Faire la paix avec la nature

Partage international no 392avril 2021

par Stephen Leahy

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) vient de publier son premier rapport de synthèse intitulé Faire la paix avec la nature – un plan scientifique pour faire face aux urgences en matière de climat, de biodiversité et de pollution. Le rapport traduit l’état actuel des connaissances scientifiques en messages factuels clairs et digestes auxquels le monde peut se référer. J’ai demandé à Sir Robert Watson, un des coordinateurs du rapport, ancien président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), de résumer la situation sur la planète Terre.

« En tant que scientifiques, plus nous approfondissons nos connaissances, plus nous sommes inquiets. Les risques auxquels l’humanité est confrontée sont bien pires qu’il y a vingt ans, ou même dix. » Donc, les choses ne vont pas bien et même, elles empirent.

photo : Hagerty Ryan, USFWS, CC0, pixnio
« La crise de la Covid-19 a montré clairement que la santé des personnes et de la nature sont intimement liées, ainsi que le besoin urgent de modifier notre façon de voir et d’apprécier la nature. »

Pour répondre aux multiples menaces qui pèsent sur la civilisation, il suffirait de parvenir à trois choses :

– Réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 45 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010 et atteindre des émissions nettes nulles d’ici 2050 ;

– Conserver et restaurer la biodiversité ;

– Réduire au maximum la pollution et les déchets.

Selon le plan directeur des Nations unies, la réalisation de ces trois objectifs nécessite des changements radicaux en matière de gouvernance et d’organisation économique et sociale de nos sociétés. Il nous faudra également modifier notre vision du monde, nos normes et nos valeurs afin qu’elles soient fondées sur la conscience que l’humanité dépend de la nature pour sa survie et son bien-être. Et ces transformations devront se produire au cours de la présente décennie. Voilà en résumé ce que m’a dit R. Watson.

Effectivement, l’ampleur de la tâche est énorme sur une décennie. Le rapport Faire la paix avec la nature compte 170 pages et n’est franchement pas facile à lire, malgré tous les graphiques. Voici un résumé en quelques mots :

1 – Transformer le système économique

  • Remplacer le PIB par des indicateurs de progrès réels ;
  • Transférer 5 000 milliards de dollars de subventions aux combustibles fossiles vers des énergies à faible teneur en carbone ;
  • Modifier les modèles incitatifs des entreprises et de la société pour refléter la valeur de la nature et créer des emplois verts.

2 – Transformer la finance et les investissements

  • Les banques, les fonds de pension et autres doivent cesser d’investir dans des activités nuisibles à l’environnement.
  • Réorienter les réglementations financières pour qu’elles servent à préserver les forêts, les zones humides, les sols et les systèmes de l’eau douce.

3 – Transformer la gouvernance

  • Les gouvernements ne parviennent toujours pas à assurer le bien-être de leurs citoyens. Les pays et les institutions doivent donc passer à des formes de prise de décision basées sur la collaboration et impliquant un large éventail d’acteurs des secteurs public, privé et de la société civile.

La reprise post-pandémie devra être verte

Alors que nous commençons à nous remettre de la pandémie, c’est le moment idéal pour mettre en œuvre les transformations nécessaires. Comme l’a déclaré Inger Andersen, directrice du Pnue, avant la conférence de l’UNEA : « Les plans de « relance verte » pour les économies frappées par la pandémie sont une occasion unique d’accélérer la transformation. La crise de la Covid-19 a montré clairement que la santé des personnes et de la nature sont intimement liées et nous a montré le besoin urgent de modifier notre façon de voir et d’apprécier la nature », a-t-elle déclaré.

Cependant, il y a quelque chose à savoir : les personnes, les secteurs industriels et les pays qui se portent bien en ce moment ne sont pas intéressés par ces transformations, pourtant essentielles à notre futur. Certains nieront la nécessité de tout changement, d’autres seront d’accord mais insisteront sur le fait que le changement devrait être lent, si lent que rien ne changera vraiment.

Que vous soyez dans le cyberespace ou dans le concret, rappelez à tous que tous nos efforts doivent être dirigés vers la réalisation de notre « liste de choses à faire » pour cette décennie :

– Réduire les émissions de CO2 de 45 % d’ici à 2030 ;

– Conserver et restaurer la biodiversité ;

– Réduire la pollution et les déchets.     

Auteur : Stephen Leahy, co-lauréat 2012 du Prix Prince Albert des Nations unies pour ses reportages sur les changements climatiques. Journaliste canadien indépendant, vivant à Uxbridge dans l’Ontario, il est correspondant scientifique sénior à l’agence de presse InterPress Service (IPS), et fondateur du mouvement Journalisme soutenu par la communauté.
Thématiques : environnement
Rubrique : Divers ()