Partage international no 353 – février 2018
Face à des défis mondiaux sans précédent, Kofi Annan regarde la vie de Nelson Mandela et en tire des leçons, notamment sur la nécessité pour les dirigeants de respecter la loi internationale et les droits humains, et d’agir avec compassion et empathie.
« On vit une époque troublée et tumultueuse. Ces douze derniers mois le système multilatéral a subi une série de secousses qui a fragilisé la stabilité géopolitique en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’année prochaine va probablement apporter plus de perturbations et d’incertitudes.
Les tensions nucléaires sur la péninsule coréenne restent parmi les menaces les plus graves et les plus urgentes à la paix mondiale. Elles ne pourront être résolues en 2018 que si les dirigeants à Washington et à Pyongyang s’occupent de la question de façon calme, sérieuse et respectueuse, avec l’aide des Nations unies.
Une approche similaire, dans le respect des processus multilatéraux, de la loi internationale et des droits humains, sera nécessaire pour désamorcer les dangereuses tensions en Israël et en Palestine. Comme toujours, ce sont les gens ordinaires qui souffrent quand les dirigeants prennent des décisions irréfléchies et usent de rhétoriques incendiaires dans un but politique.
De même que nous envisageons l’avenir, il est important d’étudier le passé pour prendre du recul et tirer de précieuses leçons.
Il y a cent ans, en 1918, la Première Guerre mondiale touchait à sa fin, tandis que s’amorçaient des mouvements d’indépendance en Afrique et en Asie, dans des pays encore sous la domination et la répression des puissances coloniales occidentales.
Résoudre les violents conflits, respecter les droits à l’autodétermination des peuples opprimés et défendre les libertés universelles est tout aussi important maintenant qu’alors. La vie de Nelson Mandela (affectueusement appelé Madiba) est un fil rouge qui traverse ces époques. L’année 2018 marque le centenaire de sa naissance, et nous offre une chance de réfléchir à son héritage.
Durant les longues années de lutte contre l’apartheid, il ne perdit jamais espoir, de même qu’il n’abandonna jamais ses principes et ne compromit pas ses engagements.
Quand Madiba fonda The Elders [Les Aînés] en 2007, il nous donna un mandat précis : « Nourrir le courage là où il y a la peur, promouvoir l’harmonie où il y a conflit et insuffler l’espoir où se trouve le désespoir. »
Peur, conflit et désespoir sont tous trop abondants dans le monde d’aujourd’hui. De la Syrie au Soudan du sud, du Yémen au Myanmar, des États et des régions sont brisés par des conflits violents et sans pitié.
Le terrorisme étend son œuvre sanglante dans le monde, des rues de Londres aux sables du Sinaï, tuant des innocents dans l’attaque obscène des valeurs de la civilisation humaine.
Notre réponse à ces atrocités est un test de ces valeurs. Quel que soit l’outrage, il n’y a aucune excuse à la torture, aux meurtres hors de la loi, au châtiment collectif de communautés entières ou à l’atteinte de la liberté d’expression ou des droits humains.
Quand Nelson Mandela quitta la prison en 1990 après 27 ans d’incarcération, il savait que la seule façon de construire une société juste et libre était d’agir avec « bonté et de généreux compromis ».
Les Sages vont promouvoir cet esprit en 2018 par la campagne Walk Together (Marcher ensemble), lancée en juillet dernier pour marquer notre 10e anniversaire. Nous allons braquer les projecteurs sur les activistes de la société civile qui luttent pour la paix, la santé, la justice et l’égalité, qui, à leur façon, inspirent l’espoir et continuent la longue marche vers la liberté de Madiba.
Dans l’année à venir, nous devons montrer le même courage que Nelson Mandela, pour marcher ensemble avec compassion et empathie, et aider à construire un monde dont il serait fier. »
Sources : theelders.org ; walk-together.org
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Rubrique : Divers ()
