Partage international no 44 – avril 1992
Vous répondez vous-même, dans la seconde partie de votre question. Personnellement, je ne crois pas à l’utopie. Je crois à l’évolution, mais je ne crois pas que l’évolution constitue une utopie. Nous sommes parvenus depuis l’homme préhistorique, animal, jusqu’au point où nous nous trouvons aujourd’hui. Comparés aux premiers hommes, nous sommes extraordinairement évolués, mais nous sommes très loin de ce que nous serons lorsque nous serons tous des Maîtres.
Si nous étions tous des initiés du 3e degré — c’est-à-dire si nous avions au moins accompli les trois cinquièmes du chemin qui conduit à la Maîtrise — le monde serait totalement différent, mais néanmoins, pas encore parfait dans le sens de l’utopie. Je ne crois pas à l’utopie car je crois que l’évolution est un processus créatif, et non pas statique. Il existe un schéma pour cette perfection, mais cette perfection elle-même n’est pas figée. L’évolution s’effectue selon la Loi de Cause et d’Effet, et se manifeste à travers cette Loi. Il s’agit d’une donnée fondamentale qui se trouve à l’origine même de la responsabilité que nous avons, puisque toute pensée et toute action que nous engendrons produit une cause. Ceux qui sont destructifs attirent la destruction sur eux-mêmes, mais aussi, temporairement, sur ceux qui les entourent.
Ce processus sera de mieux en mieux maîtrisé au fur et à mesure que l’humanité se considérera davantage comme Une, qu’elle créera des structures — politiques, économiques, religieuses, sociales, scientifiques — qui manifesteront cette unicité intérieure. Nous serons ainsi débarrassés de beaucoup des tendances séparatives qui divisent aujourd’hui le monde.
L’humanité se compose toujours d’éléments de différents niveaux. Certaines personnes, qui entrent maintenant en incarnation, sont de véritables débutants au regard de l’humanité moderne. Elles se situent en bas de l’échelle de l’évolution et ont un très long chemin à parcourir. Mais l’humanité change rapidement. Tout concourt à accélérer le rythme des changements, et cette croissance sera de plus en plus forte. La perfection n’existera pas tant que nous ne serons pas tous des Maîtres, c’est-à-dire parfaits. Ainsi, ce que vous entendez ici par l’utopie (tel que je comprends la question — c’est-à-dire un état dans lequel il n’y aurait aucune manifestation d’énergie négative ou destructrice) ne se produira pas avant la fin de l’ensemble du processus de l’évolution, soit dans des millions d’années, ce qui rend ces considérations sans objet.
