Partage international no 298 – juin 2013
Interview de Diane Latike par Jason Francis
Kids Off The Block (Kob) (Sortir les enfants des quartiers) est une ONG de Chicago (E.-U.) qui lutte « contre la violence juvénile, un enfant à la fois », fondée par Diane Latiker en 2003. Cette association propose à des enfants issus de milieux défavorisés des alternatives aux gangs, à la drogue, à l’absentéisme scolaire et à la violence. D. Latiker vendit sa télévision pour fournir le financement initial et elle vendit aussi la table et les chaises de sa salle à manger pour faire de la place et créer dans sa maison un premier atelier d’informatique pour les jeunes. De nombreux médias ont parlé de Kob. D. Latiker a été nommée par CNN parmi les dix Héros de l’année 2011. Jason Francis l’a interviewée pour Partage international.
Partage international : D’où vous est venue l’idée de créer Kob ?
Diane Latiker : De ma fille Aisha et de ma mère, l’évangéliste Ruth Jackson. J’ai huit enfants, quatre garçons et quatre filles. Aisha est la dernière. Quand elle avait 13 ans, je l’emmenais avec ses amis à la patinoire, à la piscine, au cinéma, et autres choses pour leur éviter d’être tentés par des activités qui auraient pu leur attirer des ennuis. En voyant ça ma mère m’a dit : « Ces enfants t’aiment et te respectent. Tu devrais faire quelque chose avec eux. »
PI. Que proposez-vous aux enfants ? Comment les aidez-vous ?
DL. Nous leur faisons faire de la musique, du théâtre, du sport. Nous les aidons dans leurs études, nous les formons au leadership et à la résolution des conflits. Ces activités sont très importantes pour que les enfants libèrent leur énergie, expriment leur créativité, et gagnent en auto-estime.
PI. Combien d’enfants aidez-vous ainsi ?
DL. Entre 25 et 40 chaque jour. L’an dernier nous avons aidé un total de 300 enfants.
PI. Pourquoi ces enfants courent-ils le risque de tomber dans des gangs, dans la drogue et l’absentéisme scolaire ? Leurs parents ou leur famille ne peuvent-ils rien faire ?
DL. Ces jeunes tombent dans la marginalité car ils ne reçoivent pas suffisamment de soutien de leur famille, ou même pas du tout. Ils n’ont aucun modèle éducatif, et surtout, manquent d’amour. Et leurs familles sont le plus souvent moins bien loties qu’eux. Pauvres, confrontées au chômage, à la drogue, sans éducation, et ne sachant pas comment élever des enfants.
PI. Dans quel état se trouvent les enfants dont vous vous occupez ?
DL. Ils vivent tous bien en dessous du seuil de pauvreté. Ils sont en permanence en mode de survie. Ils voudraient bien réussir, mais les seules voies qui s’offrent à eux sont le trafic de drogue ou le vol.
PI. Vous avez vendu une partie de vos biens pour démarrer Kob. Avez-vous pu trouver d’autres sources de financement par la suite ?
DL. C’était il y a dix ans, et encore aujourd’hui, nous manquons d’argent. Nos bénévoles et moi-même continuons à donner ce que nous pouvons, et avec quelques dons extérieurs nous arrivons à survivre.
PI. Quel est le rôle des travaux d’intérêt général au sein de Kob ?
DL. Très importants ! Tous les enfants participent au nettoyage de leur quartier, ils aident les personnes âgées, leur entourage, et participent aux soupes populaires.
PI. Les écoles locales, d’autres associations ou des membres de la communauté collaborent-ils avec vous ?
DL. Oui, beaucoup. Les enfants bénéficient ainsi de nombreuses ressources pour augmenter leurs chances de réussite.
PI. Vous reconnaissez donc la complémentarité de la famille, de l’école et de la communauté pour donner aux jeunes les bases qui leur permettront de donner au monde le meilleur d’eux-mêmes.
DL. Bien sûr. Un dicton dit : « Il faut tout un village pour éduquer un enfant. » Les enfants doivent sentir qu’ils ne sont pas seuls, que la communauté s’intéresse à eux et prend soin d’eux.
PI. Est-ce que la société n’abandonne pas trop vite quand les jeunes tombent dans les gangs, le crime et la drogue ?
DL. Oui, c’est exactement ça ! Combien de fois on m’a dit que ça ne vaut pas la peine d’aider ces jeunes ! C’est triste parce que les enfants le savent et ils perdent tout espoir.
PI. Comment ces enfants évoluent-ils quand quelqu’un leur donne de l’attention et leur montre qu’une autre vie est possible ?
DL. C’est vraiment étonnant, et c’est ça qui me motive pour continuer. Leurs yeux s’éclairent, leur monde s’élargit et devient plus positif. Ils deviennent loyaux envers la personne qui les aide, et expriment de la gratitude.
Pour plus d’information : www.kobchicago.org
