L’artiste Benjamin Creme a laissé derrière lui une œuvre importante et très significative. Ce sera plus tard la tâche des historiens de l’art et des spécialistes, beaucoup mieux informés sur l’art de la peinture, de commenter et de proposer des analyses et des éclairages sur son travail. Voici juste le point de vue d’une personne ayant reçu une formation artistique très générale, mais aussi d’un ardent admirateur du travail de Benjamin Creme depuis plusieurs décennies.
Dans l’histoire de tous les arts, l’œuvre d’un artiste finit par trouver son juste classement : peu importe le temps pris pour une juste reconnaissance (parfois assez rapidement, parfois non), le travail d’un grand artiste reçoit généralement l’admiration méritée.
La musique de J. S. Bach, par exemple, occupe une place particulière dans l’histoire musicale. Sa musique est, tant sur le plan procédural que structurel, à la fois une consolidation de tout ce qui l’a précédée dans la tradition musicale de l’Occident et constitue en même temps la base de presque tout ce qui l’a suivie. Il est intéressant de noter que certains des plus grands pianistes de jazz ont passé beaucoup de temps à étudier et à jouer Bach, à trouver l’inspiration dans la façon dont il déplace les lignes musicales, comment ces lignes affectent ses structures harmoniques, et aussi pour accroître le délié des doigts dans le jeu que procure la manière de jouer Bach. Savoir bien jouer Bach au clavier, comme quiconque a essayé vous le dira, est un défi considérable.
La musique et la peinture, tout en partageant certains principes sous-jacents, restent des arts différents. Il existe toutefois sans exagérer la comparaison avec Bach, une dynamique similaire à l’œuvre dans l’art de Benjamin Creme.
Comme beaucoup d’excellents artistes avant lui, B. Creme a démontré dès son plus jeune âge un degré presque complet de maîtrise des procédés et des techniques qui l’ont précédé (il a quitté l’école à 16 ans, était largement autodidacte et, comme il l’a dit une fois, « peignait jour et nuit » par la suite). A 21 ans, il avait déjà réalisé des toiles aussi étonnantes et puissantes que Sibylline Figure (Figure sibylline), maintenant exposée au Musée écossais d’art moderne. C’était juste le début.
Ceux qui sont familiers avec la peinture de Benjamin Creme savent que, pour en faciliter le référencement, sa production peut être divisée en deux grandes périodes : son travail figuratif prédominant avant 1963/64 et son travail abstrait par la suite. Il ne fait pas de doute que les sujets des deux périodes contrastent. Mais le monde physique et l’approche symbolique ésotérique démontrent une trajectoire globale qui unifie toute sa peinture, ce qui en fait l’expression d’une même vision artistique singulière en constante expansion.
Son travail est en particulier marqué par une manière unique de traiter l’abstraction. Il a déclaré avoir été attiré par l’expression abstraite dès le début. Au cours des années 1950, il a consacré beaucoup de temps et d’efforts à la peinture des paysages qui sont évidemment des sujets identifiables par tous. Pourtant, si nous considérons une œuvre remarquable caractéristique de cette période, Rain on Hills, South of France (Pluie sur les collines, Sud de la France) (1950), nous observons un traitement merveilleusement abstrait de ce qui est essentiellement une peinture représentative, un mélange habile et équilibré des deux. Bien que cela ne soit pas tout à fait unique en soi, sa façon de le faire l’est. Sa façon de rendre les montagnes, les nuages, les terrasses, etc., démontre un solide et vigoureux sens personnel de la forme et de l’abstraction.
Ces qualités se retrouvent également dans les œuvres de sa seconde période dite ésotérique, où le traitement robuste de la forme est maintenant au service d’une matière entièrement symbolique. Une maîtrise de la forme à grande échelle est combinée, le cas échéant, avec une délicatesse frappante, mise en évidence par le travail à la brosse détaillé et le rendu subtil du jeu des diverses énergies dans des œuvres comme Flame-Coloured Deva (Deva couleur de feu) (1976-77) et Central Spiritual Sun (Soleil spirituel central) (1975-77). L’une des œuvres qui combinent particulièrement les qualités des deux périodes est l’exceptionnel Oracle, un résumé ésotérique qui présente une intégrité de forme et de composition combinée à une touche de l’esprit de Paul Klee, artiste pour lequel l’admiration de B. Creme était connue.
Benjamin Creme était également un coloriste unique et talentueux, et sa technique d’ombrage, de mélange et de juxtaposition des couleurs est très souvent à couper le souffle. Encore une fois, nous pouvons observer la série de bleus et de gris subtilement ombragés qui se mêlent aux roses doux, aux beiges et aux marrons clairs dans Pluie sur les collines, Sud de la France ou à l’intensité et la profondeur du fond dans Deva couleur de feu – mélange de bleus et de verts profonds si fortement combinés, contrairement au sujet vibrant que la peinture semble réverbérer dans un mouvement harmonieux. En ce sens, son œuvre absorbe et incorpore l’art du passé et de là se projette dans un art du futur.
Certaines similitudes peuvent alors être tracées entre B. Creme et Bach, la plus évidente étant qu’ils sont tous les deux des artistes de l’ordre le plus élevé.
Deux qualités s’appliquent spécifiquement à Benjamin Creme. D’abord, dans son travail ésotérique, il a apporté au monde un tout nouveau type d’art spirituel, quelque chose encore jamais vu. Non seulement cela attire et garde l’œil captif, mais cela confère aussi une signification profonde représentée de manière abstraite.
Deuxièmement, compte tenu de la qualité exceptionnelle de sa production artistique tout au long de sa vie, lorsque l’importance de son rôle de précurseur et de porte-parole de Maitreya et des Maîtres sera finalement compris, son influence deviendra effectivement considérable. Il a ouvert des portes de possibilités aux artistes pour des décennies, peut-être des siècles à venir, et a montré au monde un aperçu d’une forme de communication symbolique plus élevée que beaucoup peuvent être tentés de prendre pour exemple. Ils devraient toutefois être peu nombreux à posséder le genre de talent que Benjamin Creme a incarné et à être suffisamment concentrés pour pouvoir accéder au niveau de l’intuition spirituelle d’où son art provenait.
Enfin, l’opposition entre la représentation et l’abstraction peut être considérée comme une expression de la séparation entre le monde tangible, visible, et le monde invisible. Mais il s’agit d’une séparation illusoire, tout faisant intégralement partie du grand Tout.
Peut-être que la fluidité avec laquelle la peinture de Benjamin Creme se déplace entre le représentatif et l’abstrait suggère en soi la fluidité avec laquelle un monde se rencontre dans l’autre, soulignant l’unité essentielle de toutes choses.
Auteur : Marc Gregory, musicien et collaborateur de Share International, il réside au Nord de la Californie.
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