moment de sa mort il se rendrait dans la salle des pujas de swami Premananda sous la forme d’un chien et qu’il aboierait. Lorsque l’événement prédit se réalisa, Swami reconnut le signe et il adopta Bala Murugan et ses deux sœurs, ainsi que trois autres enfants.
Premananda prenait soin d’une quarantaine d’enfants dans son ashram de Matale, au Sri Lanka, tout en travaillant dur sur sa plantation de thé voisine. Il jouait avec les enfants chaque jour. Lorsque l’un d’entre eux était triste il le réconfortait, et il leur donnait souvent du chocolat et des bonbons : un jour Bala vit Swami faire surgir miraculeusement de nulle part une barre de chocolat pour réconforter un ami malheureux. Swami servait à la fois de mère et de père pour les enfants et son attention aimante réconfortait Bala lorsqu’il pensait avec tristesse à sa mère.
Les tensions ethniques au nord du Sri Lanka, dans la région dont la mère de Bala était originaire, rendait tout contact avec elle impossible et il ne la revit jamais.
Bon nombre des enfants vivaient dans des conditions épouvantables avant d’être adoptés. Swami trouva un jour un enfant qui pleurait et perdait du sang au bord d’une route. Il avait une blessure à la tête provenant d’un coup de hache et une joue brûlée : sévices infligés par son propre père parce qu’il lui avait quémandé un peu de nourriture. L’enfant n’avait rien mangé depuis des jours à la suite de la disparition de sa mère. Swami prit soin de lui. Cet enfant est maintenant un des meilleurs amis de Bala. Bala Murugan pense que c’est un miracle que son cher Swami apparaisse toujours, comme par hasard, au bon endroit et au moment voulu, pour sauver un enfant malheureux ou dans le besoin.
Il se souvient du jour où la violence ethnique atteignit aussi Matale. Les enfants durent s’enfuir dans la jungle ; certains étaient encore dans les locaux de l’ashram lorsque des cocktails Molotov commencèrent à être lancés. Le courage de quelques-uns uns des résidents les plus âgés sauva les autres et un enfant seulement fut blessé. L’ashram tout entier fut réduit en cendres. Les enfants furent conduits au temple Mariammam de Matale. Mais là aussi ils furent poursuivis. Plus tard, alors qu’ils vivaient dans une maison retirée dans la jungle, ils apprirent que le temple avait été profané. Le prêtre du temple, qui avait réussi à s’échapper, raconta qu’il avait vu des larmes de sang couler de l’un des yeux de la statue de Mariammam, la Mère divine.
Quelque temps plus tard, les enfants furent transférés dans un autre ashram de Swami, à Puliyankulam, où ils restèrent environ trois ans.
Bala a raconté qu’il voyait toujours Swami travailler : que ce soit repiquer du riz sous un soleil de plomb ou sous une pluie battante, nettoyer, installer une fosse septique, rien n’étant trop dur ou trop salissant pour lui. Si personne ne voulait se charger d’un travail pénible ou rebutant, Swami le faisait lui-même. Il était ainsi un exemple pour ses jeunes pupilles et ses élèves.
Des miracles
Bala fait un bond dans le temps pour décrire un événement exceptionnel, vécu auprès de swami Premananda : « la grande nuit de Shiva ». A l’époque de cette fête annuelle, les Hindous jeûnent et prient toute la nuit ; et depuis trente-cinq ans, à l’occasion de cette nuit sacrée, swami Premananda crée des lingams. Un autre grand Avatar, sri Sathya Saï Baba, est également célèbre pour ce phénomène.
Les lingams sont des objets sacrés, très vénérés, des symboles de Shiva, Shiva représentant le « non manifesté ». Ces lingams en forme d’œufs, qui apparemment sont faits de pierre ou de métal, sont « engendrés » dans le corps de l’Avatar, ils remontent dans sa gorge et sortent par sa bouche. Cela semble un processus extrêmement épuisant et douloureux, et Swami doit être soutenu par des aides pour ne pas tomber. Du sang et un liquide rouge, connu sous le nom de kum kum, accompagnent la « naissance » des lingams. Le nombre de lingams produits par Swami en une nuit est souvent extraordinaire : en l’an 2000, par exemple, il a produit exactement cinquante-quatre lingams. Bala se souvient qu’après une nuit si épuisante physiquement, alors que tous les autres étaient prêts à aller se coucher, Swami commença à faire le ménage et la cuisine pour les centaines de personnes présentes.
Bala Murugan aime parler des différents miracles accomplis par Swami. Une fois une femme qui désirait un mala (une sorte de chapelet) vint le voir. Swami, qui était occupé à jouer avec un groupe d’enfants, dit à la femme de se rendre dans une pièce et de se concentrer, un bouquet de fleurs à la main, sur le genre de mala qu’elle désirait. Au bout d’un instant, tout en continuant à jouer avec les enfants, Swami lui demanda : « Le mala est-il arrivé ? » – « Oui, Swami, mais pas celui que je souhaitais ! » répondit-elle. « Concentrez-vous à nouveau », dit-il, et le mala qu’elle avait visualisé lui apparut dans les mains.
Bala a également raconté ses souvenirs de la fête de Navaratri, une célébration annuelle durant dix jours, en l’honneur de la Mère divine. Swami demanda à 200 personnes se tenant en ligne, chacune une fleur à la main, de penser à leur divinité préférée et aussitôt une petite statue de la divinité choisie apparut, matérialisée dans leurs mains. Certains reçurent une statue de Shiva, d’autres de Krishna, ou encore de la Mère divine, ou de Ganesh.
En 1988, quelque chose d’extraordinaire s’est produit à l’occasion de la cérémonie hindoue de prières matinales et d’abishekam, où l’on fait des offrandes à une statue de Ganesh, après l’avoir lavée suivant les rites. On demanda à Swami de matérialiser une statue de Ganesh. Il demanda alors que l’on apporte une grande quantité de fleurs sur une estrade normalement réservée aux rites sacrés, puis demanda à ceux qui étaient présents s’ils voulaient une statue de Ganesh assis ou allongé, ou bien une statue de Ganesh enfant. Personne n’étant d’accord, Swami suggéra une figure de Ganesh assis sur un lotus. Tous furent d’accord, et les invités d’honneur furent alors invités à se rapprocher le plus possible du monceau de fleurs et à surveiller attentivement qu’il ne puisse s’agir d’un tour de passe-passe. L’assemblée récita le mantra de Ganesh et Swami se retira dans la salle consacrée aux entretiens qu’il avait l’habitude d’utiliser également comme salle de méditation. Au bout d’une demi-heure, le monceau de fleurs commença à bouger et à dégager une forte chaleur. Swami Premananda réapparut, dans un état de profonde méditation : il avait du mal à marcher, il tremblait, et ses yeux paraissaient « différents ». Il plongea la main dans le monceau de fleurs et, d’un geste majestueux, en sortit la statue de Ganesh. Certaines personnes firent remarquer qu’il n’y avait ni arc ni flèche, éléments traditionnels, au-dessus de la statue et immédiatement Swami compléta la figurine.
Un groupe de scientifiques britanniques se rendit à l’ashram dans le but de rechercher une preuve irréfutable de l’authenticité des miracles de Premananda. On lui demanda de se laver les mains, après quoi une de ses mains fut recouverte d’un sac de plastique qui fut soigneusement fermé et attaché autour de son bras. Puis on lui demanda de matérialiser de la vibuthi (cendre sacrée). Le sac vide se remplit aussitôt de la substance blanche, parfumée, et les scientifiques enthousiastes l’assurèrent qu’ils convaincraient le monde de ses pouvoirs miraculeux. Mais Swami leur demanda de ne pas raconter ce qu’ils avaient vu, car il ne souhaitait pas qu’une foule de gens se précipite dans son ashram, expliqua Bala.
Départ pour l’Inde
Lorsque Bala atteignit l’âge de neuf ou dix ans, les orphelins quittèrent le Sri Lanka par bateau pour se rendre dans le sud de l’Inde. Ce fut une nuit très tendue, pleine d’aventure pour les enfants : tout d’abord ils durent marcher pendant plusieurs kilomètres pour atteindre la côte, en traversant de nombreux contrôles militaires. Pour des raisons de sécurité, on n’avait pas dit aux enfants quelle était leur destination. Le bateau essuya un désastre après l’autre : un des moteurs lâcha, puis ce fut le second, et le vieux rafiot commença à prendre l’eau – tout le monde était persuadé que le bateau allait couler. Alors que chacun avait perdu tout espoir de survivre au voyage, ils découvrirent qu’ils se trouvaient si près de la côte qu’ils pourraient atteindre le rivage en marchant dans l’eau. Swami vint à la rencontre des enfants dans le village voisin de Rameshwaram et commença à leur parler des péripéties de leur voyage dont il connaissait les moindres détails. Il ajouta qu’il les avait sauvés.
En 1983, Swami Premananda se rendit dans le sud de l’Inde à la recherche d’un endroit susceptible de convenir pour son ashram. Au cours de ce voyage, il rendit visite à de grandes figures spirituelles, notamment à Mata Amritanandamayi (connue aussi sous le nom d’Amma ou Mère). Il se rendit également à Trichy, le site du célèbre temple Samayapuram, un endroit connu comme un « siège d’énergie » ou shakti pith. Le temple présente un aspect sévère mais aimant de la Mère divine. Swami Premananda étonna tout le monde en choisissant pour son ashram un endroit rempli de rochers et de mauvaises herbes alors que tant d’autres sites magnifiques étaient disponibles.
Chaque jour, les enfants et les fidèles accompagnaient Swami jusqu’au lopin de terre où ils travaillaient dur, en plein soleil. Mais Bala affirme qu’il aimait ce travail car c’était un réel plaisir d’être auprès de Swami qui était toujours content, et prenait grand soin des enfants. Il leur demandait souvent ce qu’ils voulaient et il revenait avec un ice-cream, de la limonade ou des bonbons. Il travaillait lui-même de manière infatigable toute la journée, en pleine chaleur, parfois ne s’arrêtant même pas pour manger. Swami suivit scrupuleusement l’architecture traditionnelle utilisée pour les ashrams en Inde et il discutait de manière régulière avec les constructeurs.
Sa sollicitude s’étendait au-delà de son ashram et des enfants – il était toujours prêt à apporter son aide aux habitants du village voisin. Il participa à la construction de temples, veilla à ce qu’une route fut construite, qu’il y ait un service local de bus et d’autres facilités. Il était naturel que les gens du village aiment Swami qui faisait tout pour les aider. Ils pouvaient envoyer leurs enfants à l’école ou à la garderie de l’ashram ; ils pouvaient utiliser la salle des pujas (salle de cérémonie) pour y célébrer des mariages, ou des événements similaires, s’ils ne pouvaient se permettre de louer d’autres salles. Swami s’assurait également que chacun puisse bénéficier de soins médicaux et de médicaments gratuits. En même temps, les malades, et tous ceux que la vie accablait de difficultés, savaient qu’ils pouvaient toujours venir lui demander conseil et assistance.
Pendant le week-end, swami Premananda organisait des « transe-interviews » durant lesquelles il entrait dans un état de profonde méditation et prodiguait guérison et conseil. Il ne prenait jamais d’argent, il suffisait qu’on ait la foi. Au cours de ces séances, Swami demandait aux gens de penser à leurs problèmes ou à leur maladie, puis il leur disait : « Vous avez telle maladie, n’est-ce pas ? » Et il leur indiquait quelque chose de simple à faire. Bala Murugan se souvient d’un homme qui fut guéri d’un cancer de la peau, après que Swami ait matérialisé de la vibuthi qu’il demanda à l’homme d’étaler sur la région malade. Le frère d’un homme atteint du sida demanda l’aide de Swami et celui-ci répondit : « Dites à votre frère de venir me voir samedi prochain en apportant deux citrons et une noix de coco. » Le malade du sida suivit les instructions et fut guéri.
Un jour, des villageois, dont le puits était asséché et dont les récoltes dépérissaient, vinrent demander l’aide de Swami ; il leur donna une noix de coco et il leur conseilla de la lancer n’importe où sur leur terre, puis de creuser un puits à l’endroit où la noix de coco éclaterait. Il les assura qu’ils trouveraient là une abondante réserve d’eau et, bien sûr, sa prédiction s’avéra exacte.
Participation à la puja
Bala Murugan aimait tout particulièrement servir et assister Swami pendant la puja, le service religieux. Tous les objets nécessaires à la cérémonie devaient être disposés de manière très précise et rien ne devait être oublié. Swami était méticuleux et précis car il accomplissait souvent le rituel les yeux fermés, dans une profonde concentration, et si un seul des objets n’était pas à la place correcte, cela pouvait perturber le rythme et toute la suite de la cérémonie. « La salle de puja est un endroit exceptionnel, dit Bala. Si vous avez un problème et si vous y réfléchissez dans cette salle, le problème s’évanouit aussitôt. » Lorsqu’on lui demanda si les enfants aimaient la puja, Bala répondit : « Non, souvent ils n’y sont pas habitués, ou, dans la plupart des cas, ils ont eu un passé difficile. Swami leur présente les questions spirituelles de manière progressive et ils s’y intéressent peu à peu. »
Dans les pays développés, les établissements scolaires sont de plus en plus confrontés à des problèmes de brimades entre élèves et de violence. Bala a-t-il fait l’expérience de problèmes similaires dans les écoles de Swami Premananda ? Sa réponse est négative : « Les enfants se battaient parfois, mais Swami les faisait venir auprès de lui, il examinait avec eux les raisons de leur conflit et aussitôt après les enfants redevenaient amis. » Bala ajoute : « Swami éduque les enfants en leur donnant de l’amour. Swami fait tant pour eux, il leur apprend à vivre dans l’ashram et à aimer. Souvent les enfants n’ont rien : ni parents, ni famille, ni maison, ni nourriture, ni école. Dans l’ashram, ils ont tout, et il y a tant de choses agréables et intéressantes à faire. Les enfants peuvent choisir entre la danse traditionnelle, la musique, le théâtre, le dessin, la peinture, différents travaux manuels et activités sportives. Et Swami s’assure toujours que chaque enfant ait la possibilité de choisir les activités qu’il préfère vraiment. »
Lorsqu’on lui demanda s’il y eut jamais quelque chose de difficile ou déplaisant dans sa vie à l’ashram, Bala répond : « Non, tout le monde aime Swami, les enfants aussi bien que les villageois. » Interrogé sur l’importance du rôle de Swami dans le monde, il dit : « Il est le parfait exemple de la manière de servir Dieu en le réalisant en soi-même et en servant l’humanité. » Et lorsqu’on lui demande ce que Swami représente pour lui-même, il répond : « Il est mon père et ma mère, aussi bien en ce qui concerne ma vie intérieure que ma vie extérieure. »
Inde
Auteur : Jacques van den Berg, correspondant de P I qui vit à Utrecht ( Pays Bas)
Thématiques : signes et miracles, spiritualité
Rubrique : Entretien ()
