Des millions d’enfants sont en danger

RAPPORT DE L'UNICEF sur le travail des enfants

Partage international no 104avril 1997

Les beaux bracelets de Firozabad, en Inde, ne contiennent pas que du verre. Ils contiennent également le travail de nombreux enfants, effectué dans des conditions extrêmement stressantes et dangereuses.

L’usine emploie 200 000 personnes, dont 50 000 enfants payés moins de 2 FF par jour. Le gouvernement a interdit l’emploi des enfants dans ce genre d’usines, mais on continue quand même à les embaucher. Ils travaillent à côté des adultes, en face des fourneaux où sont cuits les bracelets de verres, par une chaleur de 1 500 à 1 800 degrés centigrades. Ces enfants, qui sortent des fours les plateaux d’amiante sur lesquels sont posés les bracelets, sont donc non seulement exposés à la chaleur, mais également à l’amiante. Ceux qui ont pour tâche de placer les bracelets sur les tours se font souvent entailler profondément la peau. Ces usines ne peuvent leur procurer de soins d’urgence et, de plus, ils ne reçoivent aucun traitement pour les maladies de la peau, des yeux et des voies respiratoires résultant de leurs conditions de travail.

Des enfants travailleurs esclaves

Selon le rapport de l’Unicef intitulé l’Etat des enfants du monde en 1997, des millions d’enfants travaillent dans des conditions dangereuses comparables à celles décrites ci-dessus. Cela provient en partie du fait que ni les systèmes sociaux ni les gouvernements n’offrent aux pauvres d’autre alternative que celle de vendre leurs enfants.

Ces gens n’ont aucune réserve d’argent pour faire soigner un membre de la famille, ou compenser la perte d’une récolte, et sont dans l’incapacité d’obtenir un crédit. Leur situation désespérée, aggravée par la recherche insatiable du profit de la part des employeurs et des créanciers, ainsi que par l’absence d’alternatives, conduit à une pratique des plus odieuses, l’asservissement par le travail. Les enfants sont remis aux employeurs par leurs parents pauvres en échange d’une petite somme d’argent. Cette pratique ressemble en tous points à de l’esclavage, et soumet ces enfants à la pire forme d’abus. Ils sont exploités pendant des années, car la dette de leurs parents ne parvient jamais à être remboursée.

Un intermédiaire, par exemple, fait une avance à une famille pauvre d’une région rurale contre un enfant, ou bien prend l’enfant comme remboursement d’une dette. Ces enfants peuvent être revendus à des hommes d’affaires, procurant de substantiels profits aux intermédiaires. Les nouveaux propriétaires se servent à discrétion de ces enfants comme main-d’œuvre. Toute leur existence peut donc se dérouler dans la servitude, sans permettre de réduire la dette de leurs parents, souligne l’Unicef. Le travail servile se retrouve généralement en Inde, au Népal et au Pakistan mais, selon le rapport de l’Unicef, on trouve des cas semblables au Brésil, en Mauritanie et au Myanmar.

Une pratique répandue à travers le monde

Un récent rapport de la Fondation Kamalayan pour le développement, aux Philippines, décrit la situation de certains enfants de ce pays d’Asie, qu’on ne croit pourtant en général pas associé à ce genre de pratiques : « Les enfants qui travaillent sont traités comme des animaux. Lorsqu’ils ne travaillent pas, ils sont enfermés dans des cages cadenassées, parquées dans des hangars ressemblant à des prisons[…] Ils doivent vivre dans des bâtiments sales, malodorants, manquant d’aérations et surpeuplés, qui, en un mot, ne sont pas faits pour loger des êtres humains. »

Les risques bien visibles engendrés par la fabrication des bracelets ou par tout autre travail servile, ne doivent pas éclipser les dangers plus discrets que subissent plusieurs millions d’enfants au travail, à travers le monde. Selon le rapport sur l’Etat des enfants du monde en 1997, toute forme de travail pouvant causer du tort à l’esprit, à l’intelligence, au corps et à la vie future de millions d’enfants doit être recherchée et mise à jour, dans le but de l’éradiquer d’ici la fin de la décennie.

Dans le monde entier, des enfants travaillent pour leur famille. Ils vont chercher l’eau, ramassent le bois pour le feu ou bien effectuent des tâches ménagères. Ils travaillent dans les champs de la ferme familiale et sur les plantations commerciales. Ils travaillent dans la rue et dans les marchés, sur des chantiers de construction ou dans des mines.

Presque toutes ces tâches accomplies par des enfants sont dangereuses. Ils sont exposés à des vapeurs chimiques et aux pesticides, ils manipulent des outils dangereux dans les fermes ou les usines. Ils souffrent d’infections à répétitions, travaillent tellement dur et pendant de si longues heures que leur croissance s’arrête, ainsi que leur développement mental. Obligés de devenir adultes avant l’heure, ils endossent des responsabilités trop lourdes pour leur force et leur âge.

Une solution grâce à l’éducation

Lorsque les enfants ne peuvent aller à l’école parce qu’ils travaillent, ce travail est dangereux pour leur développement. Les familles pauvres décident bien souvent de ne pas envoyer leurs enfants à l’école parce que cela coûte trop cher et que cela empêche l’enfant d’accomplir sa tâche. Ceci condamne l’enfant à remplir, toute sa vie, des emplois mal rémunérés et peu spécialisés. En outre, bien des enfants qui travaillent quittent l’école parce qu’ils ne disposent pas de manuels scolaires, parce qu’on ne leur apprend presque rien, ou bien rien qui concernerait de près leur existence, leurs luttes, et qui leur offrirait l’espoir d’une amélioration dans leur vie. Le rapport explique également que la complexité de ce problème exige des solutions globales et complémentaires.

L’éducation est un élément essentiel pour résoudre ce problème, et quelques progrès sont lentement enregistrés à ce niveau. Par exemple, à Firozabad, un petit projet baptisé Disha (Direction) regroupe 150 enfants (alors qu’on estime que 50 000 enfants travaillent dans l’industrie des bracelets de verre). Rajrani, 13 ans, est l’une de ces 150 enfants. En dépit de la résistance initiale de sa mère, qui voyait d’un mauvais œil la perte du salaire de Rajrani pour la famille, elle fut inscrite dans le centre d’éducation informel de Disha. Rajrani a changé depuis son arrivée. Elle est plus heureuse et s’est affirmée. A la première cérémonie annuelle de l’école, elle a remporté trois prix. Cette année, elle a été admise dans une école officielle. Les succès de Rajrani ont convaincu ses parents que l’école est importante. Ses frères font maintenant partie de Disha.

Des ONG et des organismes internationaux s’attaquent à ce problème. Des gouvernements s’y mettent également, tout particulièrement ceux qui ont signé la Convention sur les droits de l’enfant et qui sont donc légalement obligés de protéger leurs enfants contre ce travail dangereux. Ainsi, en 1995, les ministres du travail des pays non-alignés, réunis à New Delhi, ont condamné l’exploitation des enfants, la qualifiant d’« outrage moral », réclamant son « élimination totale et de facto » comme « priorité immédiate ». L’Unicef réclame instamment qu’on l’élimine, pour que d’ici la fin de la décennie le monde soit délivré de ce crime. Pour tant d’enfants à travers le monde, le plus tôt sera le mieux.


Sources : Unicef
Thématiques : Société, éducation
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)