Changement climatique : des scientifiques lancent un appel urgent

Partage international no 339novembre 2016

Le 20 septembre 2016, 375 membres de l’Académie nationale des sciences des Etats-Unis, dont 30 lauréats du prix Nobel, ont lancé un véritable cri d’alarme. Préoccupés par le changement climatique, ils ont publié une lettre ouverte destinée à attirer l’attention sur les conséquences d’une éventuelle sortie de leur pays des accords de Paris 2015 qui, à leur avis, seraient graves et durables aussi bien pour le climat de la planète que pour la crédibilité internationale des Etats-Unis.

« Le changement climatique découlant de l’action humaine n’est pas une croyance, un canular ou un complot. C’est une réalité physique. Les carburants fossiles ont alimenté la révolution industrielle. Mais la combustion du pétrole, du gaz et du charbon est à l’origine de l’essentiel de l’augmentation historique des gaz à effet de serre qui change le climat de la Terre.

Nos empreintes climatiques sont visibles partout sur la planète. On les observe dans le réchauffement des océans, de la surface terrestre et de la basse atmosphère. On les constate dans la montée du niveau de la mer, la modification des structures des précipitations, l’acidification des océans et de nombreux autres aspects du système climatique. Les changements liés à l’action humaine – et dont on pense qu’ils n’affectent que les régions éloignées de l’Arctique – ne sont pas éloignés de notre vie quotidienne. Ils se manifestent ici et maintenant, dans notre pays, dans chaque Etat et dans toutes nos communautés.

Pendant les primaires en vue de l’élection présidentielle, certains ont prétendu que la Terre ne se réchauffe pas, ou que le réchauffement est dû uniquement à des causes naturelles indépendantes de l’action humaine. Ces affirmations ne sont pas corroborées par la réalité.

D’autres soutiennent qu’aucune action n’est justifiée tant que nous n’avons pas la certitude absolue que les impacts sur le climat sont dus à l’homme. Mais la certitude absolue n’existe pas. Nous sommes cependant certains au-delà de tout doute raisonnable que le problème du changement climatique dû à l’action humaine est bien réel, grave, immédiat, et qu’il est générateur de dangers significatifs : pour notre aptitude à prospérer et à construire un avenir meilleur, pour notre sécurité nationale, pour la santé humaine et la production agricole, et pour le réseau interconnecté des systèmes vivants.

La description scientifique de la manière dont les gaz à effet de serre capturent la chaleur est claire ; elle l’est depuis plus d’un siècle. C’est en vertu de ces connaissances que les gouvernements mondiaux ont fini par se réunir à Paris en décembre 2015 (COP21). Ils se sont rendus à Paris malgré leurs grandes différences en termes de mode de gouvernement, d’intérêt national, de responsabilité quant aux émissions de gaz à effet de serre dans le passé, de vulnérabilité aux changements climatiques à venir. Les dirigeants de plus de 190 pays ont reconnu que le changement climatique dû à l’action humaine constituait un danger pour les citoyens actuels et à venir de notre planète. Ils ont pris l’engagement que leurs nations s’attaqueraient à ce problème. Ce fut une victoire limitée, mais historique, et un premier pas essentiel vers une gestion plus éclairée du système climatique terrestre.

En nous basant sur les études des changements dans la température et le niveau des mers depuis un million d’années, nous savons qu’il existe des points de basculement dans les systèmes climatiques. Il se peut que nous approchions de l’un de ces points charnières, mais nous n’avons aucune certitude à ce sujet. Ce que, par contre, nous savons, c’est que le réchauffement rapide de la planète augmente le risque que nous dépassions bientôt l’un de ces points de non retour climatiques, déclenchant du même coup des changements de grande envergure dans la circulation océanique, et provoquant la fonte des calottes polaires et l’extinction de multiples espèces. Les conséquences d’un franchissement de seuil de cette nature vont bien au-delà des prochaines échéances électorales : elles ont des durées de vie de plusieurs milliers d’années.

Le système politique a lui aussi ses points de basculement. C’est pourquoi il est très inquiétant que le candidat républicain à la présidence ait préconisé le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris. Un « Parexit » enverrait un signal très clair au reste du monde : « Les Etats-Unis ne se sentent pas concernés par le problème planétaire du changement climatique dû à l’action humaine. Débrouillez-vous tout seuls. » Pareille décision rendrait beaucoup plus difficile le développement effectif de stratégies mondiales visant à atténuer le changement climatique et à y préparer l’humanité. Les conséquences d’une sortie de la communauté mondiale seraient désastreuses et durables – pour le climat de notre planète, comme pour la crédibilité internationale des Etats-Unis.

Les Etats-Unis peuvent et doivent jouer un rôle de premier plan dans le développement de solutions innovantes au problème de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les nations qui découvriront des techniques innovantes pour décarboniser les systèmes énergétiques et séquestrer le CO2 seront les leaders économiques du XXIe siècle. Le non-respect des accords de Paris diminuerait les chances des Etats-Unis dans leur quête du leadership mondial, et cela sur les plans politique, économique et moral. Nous ne pouvons pas nous permettre de franchir ce point de basculement. »


Date des faits : 20 septembre 2016
Sources : responsiblescientists.org
Thématiques : environnement
Rubrique : Point de vue ()