Q : Benjamin Creme au sujet du terrorisme, de la question israélo-palestinienne et du besoin de justice.

Partage international no 423novembre 2023

Vous pouvez penser que nous n’avançons pas, qu’en fait nous reculons. Chaque fois qu’il se produit une calamité comme l’attentat du 11 septembre 2001 ou l’invasion de l’Irak ou autre chose de ce genre, nous avons l’impression de reculer. Les gens m’écrivent et me disent : « Ceci affectera-t-il la venue de Maitreya ? A-t-il remis sa venue à plus tard ? » En fait, la réponse est toujours non. Ces événements ne sont pas rien et ils ont un réel impact sur l’humanité ; la tragédie du 11 Septembre a eu sur les Etats-Unis un impact tel que n’en a jamais eu aucun autre événement au cours de leur histoire récente. C’est assez extraordinaire car l’attentat fut perpétré sur un seul bâtiment dans une ville et sur un autre bâtiment dans une autre ville, soit deux bâtiments, les Twin Towers à New York et le Pentagone à Washington, et il y eut un attentat avorté sur la Maison Blanche, tout cela en un rien de temps, en une matinée. Plus de trois mille personnes furent tuées, ce qui est énorme – mais pas lorsqu’on compare ce nombre à celui de toutes les morts occasionnées par des attentats terroristes perpétrés à l’étranger contre des Américains, ou en Grande-Bretagne du fait de l’IRA, et en Espagne du fait de l’ETA pendant des années. Pas lorsqu’on le compare aux attentats terroristes continuels, mois après mois pendant des années, des attentats constants auxquels les gens finissent par s’habituer si tout n’est pas détruit, si la vie quotidienne reste encore possible.
Mais l’attentat du 11 Septembre semble avoir eu un impact psychologique extraordinaire sur les Américains, et ceci a été manipulé, amplifié hors de toute proportion, par le gouvernement [Bush]. On ne vous a pas permis de l’oublier, tout comme les Israéliens font de l’Holocauste – un événement impensable et terrible – quelque chose que l’humanité ne doit jamais oublier. Ils en ont fait un grand symbole de leur douleur et de leur souffrance, leur autorisant n’importe quel excès envers les Palestiniens. Les Juifs de partout – à cause de ce qui est arrivé à des millions de Juifs avant la création de l’État d’Israël – vivent quotidiennement dans le souvenir de cet événement où six millions d’entre eux sont morts dans des camps en Allemagne. Mais c’est arrivé à des millions d’autres gens : des Gitans, des Polonais, des Hongrois, des Roumains et des Russes sont morts de la même façon, aux mêmes endroits. On n’entend pas les mêmes lamentations de la part des Russes, des Polonais ou des Gitans, ni de la part des Roumains ou des habitants d’autres pays de l’Europe de l’Est.
Loin de moi l’idée de minimiser l’importance ou l’horreur des camps de la mort, mais l’humanité ne peut continuer à les brandir à jamais comme une illustration de l’horreur dont elle est capable envers elle-même. C’est, à mon avis, une profonde erreur de la part du peuple juif et plus particulièrement du gouvernement d’Israël, et elle fait que le monde ne verra jamais leur expérience autrement qu’à travers leur propre apitoiement sur eux-mêmes. Cela les empêche de voir la réalité de leur propre intolérance et de leur intransigeance à l’égard du peuple de Palestine. De tous les peuples du monde qui ont souffert, souffert pendant des siècles, le peuple juif remporte probablement la palme; mais la souffrance des Palestiniens semble ne pas compter. L’Holocauste est utilisé par Israël, même inconsciemment, pour justifier l’oppression des Palestiniens d’une manière qui est dépourvue de cœur et cela représente un profond danger pour l’ensemble du monde.
[…] Il ne pourra jamais exister de guerre contre le terrorisme, qui n’a pas de frontières, qui ne vient pas d’un État ou d’un pays. Cette idée est un fantasme, mais elle donne au gouvernement américain le droit de faire la guerre à n’importe quel pays qu’il considère comme aidant ou encourageant l’activité terroriste. Lui-même aide et encourage l’activité terroriste. Il soutient Israël en lui accordant trois milliards de dollars par an pour son armement, si bien que l’armée israélienne est la plus puissante de la région, et l’une des plus puissantes dans le monde. Israël possède l’arme nucléaire. Personne ne pense qu’il ne devrait pas avoir la bombe. Dans ce cas pourquoi l’Irak n’était-il pas autorisé à posséder une bombe nucléaire ? Pourquoi l’Irak n’aurait-il pas dû avoir des armes de destruction massive si Israël était autorisé à en avoir ? L’une des raisons données par le gouvernement américain pour attaquer l’Irak fut qu’il n’avait pas respecté 19 résolutions votées contre lui par les Nations unies. Mais Israël en a enfreint 63. Pourquoi ? Parce que les Etats-Unis ont un droit de veto au Conseil de Sécurité et ne permettent pas aux résolutions d’aller plus loin.
C’est ce genre de gouvernement qui est au pouvoir aux Etats-Unis. C’est un pouvoir qui encourage l’oppression des Palestiniens, tout en prétendant approuver les motions visant à favoriser la mise en place d’un Etat palestinien. […] La Cisjordanie appartenait au royaume de Jordanie avant l’invasion préventive d’Israël en 1967. Maitreya demanda au roi Hussein de Jordanie (lors du séminaire organisé par Maitreya en avril 1990, à Londres) s’il accepterait de renoncer à la souveraineté sur la Cisjordanie afin qu’elle devienne une patrie pour le peuple palestinien. Le bon roi de Jordanie (aujourd’hui décédé) accepta et ainsi la Cisjordanie devint une patrie possible, avec la Bande de Gaza, pour les Palestiniens.
Mais depuis, ces territoires ont été rognés par l’implantation de colonies israéliennes sur une grande partie de la Cisjordanie. Il existe de vastes ensembles de bâtiments entourés de murs et une petite armée autour pour les sécuriser, et des routes construites à travers la Cisjordanie pour les relier. Ces routes ont découpé la Cisjordanie, si bien que ce qui reste au peuple palestinien correspond à environ 40 % du territoire originel. Telle est la réalité et c’est la raison pour laquelle Maitreya a conseillé à Yasser Arafat de ne pas signer l’accord. L’implantation de colonies s’est poursuivie. Elles ont complètement détruit la Cisjordanie, coupant les Palestiniens de leurs terres, de leurs vergers, les empêchant de gagner leur vie. Maintenant les Israéliens sont en train de construire un mur. Tout ceci est fait froidement, professionnellement, en réponse à ce qu’ils appellent le terrorisme des Palestiniens qui utilisent les seules méthodes à leur disposition pour obtenir une réparation ou un semblant de liberté, une liberté identique à celle qu’Israël désire pour lui-même.
Les premiers Israéliens ont enseigné le terrorisme aux Palestiniens. Israël s’est formé par le terrorisme. Il y avait un certain nombre de groupes, comme le groupe Stern et l’Irgun Zevai Leumi. Ils combattirent comme des terroristes contre les Britanniques et les Palestiniens, et «conquirent» le territoire que nous connaissons sous le nom d’Israël. Ils se sont battus et ils ont lutté pour cette terre tout comme les Palestiniens se battent aujourd’hui pour garder le lopin de terre qui pourrait être leur patrie. C’est tout à fait injuste et il y a le poids du gouvernement américain, la force du dollar et de l’armée américaine derrière tout cela. Il n’y aura jamais de paix dans le monde tant que cette situation perdurera. (PI, mars 2005)

« Les hommes doivent savoir que l’on a besoin de tous pour triompher des maux du passé. La division et la séparativité ont des racines anciennes et ne lâcheront pas facilement prise. Chacun doit donc considérer comme sienne la tâche d’aider le Christ dans sa mission de transformation et donner le meilleur de lui-même pour reconstruire le monde.
Bientôt le monde entier connaîtra le Seigneur dans toute sa splendeur. Bientôt les hommes pleureront de joie à son apparition. Bientôt, ils prendront à leur compte la tâche de sauvegarde du monde, permettant à l’humanité de retrouver sa véritable unité. Ainsi en sera-t-il. Ainsi les hommes connaîtront-ils enfin cette Fraternité à laquelle ils aspirent depuis longtemps mais qu’ils ont jusqu’ici été incapables de trouver. » [L’Emergence du Grand Seigneur, juin 1988, Un Maître parle]

Réponses données par Benjamin Creme