Espagne : le triomphe d’un parti du peuple

Partage international no 311juillet 2014

Il y a trois mois, Podemos (Nous pouvons) n’existait même pas. Pourtant, le dimanche 1er juin 2014 au soir, le nouveau parti de gauche espagnol célébrait déjà une victoire. A la surprise des analystes et des instituts de sondage, il remportait 8 % des voix aux élections européennes, ce qui lui donnait cinq sièges au parlement.

Pablo Iglesias, 35 ans, est la nouvelle étoile filante des instituts de sondage ; ses fréquentes apparitions à la télévision ont aidé à donner une dimension nationale à Podemos.

Malgré son manque de financement et la faiblesse de son organisation, le nouveau groupe a réussi à capter plus de 1,2 million de votes, prenant appui en particulier auprès des jeunes Espagnols.

Professeur en sciences politiques, Pablo Iglesias est un critique virulent des élites en Espagne et en Europe, et des politiques d’austérité menées suite à la dernière crise financière.

La troïka (composée de fonctionnaires de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international) a joué un rôle clé lors des crises récentes en Grèce, au Portugal et en Espagne. Faisant écho à un mécontentement généralisé dans ces pays, P. Iglesias affirme sur son site que l’objectif principal de la troïka est « de sécuriser les profits des banques, des grandes entreprises et des spéculateurs. L’Europe ne peut pas être un instrument pour asphyxier les pays du Sud, et l’Espagne ne peut pas être une cible pour la corruption, la fraude et les spéculateurs immobiliers. »

La longue liste de promesses formulées par Podemos à l’occasion des élections comprend la suppression des paradis fiscaux, l’instauration d’un revenu minimum garanti et l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans. Le parti a mené sa campagne électorale européenne avec un budget minimum, en faisant appel au peuple et en jouant sur l’omniprésence de P. Iglesias dans les émissions de la télévision espagnole.

Le terrain fertile ayant permis la croissance rapide de Podemos provient du mouvement des Indignés, pas des socialistes, a déclaré Iñigo Errejón, 30 ans, directeur de campagne du nouveau parti. Il ajoute : « Le mouvement des Indignés était incroyablement vaste et ne pouvait pas être pleinement repris par un parti politique ; beaucoup d’entre nous étaient là, sur les places et dans les manifestations ; nous avons écouté ce que les gens disaient et nous avons pris des notes. Sans les changements que les Indignés ont provoqué sur la scène politique espagnole, Podemos n’aurait pas été possible. Nous sommes une force citoyenne, composée de personnes qui se sont réunies et ont mené une campagne électorale pratiquement sans argent. »

Les fondateurs de Podemos expliquent que le mouvement a été fondé en tant que parti il y a trois mois, après un débat houleux entre différentes assemblées issues du mouvement des Indignés sur la question de savoir si le travail devait se poursuivre au niveau de la base ou s’il fallait se doter d’une structure formelle.

Jusqu’à présent, la participation au parti se fait via des « cercles » qui forment environ 300 groupes de travail créés au niveau d’un quartier, d’une ville ou d’un village. Des milliers de personnes ont utilisé ces « cercles » pour exprimer leurs idées pour un nouveau parti qui vise à être différent en tous points. Ces groupes, qui ne partagent pas forcément une même idéologie, sont unis par le désir de « reprendre la démocratie qui nous a été enlevée ». D’après I. Errejón : « La formule initiale de participation directe peut et doit rester ; en même temps, le lien entre les élus et les électeurs devra être articulé d’une manière plus traditionnelle et plus stable pour des raisons d’efficacité. Ce sera la tâche qui nous attend pour les prochains mois. »

Espagne
Sources : El País, Espagne ; The Financial Times, The Guardian, Royaume-Uni.
Thématiques : Société, politique
Rubrique : La voix des peuples (Cette rubrique est consacrée à une force en plein développement dans le monde. La voix du peuple ne cessera de s’amplifier jusqu’à ce que, guidés par la sagesse de Maitreya, les peuples conduisent leurs gouvernements à créer une société juste dans laquelle seront respectés les droits et les besoins de tous.)