Partage international no 175 – mars 2003
D’après l’Unicef, il est essentiel d’attribuer un rôle constructif aux enfants afin de favoriser leur développement ainsi que celui d’une société humaine plus cohérente et vivant en paix.
De par le monde, des dizaines de millions d’enfants se sentent déconnectés des institutions politiques et ne font pas confiance en leur gouvernement ; selon l’Unicef, il est de la plus haute importance de prêter l’oreille aux enfants et de les impliquer dans les décisions concernant leur vie.
« Dans un monde meurtri par les conflits et divisé par la pauvreté, il est absolument essentiel de prêter attention aux enfants et de les impliquer dans l’élaboration d’un avenir meilleur pour eux, affirme Carol Bellamy, directrice à l’Unicef. Permettre aux enfants et aux adolescents de participer de manière constructive à la vie de leur communauté et de leur pays est crucial, car cela permet d’assouvir leur optimisme naturel et cela les prépare à assumer une vie adulte constructive. »
Lors de la présentation du rapport annuel de l’Unicef, la Situation des enfants dans le monde en 2003, C. Bellamy a affirmé que des études menées ces trois dernières années sur la base d’un échantillon de 40 000 enfants, répartis sur quatre continents, ont montré que la plupart doutent de l’utilité du vote en tant que levier permettant d’améliorer leurs conditions de vie et ne considèrent pas les membres de leur gouvernement comme des modèles à suivre : « Ces études ont dévoilé quelque chose de très important au sujet des valeurs adoptées par ces enfants. Notre première réaction doit être de rester attentif à ce qu’ils nous disent car en fait, leur message, c’est que nous ne les écoutons pas assez. Notre seconde réponse doit être d’engager le dialogue avec eux, de leur donner un rôle actif dans les questions qui les concernent et de tabler sur leur perspicacité et leur passion pour trouver des solutions positives. »
Selon C. Bellamy, les dernières études menées ainsi que les expériences positives de l’Unicef en matière d’implication des enfants ont conduit l’organisation à consacrer son rapport annuel à ces questions. La Situation des enfants dans le monde en 2003 étudie la question largement méconnue de la « participation des enfants », c’est-à-dire du degré avec lequel les enfants et les jeunes gens sont impliqués de manière constructive dans des solutions qui les concernent. Le rapport affirme que l’implication des enfants est essentielle pour les préparer aux responsabilités de l’âge adulte et pour le développement de sociétés générant moins d’exclusions.
Ce rapport mentionne que, loin de promouvoir l’anarchie, le manque de respect pour le pouvoir ou la sape de l’autorité parentale, la participation des enfants à des questions qui les concernent tend à promouvoir le sens du respect et la prise en compte de leur propres droits et de ceux des autres. Le rapport mentionne aussi qu’il y a de sérieux inconvénients à ne pas tenir compte des jeunes. Si les enfants sont exclus du processus de prise de décision et qu’ils n’ont pas l’occasion de s’impliquer de manière constructive dans les questions qui les concernent, alors, d’après le rapport, ceux-ci n’auront pas l’occasion de développer des compétences telles que la capacité à s’exprimer, à concilier les différences, à faire des choix responsables, à s’engager dans un dialogue constructif ou à assumer des responsabilités à leur propre égard, à l’égard de la famille ou de la communauté.
A côté des bénéfices à long terme pour les enfants eux-mêmes et pour leur propre entourage, le rapport attire l’attention sur le fait que lorsque les enfants ont l’occasion de participer aux décisions et actions des adultes, alors celles-ci sont plus positives, plus créatives, plus engagées et plus fructueuses.
« Les enfants et les adolescents ont prouvé que lorsqu’ils sont impliqués, ils peuvent faire la différence dans leur entourage. Ils ont des idées, des expériences et des intuitions qui enrichissent la vision des adultes. »
Le rapport cite de nombreux exemples qui montrent que, lorsqu’ils sont écoutés et qu’on leur donne les moyens d’agir, les enfants sont capables d’apporter des changements positifs dans leur communauté :
Dans la province du Baluchistan, au Pakistan, où le taux d’illettrisme des femmes est de 98 %, des troupes scoutes locales ont entrepris une action de sensibilisation des responsables de l’éducation afin d’autoriser les filles à fréquenter l’école. Leurs efforts ont permis, au bout de la première année, d’inscrire 2 500 filles de plus dans les écoles.
Dans la province d’Abia, au Nigéria, des étudiants d’une école supérieure ont organisé une campagne de porte-à-porte pour sensibiliser la population, composée de 25 000 Afugiris, à l’importance de la vaccination. Cette initiative a conduit des centaines de femmes, qui autrement n’auraient jamais pris conscience des avantages de la vaccination, à se rendre avec leurs enfants aux dispensaires locaux. Cette campagne a probablement permis de sauver des centaines de vies.
D’après C. Bellamy : « La société dans son ensemble bénéficie de la participation des jeunes et des enfants en raison des nouvelles idées que ceux-ci apportent. Ils ne viennent pas toujours avec les solutions les plus pratiques mais très rarement ils apportent des réponses de routine. Ils imaginent de nouvelles alternatives ou de nouvelles idées qui accroissent les chances de succès. »
Carol Bellamy note que parmi les huit objectifs principaux connus sous l’appellation « Objectifs du millénaire pour le développement », six ont trait à l’enfance et vont nécessiter d’importants investissements en matière de bien-être des enfants. Elle pense que l’écoute des enfants, la compréhension de leur point de vue et leur implication dans la réalisation seront des éléments cruciaux pour ces objectifs. La plupart de ceux-ci ont été fixés pour 2015 mais l’un d’entre eux, en rapport avec l’amélioration du système éducatif des filles, a pour échéance 2005.
Le rapport insiste sur le fait que les responsables doivent compter sur les jeunes et reconnaître leur importance. Il appelle les gouvernements à enseigner les valeurs démocratiques dès la jeune enfance en facilitant l’accès à l’éducation et à la participation dans la société civile et dans la vie publique.
Carol Bellamy affirme que « si nous échouons dans la promotion de la participation des enfants, nous manquerons une opportunité exceptionnelle de renforcer la démocratie et la dignité humaine à travers le monde. Cet échec donnera aux jeunes un sentiment d’impuissance et d’exclusion de la société ; le coût en sera terrible. »
Ce rapport met en évidence le fait que 150 millions d’enfants souffrent de malnutrition, que 120 millions en âge scolaire (en majorité des filles) ne fréquentent pas l’école, et que chaque jour, 6 000 nouveaux jeunes sont infectés par le virus du sida. La prise en compte des jeunes, leur engagement dans les initiatives de prévention et dans les processus de décisions qui les concernent sont des éléments essentiels pour faire face à ces problèmes.
Etre à l’écoute des enfants n’implique pas nécessairement l’acceptation automatique de leur point de vue. Au contraire, le dialogue et l’échange leur permettent d’élaborer des méthodes constructives pour agir sur leur entourage. La participation implique un processus d’échange social et encourage les enfants à assumer des responsabilités de plus en plus importantes en tant que futurs citoyens actifs, tolérants et démocrates.
Sources : Unicef
Thématiques : Société, éducation
Rubrique : Les priorités de Maitreya (« Pour aider les hommes dans leur tâche, Maitreya, l’Instructeur mondial, a formulé certaines priorités. Assurer à tous un approvisionnement correct en nourriture ; procurer à tous un logement convenable ; fournir à tous soins médicaux et éducation, désormais reconnus comme un droit universel. » Le Maître de Benjamin Creme, Partage international, janvier 1989. Dans cette rubrique, notre rédaction aborde les questions relatives aux priorités énoncées par Maitreya et présente des expériences orientées dans cette direction.)
