Partage international no 185 – février 2004
Interview de Steve Alexander
Depuis 1994, Steve Alexander prend des photographies aériennes d’agroglyphes (cropcircles) en Grande-Bretagne et l’on peut voir comment ceux-ci ont évolué depuis les simples formations circulaires du début jusqu’aux motifs extraordinairement complexes des dernières années. Avec Karen Douglas, co-auteur de l’ouvrage, il publie chaque année depuis 1999 un Crop Circle Yearbook, un magnifique répertoire de l’un des phénomènes les plus impressionnants et les plus inexpliqués. Gill Fry a interviewé Steve Alexander pour Partage international.
Partage international : Qu’est-ce qui vous a poussé à photographier les agroglyphes ?
Steve Alexander : Depuis mon enfance, je suis intéressé par ce qui est mystérieux : les ovnis, le monstre du Loch Ness et le paranormal sous tous ses aspects. J’ai entendu parler pour la première fois des agroglyphes en 1981, mais ce n’est qu’en 1990, lorsque le sujet a fait la une des médias, que je m’y suis réellement intéressé, et en 1993 j’ai commencé à prendre des photos. Ce n’étaient que des photos prises au sol. Puis en 1994 j’ai pris mes premières photos aériennes. Les gens les ont vues et ont voulu les acheter, et j’ai commencé à proposer des photos aériennes.
PI. A votre avis, quelle est l’origine des agroglyphes ?
SA. J’ai l’esprit ouvert. Lorsqu’on aborde ce sujet pour la première fois, on essaie de découvrir par qui ou par quoi ils sont faits, mais j’ai maintenant une autre approche. Je pense que l’expérience des agroglyphes est une expérience individuelle et spirituelle. C’est parfois le début d’un voyage qui changera votre vie à jamais, comme une porte qui s’ouvre sur différentes avenues, et votre vie est transformée. J’ai vu ceci se produire à maintes reprises. Quelquefois le change-ment est spectaculaire, d’autres fois cela peut n’être qu’un petit changement dans la vie des gens. Pour moi ce qui est intéressant, c’est la répercussion des agroglyphes.
PI. J’ai pénétré dans des agroglyphes et j’y ai ressenti une forte énergie qui m’a stimulée pendant des semaines. Ce genre d’expérience est-il fréquent ?
SA. Oui. Les gens qui n’étaient jamais allés voir d’agroglyphes auparavant ressentent souvent quelque chose qu’ils ne peuvent expliquer, et en repartant, ils se sentent différents. Nous avons entendu parler de personnes qui ont pénétré dans les agroglyphesavec des douleurs physiques, de l’arthrite par exemple ou un mal de dos, et en sortant leurs douleurs avaient disparu. Au contraire, d’autres s’y sentent mal. Les agroglyphes affectent donc les gens de différentes manières […] cela dépend de la nature de chacun. Certains racontent avoir vu de mystérieuses « boules de lumière » dans les agroglyphes et de nombreuses personnes détectent les énergies avec des baguettes de radiesthésie.
PI. Avez-vous découvert que les agroglyphes affectaient le matériel électronique ?
SA. Souvent, les téléphones mobiles fonctionnent à l’extérieur de l’agroglyphe mais pas à l’intérieur, et en règle générale les appareils photos fonctionnent mal. J’ai fait une expérience en 1995 sur Telegraph Hill, près de Winchester. J’avais deux appareils : l’un était sur un pied et l’autre était posé sur le sol. Les deux avaient des batteries neuves, mais lorsque j’ai essayé de les utiliser les batteries s’étaient déchargées. Un de mes collègues découvrit également que la batterie de son appareil était déchargée. De retour chez moi, nous constatâmes que les batteries étaient à nouveau chargées. Lorsque vous êtes en train de survoler un agroglyphe, il arrive que les appareils photos fonctionnent mal et que les montres s’arrêtent et se remettent à marcher lorsque vous vous éloignez – on croirait presque entrer dans une réalité différente.
PI. Avez-vous entendu parler de quelqu’un qui aurait réellement vu un agroglyphe se former ?
SA.Il existe quelques témoignages. J’ai entendu parler d’un couple qui a vu des cercles se former : ils ont senti qu’il y avait une grande électricité dans l’air et leurs cheveux se sont dressés sur leur tête. Il y a également le cas célèbre du jeune homme qui, en 1996, campait sur l’ancien fort d’Oliver’s Castle et qui a filmé un cercle en train de se former – sur la vidéo on voit des boules de lumière flottant au-dessus du champ. Il existe de nombreux témoignages de personnes ayant vu de simples cercles se former, mais aucun en ce qui concerne les grandes figures géométriques.
PI. Avez-vous déjà vu un ovni ?
SA. Deux ou trois objets précis que je classe dans la catégorie des objets non identifiés. En d’autres termes, ils ne ressemblaient à rien qui puisse avoir été créé de main d’homme ; ils exigeaient une autre explication, en raison de leur comportement.
PI. La région du Wiltshire connaît une extraordinaire concentration d’agroglyphes et il semble qu’il y en ait de plus en plus chaque année. Combien en avez-vous vus, ou photographiés, en 2003 ?
SA. Cette année, il y a eu de 45 à 50 formations dans le Wiltshire et environ 150 à 200 dans l’ensemble du pays. Certains agroglyphes ne sont pas signalés car les cultivateurs ne veulent pas de gens dans leurs champs. Parfois ils sont seulement découverts au moment de la moisson. Ils ne sont pas toujours au bord d’une route et facilement visibles ; certains sont cachés.
Il y a également des agroglyphes un peu partout en Europe (en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie), au Canada, aux Etats-Unis – il s’agit d’un phénomène mondial, mais il y en a davantage en Grande-Bretagne, surtout dans la région du Wiltshire, que nulle part ailleurs, et l’on vient de partout pour les voir. Les gens font un lien entre les agroglyphes et les sites anciens – Silbury Hill, Avebury et Stonehenge.
PI. Comment entendez-vous parler de nouvelles formations ?
SA. Nous travaillons avec le site Internet Crop Circle Connector et des personnes qui regardent le matin de bonne heure s’il n’y a pas de nouvelles formations dans les champs. Dès que des agroglyphes sont signalés, la nouvelle nous parvient par le site Internet et nous organisons un vol en hélicoptère dès que possible, si le temps le permet. Quelquefois les cultivateurs détruisent les motifs car ils sont en colère et ils veulent empêcher les gens de venir dans leurs champs. Nous devons donc faire très vite avant que la formation ne soit endommagée. Il s’agit d’une activité très intense pendant la saison où les jours sont longs !
PI. Avez-vous entendu dire que certains cultivateurs étaient payés pour détruire les nouvelles formations ?
SA. En 1994, j’ai entendu dire qu’un cultivateur avait soi-disant été payé pour supprimer un motif dans l’Avebury Avenue. J’ignore si c’est vrai ou faux. Il existe de nombreuses théories de conspiration et des rumeurs que l’on ne peut approfondir.
Le gouvernement est certainement intéressé par les petites « boules de lumière »qui apparaissent autour des agroglyphes. Souvent lorsque des boules ont été remarquées, on voit apparaître des hélicoptères militaires. On les a vus poursuivre les boules de lumière qui souvent partent en flèche et disparaissent. Ceci se produit assez souvent et il est possible que les militaires possèdent un certain équipement de surveillance.
Il existe une vidéo montrant un hélicoptère surveillant une boule de lumière : elle montre que l’hélicoptère a repéré la boule de lumière, puis la lumière s’éteint et disparaît. Je pense qu’il y a plus qu’une simple coïncidence dans le fait que les hélicoptères et les boules de lumière apparaissent en même temps.
PI. Existe-t-il des études scientifiques en ce qui concerne les agroglyphes ?
SA. Nancy Talbott, aux Etats-Unis, qui a travaillé avec le Dr Levengood *, biophysicien dans le Michigan, a étudié des plantes prélevées dans des agroglyphes du monde entier, tout en se concentrant plus particulièrement sur des échantillons provenant des Etats-Unis. Nancy a obtenu certains résultats très intéressants qui ont été publiés sur son site Internet (www.bltresearch.com). C’est une personne qui a les pieds sur terre et elle s’occupe depuis quelques années des aspects scientifiques de la question, essayant de susciter l’intérêt d’organismes scientifiques respectés. Mais c’est très difficile : le sujet est tabou et n’importe quel scientifique sérieux a tendance à y travailler en cachette, évitant de montrer publiquement qu’il est intéressé par la question.
PI. Les médias ne présentent pas le phénomène dans toute son ampleur. Leur montrez-vous les photos des nouvelles formations dès qu’elles apparaissent ? Comment faites-vous pour publier l’information ?
SA. C’est presque comme si les agroglyphes servaient simplement à boucher les trous lorsqu’il n’y a rien d’autre à dire. Au début des années 1990, ils faisaient la une des journaux, mais l’intérêt des médias est maintenant au point mort. Je propose aux journaux des photos et des histoires intéressantes mais une seule histoire est parue cette année, celle de la formation représentant un vol d’hirondelles (photo ci-dessus), relatée dans le Daily Express. Le Daily Mail, qui accepte normalement des photos, n’a pas été intéressé cette année.
PI. Les médias britanniques ont fait beaucoup pour ridiculiser les agroglyphes, notamment dans leurs reportages sur les élucubrations de « Doug et Dave » qui ont affirmé qu’ils avaient tout fait eux-mêmes !
SA. On peut se demander comment ces agroglyphes pourraient être créés en même temps – les heures d’obscurité sont très brèves en été et les formations sont localisées dans de nombreux endroits différents. Il commence à faire sombre aux environs de 22 h et il commence à faire jour vers 3 h 30 ou 4 h et certaines de ces formations sont immenses. L’histoire de Doug et Dave au début des années 1990 a détruit l’intérêt du public et depuis on s’efforce de le faire re-naître. Bon nombre de personnes ont pensé que l’explication fournie était la bonne et ont laissé le sujet de côté.
Avant que cette histoire n’éclate, on assistait presque à un éveil de conscience spirituelle. Une foule de gens se rendait dans le Wiltshire et leurs vies étaient transformées à jamais. C’était quelque chose de tout à fait tangible : vous pouviez vous rendre sur le site des agroglyphes, y marcher, toucher les plantes, vivre directement cette expérience, alors qu’avec les ovnis vous devez vous trouver là au bon moment pour les voir. C’était vraiment une expérience spirituelle pour nombre de personnes et tout cela fut détruit par un seul article dans le journal To Day. Depuis lors il faut lutter pour que le sujet soit pris au sérieux.
PI. On peut faire un parallèle avec les informations de Partage internationalsur les miracles. Il y a eu le grand miracle de 1995 : pendant quatre jours les statues hindoues ont semblé boire des litres de lait au cours des cérémonies d’offrande qui ont eu lieu dans des temples du monde entier. Des scientifiques ont été interviewés et ils ont « ridiculisé » le miracle en disant que le liquide devait avoir disparu par « capillarité », alors que certaines statues étaient faites de métal ! C’était une réponse absurde et non scientifique, mais peut-être plus facile à accepter pour le public.
SA. La communauté scientifique n’applique pas la science pour expliquer ce genre de choses. Je ne pense pas qu’elle puisse les expliquer, car elles sont « en dehors de son rayon ». Les scientifiques n’ont pas les outils nécessaires pour trouver une explication. Ils ont déjà leur opinion et ils pensent connaître la réponse.
PI. Des théories variées et inhabituelles au sujet des agroglyphes ont été suggérées dans le passé, notamment des accouplements de porcs-épics et des tourbillons de vent !
SA. Je pense que les tourbillons de vent était une explication plausible à un certain stade, mais lorsque les formations sont devenues plus complexes et que l’on a vu apparaître des carrés, des triangles et différentes formes, c’est devenu invraisemblable.
PI. Les passionnés d’ovnis et d’agroglyphes se rencontrent-ils pour échanger leurs informations ?
SA. Il y a deux rencontres majeures chaque année en Grande-Bretagne : celles du Glastonbury Symposium et celle du Wilt-shire Crop Circle Study Group. Il existe des groupes locaux plus petits qui organisent des rencontres, mais la plupart des gens communiquent par email et trouvent leurs informations sur les sites Internet. Ils se rencontrent aussi sur les agroglyphes : ceux-ci sont presque comme des temples où chacun parle, fait connaissance avec des inconnus et engage la conversation. Si l’on se rencontrait dans un bus ou un train on s’ignorerait complètement !
PI. Visiter les agroglyphes peut être une expérience très enrichissante. Une fois que l’on a commencé, on est conquis, n’est-ce- pas ?
SA. Il y a de nombreuses personnes, même des sceptiques, qui ont du mal à partir, quelque chose les retient ! Je pense qu’il y a derrière tout cela une forme supérieure d’intelligence et si vous avez une attitude positive envers elle, vous recevez quelque chose en retour – c’est très bénéfique.
[Voir photographies dans la version imprimée de la revue Partage international Litchfield, Hampshire, 4 juillet 2003 ; Adam’s grave, Alton Barnes Wiltshire, 4 août 2003]
www.temporarytemples.co.uk
Steve Alexander and Karen Douglas, Crop Circle Year Book 2003. Temporary Temple Press, 2003. ISBN 0-9537446-4-7.
* Voir l’article de Leslie Kean dans notre précédent numéro : Des scientifiques se penchent sur le mystère des agroglyphes.
Royaume Uni
Thématiques : Ovnis, Sciences et santé, spiritualité
Rubrique : Entretien ()
