Crise des migrants : remonter à la cause première

Partage international no 326octobre 2015

par Philippe Douste-Blazy

Philippe Douste-Blazy, conseiller spécial du Secrétaire général des Nations unies, pose la question-clé : « Qui peut refuser d’accueillir ces êtres humains ? Qui ? »

Mais il ne se contente pas de souligner l’atrocité de cette crise ; il appelle tous les peuples à faire face à deux urgences à la fois : fournir aux migrants une assistance humanitaire immédiate en même temps qu’« un effort soutenu pour réduire l’extrême pauvreté au cours des prochaines décennies ».

Ancien ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy souligne également ce que le monde doit comprendre d’urgence : que l’inégalité économique pousse les gens loin de chez eux aussi sûrement que la guerre. « Deux milliards de personnes dans le monde gagnent moins que 1,25 dollar par jour, explique-t-il. La différence entre aujourd’hui et il y a vingt ans, c’est qu’à présent tout le monde peut voir tout le monde, en raison de la mondialisation, non seulement de l’économie, mais aussi des communications : internet, télévision, radio. C’est très nouveau. Actuellement, 50 % des réfugiés essayent d’échapper à l’extrême pauvreté », assure-t-il, tout en reconnaissant que beaucoup d’autres fuient les violences et l’oppression régnant dans des pays tels que la Syrie, l’Erythrée, la Somalie et le Soudan.

« La solution, ajoute-t-il, n’est pas de recruter davantage de policiers, de soldats et de garde-côtes – ni de construire des murs. La seule solution est d’empêcher que les gens ne veuillent émigrer. L’extrême pauvreté n’est pas la cause de toutes les guerres, mais dans cette région – l’Afrique sub-saharienne – vous avez un cercle vicieux : l’extrême pauvreté conduit à la corruption, qui mène à la violence, aux conflits et à la guerre civile, ce qui à nouveau intensifie la misère. »

Le conseiller spécial de l’Onu assure en outre que cette crise prolongée devrait persuader le monde d’investir davantage dans la lutte contre la misère.

Alors que les Nations unies doivent se réunir ce mois-ci pour entériner les Objectifs de développement durable (ODD), qui doivent remplacer les Objectifs de développement du millénaire et établir un programme mondial pour les quinze années à venir, il rappelle qu’il est grand temps que le monde joigne le geste à la parole : « Nous devons profiter de cette conférence à New York pour affirmer : nous allons mettre sur pied un financement innovant pour atteindre ces objectifs – un plan Marshall pour l’Afrique sub-saharienne, car je ne connais pas une seule personne au Mali, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Syrie, qui aimerait s’installer à Londres, Paris ou Oslo si elle pouvait rester dans son pays avec sa famille. »

P. Douste-Blazy assure en outre qu’il ne néglige pas le risque qu’une partie des aides soient détournées par des gens corrompus, et qu’il n’est pas un inconditionnel de l’assistance économique ; cependant, il est certain que les gens continueront à quitter leur domicile en quête d’une vie meilleure à l’étranger tant qu’eux-mêmes et leurs enfants se verront refuser des droits fondamentaux tels que l’eau potable, la nourriture, les soins de santé élémentaires, l’éducation et les sanitaires. « Je préfère enseigner à quelqu’un l’art de la pêche plutôt que lui apporter un poisson tous les matins, déclare-t-il. Mais si cette personne meurt avant l’âge de cinq ans, il ne peut pas aller à l’école, et c’est impossible. »

Auteur : Philippe Douste-Blazy, Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations unies et ancien ministre français des Affaires étrangères
Sources : theguardian.com
Thématiques : Société, politique
Rubrique : La voix de la raison (« Hormis la guerre, rien ne compromet aussi gravement l’avenir de l’humanité que la pollution. Constatant qu’il en est ainsi, certains pays ont pris des mesures pour la réduire et pour limiter le réchauffement climatique. D’autres, parfois parmi les plus gros pollueurs, nient la réalité d’un tel réchauffement en dépit des preuves qui s’accumulent. A tout moment, dorénavant, les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade, qu’elle a besoin de soins immédiats et attentifs pour retrouver l’équilibre. Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Source : Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012)