Des seringues intelligentes

Partage international no 321mai 2015

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment approuvé une nouvelle seringue à usage unique, une invention britannique qu’il aura fallu trente ans pour se mettre au point. L’inventeur, Marc Koska, a eu l’idée de créer une seringue autodestructible (AD) après avoir lu un article sur la propagation du sida par le partage des seringues. Il a conçu la « Seringue sauveuse de vie », qui se casse effectivement après utilisation.

« La beauté du dispositif réside dans la simplicité de sa conception », a déclaré M. Koska. Le piston de la seringue s’enfonce dans l’aiguille, puis se verrouille. Si on essaie de tirer le piston pour utiliser à nouveau la seringue, le piston se casse, la rendant inutilisable.

M. Koska a fondé l’organisme de bienfaisance SafePoint en 2006. Il a visité 64 pays en voie de développement avec la double mission d’informer les gens sur les dangers de la réutilisation des aiguilles et de mettre en œuvre l’utilisation de seringues AD. Maintenant, elles sont utilisées dans des dizaines de pays en développement, sauvant d’innombrables vies.

La plus grande réussite de M. Koska s’est produite lorsque Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, a approuvé la seringue AD à l’Alliance mondiale des professionnels de la santé à Genève, en Suisse, en février 2015, au lancement de la 3e Initiative mondiale pour la santé de l’OMS intitulée La politique de sécurité des injections. Cette nouvelle politique, la plus grande initiative de préservation de la santé dans le monde, vise à éviter des millions de morts ainsi que les infections causées par l’utilisation généralisée des seringues réutilisables et par des pratiques d’injection peu sûres. Les pays sont invités à passer à l’usage exclusif des seringues « intelligentes », évitant les maladies mortelles et celles propagées par le partage de seringues.

Une étude de 2014 parrainée par l’OMS estime qu’en 2010, 1,7 million de personnes ont été infectées par le virus de l’hépatite B (VHB), 315 000 par le virus de l’hépatite C (VHC) et 33 800 par le HIV, en raison d’une injection non sécurisée. L’OMS estime que 50 milliards d’injections ont été réalisées en 2014 dans les pays en voie de développement. Sur ce nombre, 6,6 millions ont probablement été faites avec du matériel réutilisé. Le taux de réutilisation pourrait se monter à 75 % dans certains pays. L’utilisation de seringues AD pourrait permettre des économies nettes de 850 millions de dollars dans le monde en réduisant les coûts de traitement du sida, du VHB et du VHC transmis par des pratiques d’injection à risque et les piqûres accidentelles chez les personnels de santé. La nouvelle politique de l’OMS signifie que tous les pays du monde auront obligation d’utiliser des seringues « intelligentes » d’ici 2020, tout en incitant les fabricants à commencer à les produire dès que possible.

Le leader mondial et pionnier dans les seringues AD est le fabricant indien HMD qui, selon la directive globale de l’OMS, va permettre de répandre l’usage des seringues AD dans les institutions de la santé publique. Dorénavant, des milliers de personnes en Inde qui sont l’objet de pratiques d’injection dangereuses, bénéficieront de davantage de sécurité lors des vaccinations et autres actes thérapeutiques.


Sources : UNmultimedia.org ; The Sunday Times, Royaume-Uni ; pharmabiz.com
Thématiques : Sciences et santé
Rubrique : Tendances (Dans le monde actuel s’affirme une tendance de plus en plus prononcée à la synthèse, au partage, à la coopération, à de nouvelles approches et avancées technologiques pour la sauvegarde de la planète et le bien-être de l’humanité. Cette rubrique présente des événements et courants de pensée révélateurs d’une telle évolution.)