Partage international no 283 – mars 2012
par Jonathan Frerichs
Genève, Suisse
Une nouvelle manière de considérer l’arme nucléaire se répand dans le monde. Son impact provient de sa capacité de toucher la masse des gens. Elle mêle faits et fiction nucléaires.
En ce début 2012, le bruit des armes résonne au Moyen-Orient et d’ici la fin de l’année, cinq pays détenteurs de l’arme nucléaire auront changé de gouvernement.
Nous vivons sous un « parapluie » nucléaire obsolète, trop complexe, extrêmement coûteux et qui de surcroit ne fonctionne pas. De nos jours, les gens s’estiment membres d’une communauté internationale. Ils veulent vivre d’une manière qui préserve la vie au lieu de la menacer. Les armes nucléaires doivent disparaître. Il est temps de s’impliquer. Chacun a un rôle à jouer ; ensemble, nous pouvons faire la différence.
Dans les sphères dirigeantes, une nouvelle pression politique et sociale se fait sentir : 130 gouvernements adhèrent à une Convention sur les armes nucléaires aux Nations unies et 5 000 maires, des milliers de parlementaires et de citoyens éminents soutiennent des initiatives pour leur abolition. Des actions sont menées sur la base de facteurs géographiques (zones sans armes nucléaires), légaux (lois humanitaires) et financiers (déficits nationaux, dettes souveraines et désinvestissements citoyens).
Des gouvernements et des militaires dévoilent les stratégies nucléaires ; la science des climats met en défaut le lobby pro nucléaire ; des médecins, des scientifiques et des avocats affirment l’illégalité de l’arme nucléaire ; des films, des sites internet et des livres sont sources de débats publics ; et les religions mondiales se fondent sur des bases morales et spirituelles pour condamner ces armes. Le désastre de Fukushima rappelle que même lorsqu’elle est utilisée pacifiquement, l’énergie nucléaire est mortelle et source de dégâts irréparables.
Le consortium international qui soutient l’arme nucléaire s’écroule. Et pourtant, ceux qui combattent le régime nucléaire actuel ne sont pas débordants d’optimisme. Il est dérangeant de constater que les puissances nucléaires, qui ne sont que 5 %, rejettent le bien commun et refusent le désarmement, alors que les 95 % des nations non nucléaires n’atteignent pas le vote majoritaire qui verrait l’abolition du nucléaire.
Les nouvelles et anciennes « approches » du nucléaire offrent des scénarios divergents en 2012. Voici trois exemples :
1. L’Asie du Nord-est est une région où le « parapluie de la dissuasion nucléaire » paraît obsolète et où le statu quo, le Traité de non prolifération (TNP), est apparemment menacé. Bien que l’expression « sécurité nucléaire » en Asie du Nord-est soit une contradiction en soi, le Sommet sur la sécurité nucléaire se tiendra cette année à Séoul.
La nouvelle approche s’appuie sur la réalité de cette région avec ce que le secrétaire général coréen des Nations unies appelle « la doctrine infectieuse de la dissuasion ». Huit des neuf pays qui pratiquent la dissuasion nucléaire sont invités à ce sommet, et le neuvième est juste à côté. Il faut soigner l’infection, par exemple en s’engageant à atteindre un objectif régional commun tel que la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Dans un récent séminaire religieux en Ecosse, des discussions ont été menées par des chrétiens et des bouddhistes afin de dégager des stratégies pour que cet objectif devienne plus prioritaire sur l’agenda public. Depuis vingt-cinq ans, des organisations religieuses cherchent à briser le statu quo des deux côtés de la zone démilitarisée.
2. Le Moyen-Orient, autre région où les parapluies nucléaires sont déficients, présente un terrain si favorable à la prolifération que l’avenir même du TNP est lié à l’établissement d’une zone sans arme nucléaire dans cette région. Après dix-sept ans d’attente, une conférence des Nations unies est prévue à cet effet en 2012. Et pourtant, le spectre de l’ancienne histoire nucléaire plane sur cette conférence. Un discours irresponsable veut encore nous faire croire que le renforcement de l’arsenal nucléaire est la solution pour le Moyen-Orient et non le problème. Alors qu’Israël n’adhère pas au Traité, ses voisins, qui en sont membres, sont contraints de vivre sous la menace des bombes nucléaires israéliennes comme si ce pays en était membre. Cette formule ne présente aucune garantie de sécurité. C’est la porte ouverte à la prolifération dans d’autres Etats du Moyen-Orient, ainsi que dans le reste du monde.
Au contraire, la nouvelle approche vise à la sécurité de tous les Etats du Moyen-Orient, y compris Israël. Le scénario de non prolifération doit prévoir une zone libre de toute arme de destruction massive.
3. L’Otan est une alliance dont les armes nucléaires sont inutilisables et qui représentent un gaspillage d’argent. Les quelque 200 armes nucléaires tactiques de l’organisation sont emblématiques des monstres vieillissants de la Guerre froide encore confinées dans leurs arsenaux nucléaires ; et cela n’a aucun sens. Retirer ces reliques mortelles réduirait le nombre de pays détenteurs de l’arme nucléaire de quatorze à neuf. Cela permettrait aussi de mettre en place de nouveaux protocoles sécuritaires entre l’Otan et la Russie. En 2010, ils se mirent d’accord pour « créer un espace commun ou régneraient la paix, la sécurité et la stabilité dans la zone euro-atlantique ». Le sommet de l’Otan 2012 de Chicago suivra-t-il l’ancienne ou la nouvelle approche ?
L’Asie du Nord-est, le Moyen-Orient et l’Otan représentent des enjeux critiques. La tâche est impressionnante et des ressources supplémentaires sont nécessaires, mais des progrès sont déjà réalisés.
