Partage international no 422 – octobre 2023
par Julia Conley
L’Agence des Nations unies pour le bien-être des enfants en a appelé aux États membres pour résoudre les causes fondamentales de la migration des enfants et s’assurer que les jeunes soient protégés lorsqu’ils quittent leur pays natal, alors que le nombre d’enfants qui voyagent sur les trois principales voies de migration en Amérique latine et aux Caraïbes bat de nouveaux records.
D’après le Fonds d’urgence international des Nations unies pour l’enfance (Unicef), plus de 60 000 enfants (dont près de 30 000 ont moins de 5 ans) ont traversé la périlleuse jungle du Darién, entre la Colombie et le Panama, dans les huit premiers mois de l’année. On estime que 40 000 enfants auraient fait le voyage en 2022 dont 29 000 auraient traversé cette jungle.
Un nombre croissant d’enfants réfugiés migrent aussi d’autres pays en Amérique du Sud et passent aux points de transit entre le Nord de l’Amérique Centrale et le Mexique. L’Unicef estime que près de 25 % des personnes faisant actuellement le voyage à travers les Caraïbes et l’Amérique latine sont des enfants, contre 19 % auparavant.
De manière croissante, les plus jeunes enfants sont contraints de fuir la violence des gangs, l’extrême pauvreté, les catastrophes climatiques et les autres menaces pour leur vie dans leur pays natal, alors que plus de 90 % des enfants qui voyagent dans ces points clef de transit ont maintenant moins de 11 ans.
« De plus en plus d’enfants sont en déplacement à un âge de plus en plus jeune, souvent seuls et de pays d’origine divers, parfois d’aussi loin que l’Afrique et l’Asie, explique Garry Conille, le directeur de l’Unicef pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Lorsqu’ils traversent plusieurs pays et parfois la région entière, la maladie et les blessures, les séparations familiales et les abus peuvent transformer leur voyage en calvaire, et même s’ils parviennent à destination, leur futur reste incertain. »
Alors que davantage d’enfants ont quitté leur pays natal ces récentes années, l’Agence fédérale étasunienne des douanes et de la protection des frontières (CBP) a rapporté une augmentation du nombre d’enfants qui atteignent les Etats-Unis, tandis que des dizaines de milliers d’entre eux sont placés dans des refuges du gouvernement même s’ils ont des parents aux Etats-Unis qui pourraient les parrainer. L’Agence a enregistré plus de 83 000 enfants entrant dans le pays durant les huit premiers mois de cette année. Ils étaient plus de 155 000 à arriver aux Etats-Unis en 2022, contre 149 000 en 2021.
Le rapport de l’Unicef a été publié deux mois après que l’Organisation météorologique mondiale (OMM) ait rapporté que la sécheresse prolongée combinée aux chaleurs extrêmes ont alimenté les « périodes de méga feux records », tandis que « les cyclones tropicaux, les précipitations diluviennes, et les inondations menacent également les écosystèmes et les économies des zones côtières » en Amérique latine.
Le rapport du Panorama social 2022 sur l’Amérique latine et les Caraïbes produit en fin d’année par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes a aussi montré que 201 millions de personnes, ou 32 % de la population de la région, vivent dans la pauvreté. Plus de 13 % ou 82 millions vivent dans une pauvreté extrême, souffrant d’un accès très limité à l’éducation.

Un nombre croissant d’enfants réfugiés, en provenance d’Amérique du Sud et d’autres parties du monde transitent par l’Amérique Centrale et le Mexique.
L’Unicef en a appelé aux États membres de l’Onu de la région pour assurer « les droits, la sécurité et le bien-être des migrants et des enfants réfugiés » durant leurs déplacements et après leur arrivée à destination, et de s’assurer qu’ils soient soutenus dans leur pays natal en :
– mettant en œuvre une approche régionale de la protection internationale et en traitant les causes profondes de la migration infantile ;
– investissant dans les pays d’origine pour améliorer l’accès aux services, prévenir et répondre à la violence, permettre l’accès à l’éducation et aux moyens de subsistance pour les enfants, les jeunes et les familles vulnérables, et aider les enfants qui continuent de vivre dans leur pays d’origine alors que leurs parents ont migré ;
– développant des voies migratoires légales et sûres, comprenant les regroupements familiaux, tout en défendant le droit à un asile territorial, assurant aux enfants et aux familles la possibilité d’entrer dans le territoire d’un État dans le but de demander l’asile et les autorisant à rester sur place pour la durée des procédures d’asile ;
– renforçant les processus d’accueil et de passages frontaliers tenant compte des enfants, veillant à ce que les autorités de protection de l’enfance interviennent le plus tôt possible ; prendre des mesures de sauvegarde spécifiques aux enfants ; préserver l’unité des familles y compris pour les enfants voyageant avec des gens qui ne sont pas leurs parents mais qui les ont pris en charge, et assurer l’accès aux services juridiques ;
– investir dans des systèmes de protection de l’enfance efficaces pour protéger tous les enfants, y compris les enfants migrants et réfugiés, de l’exploitation et de la violence.
L’Unicef déclare que 160,5 millions de dollars sont nécessaires pour subvenir aux besoins humains des enfants réfugiés en Bolivie, au Brésil, au Chili, en Colombie, en République Dominicaine, en Équateur, au Guyana, au Pérou, à Trinité-et-Tobago et en Uruguay, auxquels il faut ajouter 142,31 millions de dollars pour les enfants en voyage à travers l’Amérique centrale et le Mexique. En août 2023, l’Unicef a reçu moins de 20 % de la première demande de fonds, et seulement 26 % de la seconde.
« L’échelle sans précédent des migrations infantiles en Amérique latine et aux Caraïbes réclame urgemment une réponse humanitaire aussi bien que la mise en place de voies de migration légales et sûres pour les enfants et les familles afin de protéger leurs droits et leur avenir, peu importe leurs origines », conclut G. Conille.
