Partage international no 217 – septembre 2006
Pour éviter d’être envoyés en Irak, un nombre assez restreint mais croissant de militaires américains basés aux Etats-Unis abandonnent leurs unités et se rendent au Canada. Depuis février 2004, on estime que 200 soldats ont ainsi déserté. Ils choisissent le Canada d’une part parce que ce pays avait aidé les conscrits américains qui avaient refusé de se rendre au Vietnam dans les années 1960 et 1970, d’autre part en raison de la ferme opposition du Canada à la guerre en Irak.
Selon un article du San Francisco Chronicle, le déserteur fuyant actuellement la guerre en Irak est différent de celui qui refusait de combattre au Vietnam. « Contrairement aux 50 000 soldats qui ont refusé la conscription lors du Vietnam, les objecteurs de conscience actuels ne sont pas nécessairement des étudiants de gauche soutenus par un grand mouvement pour la paix. Ils viennent souvent de petites bourgades, se sont engagés volontairement dans l’armée, espérant qu’elle leur permettrait d’échapper aux petits boulots et de se payer des études supérieures et une protection sociale et médicale que leurs familles n’ont pas les moyens de leur offrir. »
Ces objecteurs de conscience justifient leur choix de diverses manières : adoption de convictions pacifistes ; guerre non justifiée puisqu’on n’a découvert ni armes de destruction massive, ni liens entre Irak et Al-Qaïda ; persistance des atrocités en Irak et meurtre de milliers d’Irakiens innocents.
« Une fois parvenus au Canada, les déserteurs sont accueillis par un réseau d’anciens déserteurs du Vietnam, de Quakers, et d’opposants à la guerre en Irak » qui les aident à trouver « des avocats, des hébergements gratuits, des offres d’emploi, et de la nourriture biologique, poursuit le Chronicle. Alors que l’armée américaine les considère comme des criminels et certains Américains comme des traîtres, le gouvernement canadien n’a pas adopté de position officielle, préférant laisser aux tribunaux le soin de décider de leur accorder ou non le droit d’asile. »
L’un des cas de désertion les plus remarquables est celui du lieutenant Ehren Watada. C’est l’un des rares officiers de l’armée américaine à avoir refusé de participer à ce qu’il considère comme une guerre d’occupation illégale. « La guerre en Irak, dit-il, viole notre système démocratique d’équilibre des pouvoirs. »
Le lieutenant Watada s’était engagé dans l’armée pour servir son pays. Il était alors favorable à la guerre parce qu’il croyait que l’Irak possédait des armes de destruction massive. Mais ensuite, il réfléchit et lut beaucoup – entre autres, le livre de James Bamford Un Prétexte pour faire la guerre, et celui de Seymour Hersh Chaîne de commandement. Il parla également aux soldats qui, de retour d’Irak, rentraient à la base de Fort Lewis, où il se trouvait. Il acquit ainsi la conviction que ce qui avait été présenté comme des renseignements et des faits incontestables avait été dicté par les hommes politiques, et que, s’il participait à cette guerre, il se rendrait complice de crimes de guerre. Naguère considéré comme un chef de section « exemplaire et doté d’un potentiel exceptionnel », le lieutenant Watada est maintenant passible de cour martiale.
Sources : The New York Times, San Francisco Chronicle, Etats-Unis
Thématiques : politique
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)
