Partage international no 298 – juin 2013
par Ronnie Cummins
Un nombre croissant de consommateurs de produits biologiques, de défenseurs de la santé naturelle et de militants du climat posent un regard plus approfondi sur les causes fondamentales du réchauffement climatique. Leur conclusion donne à réfléchir : nos systèmes d’agriculture et de nourriture industrielle, basés sur l’utilisation intensive de l’énergie, de produits chimiques et d’OGM, sont la principale cause du réchauffement mondial d’origine humaine.
Comment sont-ils arrivés à cette conclusion ? Tout d’abord, en examinant de manière plus approfondie les données scientifiques sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) : en ne considérant pas seulement le dioxyde de carbone (Co2), mais aussi le méthane et le protoxyde d’azote. Ensuite, en examinant la consommation de combustibles fossiles et les émissions de l’ensemble de l’industrie alimentaire et du cycle de l’agriculture, en considérant les intrants, le matériel, la production, la transformation, la distribution, le chauffage, le refroidissement et les déchets. Et enfin, en prenant en compte les effets indirects de l’agriculture contemporaine, notamment la déforestation et la destruction des zones humides.
Lorsque vous rassemblez toutes ces informations, la situation est claire : l’agriculture contemporaine dévore notre planète. Et les élevages industriels ou, dans le jargon de l’industrie, les activités d’engraissement des animaux confinés, jouent un rôle clé dans cette catastrophe imminente.
L’examen scientifique du réchauffement climatique est complexe. Sans aucun doute, les centrales à charbon, les sables bitumineux et la fracturation contribuent fortement à la pollution par les gaz à effet de serre (GES), la principale cause du réchauffement climatique. Nous devons nous unir pour arrêter ces industries. De même, la surconsommation de combustibles fossiles représente une autre variable importante dans l’équation de la crise climatique. Nous devons absolument repenser, rénover et/ou reconcevoir nos voitures énergivores et nos bâtiments énergétiquement inefficaces, si nous voulons réduire l’utilisation de combustibles fossiles de 90 % au cours des prochaines décennies. Mais nous devons aussi tenir compte de l’impact environnemental de l’élevage industriel.
Aujourd’hui, près de 65 milliards d’animaux à travers le monde, notamment les vaches, les poulets et les porcs, sont entassés et littéralement torturés dans des conditions malsaines, insalubres et excessivement cruelles. La maladie est la norme pour les animaux qui sont confinés au lieu d’être en pâture, et qui mangent du maïs et du soja transgénique plutôt que de l’herbe et du fourrage comme le prévoit la nature. Pour prévenir la propagation inévitable des maladies dues au stress, à la surpopulation et au manque de vitamine D, les animaux sont nourris avec un régime régulier d’antibiotiques. Les antibiotiques représentent une menace directe pour l’environnement quand ils se déversent dans nos lacs, rivières, nappes phréatiques et l’eau potable.
Les élevages en confinement contribuent directement au réchauffement climatique en libérant de grandes quantités de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère : davantage que l’ensemble de l’industrie du transport mondial. Dans certains élevages industriels témoins aux Etats-Unis, l’air est plus pollué que dans les villes les plus polluées d’Amérique, selon l’ONG Environmental Integrity Project. Selon un rapport publié en 2006 par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agriculture animale est responsable de 18 % de toutes les émissions de GES d’origine humaine, dont 37 % des émissions de méthane et 65 % des émissions de protoxyde d’azote. A poids égal, les émissions de méthane provenant des milliards d’animaux confinés dans les fermes industrielles sont 70 fois plus dommageables que le CO2.
Les fermes industrielles contribuent au dérèglement climatique par leur impact sur la déforestation et le drainage des zones humides, et en raison des émissions de protoxyde d’azote provenant des énormes quantités de pesticides utilisées pour cultiver le maïs génétiquement modifié et de soja destinés à nourrir les animaux, le protoxyde d’azote est encore pire que le méthane : il est 200 fois plus nocif que le CO2 à poids égal. Et tout comme les déchets animaux rejettent les antibiotiques et les hormones dans le sol et l’eau, les pesticides et les engrais finissent par trouver leur chemin dans nos cours d’eau, endommageant davantage l’environnement.
Les fermes industrielles ne sont pas seulement un désastre pour l’environnement. Elles ruinent également notre santé. Un nombre croissant de scientifiques avertissent que l’utilisation intensive et irresponsable des antibiotiques et des hormones de croissance conduit à des aliments industriels qui contiennent des agents pathogènes résistants aux antibiotiques, des résidus de médicaments comme les hormones et facteurs de croissance, et de « mauvaises graisses ». Pourtant, en dépit de ces risques pour la santé et l’environnement, la grande majorité des consommateurs ne se rendent pas compte que près de 95 % de la viande, des produits laitiers et des œufs vendus aux Etats-Unis viennent des élevages en confinement. Pas plus que la plupart des gens ne se rendent compte que ces élevages sont contrôlés par des entreprises caractérisées par des systèmes de production, de transformation et de distribution à grande échelle, centralisés, à faible marge bénéficiaire.
Il existe une alternative : un système socialement responsable, à petite échelle, créé par des producteurs indépendants et des transformateurs centrés sur les marchés locaux et régionaux. Cette solution produit des aliments de haute qualité, et soutient les agriculteurs qui produisent une viande saine, des œufs et des produits laitiers avec des méthodes sans cruauté. Et c’est beaucoup plus respectueux de l’environnement.
Les consommateurs peuvent boycotter les produits alimentaires provenant de fermes industrielles et choisir des solutions de rechange plus respectueuses de l’environnement. Mais nous devons d’abord récupérer le droit de savoir ce qu’il y a dans notre nourriture. Et cela passe par un étiquetage obligatoire, non seulement pour les aliments modifiés génétiquement, mais pour 95 % de la viande non nourrie à l’herbe, avec des produits non-organiques, des produits laitiers et des œufs qui sont produits dans les fermes-usines infernales qui dominent aujourd’hui la production alimentaire américaine.
En 2013, une nouvelle alliance de consommateurs de produits biologiques et naturels, de défenseurs de la protection des animaux, de militants anti-OGM et du changement climatique abordera la prochaine grande bataille de l’étiquetage des aliments : viande, œufs et produits laitiers issus d’animaux élevés dans des fermes industrielles. Cette campagne débutera par un programme massif d’éducation des consommateurs sur les impacts négatifs de l’agriculture industrielle sur l’environnement, sur la santé humaine et sur le bien-être animal, et mobilisera des millions de consommateurs pour exiger des étiquettes sur la viande et les produits laitiers issus de ces pratiques malsaines et insoutenable dites « agricoles ».
Contrairement aux arguments populaires, l’agriculture industrielle n’est pas une solution efficace et bon marché à la faim dans le monde. Nourrir un très grand nombre d’animaux confinés utilise en fait davantage de nourriture, sous forme de céréales qui pourraient nourrir les humains, qu’on n’en produit. Pour 100 calories de nourriture végétale donnée au bétail, nous récupérons seulement 30 calories sous forme de viande et produits laitiers. C’est une perte de 70 %.
Avec une population mondiale qui devrait atteindre neuf milliards d’ici le milieu du siècle, la planète ne peut plus se permettre ce système d’agriculture imprudent, insalubre et désastreux pour l’environnement. Nous pensons qu’une fois que les gens sauront toute la vérité sur les filières industrielles, ils voudront faire des choix alimentaires plus sains et plus durables. Et pour ce faire, nous devons nous battre pour le droit du consommateur de savoir non seulement ce qui est dans notre nourriture, mais aussi sa provenance.
Publié sous Common Dreams et reproduit avec la permission de l’Association des consommateurs de produits biologiques ; www.viaorganica.org et www.organicconsumers.org
Auteur : Ronnie Cummins, militant de longue date, auteur, et organisateur, il est directeur international de l’association Organic Consumers (Consommateurs biologiques) et de sa branche mexicaine, Via Organica.
Thématiques : Sciences et santé, environnement
Rubrique : S.O.P. — Sauvons notre planète (« Les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade... Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012.)
