Partage international no 353 – février 2018
par Gerard Aartsen
Selon les enseignements de la Sagesse éternelle, l’ère des Poissons a doté l’humanité de deux qualités principales : l’individualisme et l’idéalisme. Mais, si elles sont des attributs essentiels de notre travail évolutif pour exprimer l’unité fondamentale de l’humanité, la façon déséquilibrée dont ces deux qualités sont exprimées dans la manière dont nous avons organisé la société a conduit le monde au bord de l’abîme.
En effet, si l’on considère l’état du monde en 2017, huit individus sont aujourd’hui aussi riches que les 50 % de l’humanité les plus pauvres (Oxfam) ; plus d’un milliard de personnes vivent avec moins d’un euro par jour et il n’y a jamais eu autant de gens employés à des salaires inférieurs au minimum vital. Ces chiffres montrent à quel point la manifestation de l’individualisme et de l’idéalisme a atteint son apogée et a renforcé les vices de la séparativité et de l’extrémisme dans un système dysfonctionnel où la compétition est devenue une nécessité et la cupidité une vertu.
Pourtant, face à l’injustice croissante et à tant de souffrance humaine, on observe partout les prémisses d’un grand mouvement vers l’expression de l’unité et de la synthèse – les qualités de l’ère du Verseau.
Nous savons au fond de nous-mêmes que l’espèce humaine est une grande famille, une seule race, mais, comme Benjamin Creme l’a souligné à maintes reprises, nos structures sociétales actuelles ne nous permettent pas d’exprimer cette unité, et cette impossibilité nous a conduits à la crise actuelle, qui se manifeste plus clairement dans les domaines sociaux et économiques.
L’humanité est maintenant profondément divisée quant à la manière de sortir de cette crise. Deux camps s’opposent, les conservateurs, partisans du maintien du vieux système concurrentiel basé sur les oppositions de classe et les conflits, et ceux qui souhaitent expérimenter de nouveaux moyens pour favoriser l’ouverture, la justice et la coopération.
Il est intéressant de noter que toutes les grandes religions proposent des solutions similaires pour résoudre ce clivage et extraire l’humanité de ses difficultés. Elles s’accordent sur le principe d’une révélation cyclique (1) à travers l’émergence d’un Maître au début ou à la fin de chaque cycle ou ère cosmique, (2) sur la source et l’évolution de la conscience, qui (3) doit être exprimée en vivant selon la Règle d’or pour instaurer de justes relations humaines.
Les étudiants des enseignements de la Sagesse éternelle reconnaîtront dans cette itération trois lois majeures qui ont été présentées à l’humanité par les Instructeurs spirituels depuis des temps immémoriaux : (1) la loi du Retour cyclique ; (2) la loi de l’Evolution ; (3) la loi de l’Innocuité.
Ce sont ces lois que Maitreya, l’Instructeur mondial et les Maîtres de Sagesse sont venus nous rappeler aujourd’hui.
La loi du Retour cyclique : Les lecteurs de la revue Partage international connaissent bien cette loi. Benjamin Creme a souvent rappelé que les chrétiens attendent la Seconde Venue du Christ, les juifs attendent le Messie, les bouddhistes attendent le Bouddha Maitreya, les hindous la 10e incarnation de Vishnu, ou l’avatar Kalki, et certaines tendances de l’Islam attendent la venue de l’Imam Mahdi, le 12e Mahdi. Beaucoup trouveront là une confirmation de la loi ésotérique du retour cyclique annoncée dans plusieurs textes des anciennes écritures.
Hindouisme : « Quand la justice s’étiole, quand l’injustice augmente, je me manifeste. Pour la défense des bons, pour la ruine des méchants, pour le rétablissement de la Loi, alors je me fais moi-même créature et je réapparais d’âge en âge. » – Sri Krishna (Bhagavad Gita, Chapitre 4, versets 7 & 8)
« …à la jonction entre deux yugas, le Seigneur de la création naîtra en tant qu’Avatar Kalki […]. A ce moment, les puissants du monde seront devenus des pillards. » (Srimad-Bhagavatam, 1.3.25)
« Quand les pratiques enseignées dans les Védas et les Ecoles de la Loi auront décliné et que la fin de l’Age de Kali sera proche, une partie de cet être divin qui existe de sa propre nature spirituelle, et qui est le commencement et la fin, et qui comprend toutes choses, descendra sur la Terre. » (Vishnu Purana, Livre 4, Chapitre 24)
Judaïsme : « Il sera appelé le Conseiller merveilleux, Dieu puissant, Père éternel, prince de la paix. Il étendra son autorité et assurera une paix sans fin. Il occupera le siège royal de David et dirigera son royaume. Il l’établira et le rendra solide en faisant respecter le droit et la justice, dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fera le Seigneur des armées. » (Livre d’Isaïe 9.5‑6)
« Avec les empreintes de pas [annonçant] le Messie, les présomptions augmenteront et la pénurie atteindra des sommets ; la vigne donnera son fruit, mais le vin sera coûteux ; et l’empire tombera dans l’hérésie et il n’y aura personne pour s’y opposer. Les académies seront livrées à la fornication, et la sagesse des scribes deviendra insipide, et ceux qui fuient le péché seront jugés méprisables, et la vérité ne sera nulle part trouvée. Les enfants feront honte aux anciens, et les anciens se soulèveront contre les enfants » (Mishnah, Sota 9.15).
Bouddhisme : « En ce temps-là, frères, apparaîtra dans le monde un être de grande élévation nommé Maitreya (le Bienveillant), un Arhat pleinement illuminé, un être de sagesse et de justice, un Heureux, un Connaisseur du Monde, le Cavalier hors pair des hommes à apprivoiser, un Instructeur des dévas (anges) et de l’humanité, un Bouddha comme moi-même. Il proclamera la norme, belle à ses débuts, belle au milieu, belle à la fin. Il fera connaître la perfection de la vie dans la droiture, à la fois dans l’esprit et dans la lettre, comme je le fais maintenant. Il dirigera un Ordre de plusieurs milliers de Frères, alors que je dirige maintenant un ordre de plusieurs centaines de Frères. » (Gautama Bouddha, Digha Nikaya, III.76)
Chrétienté : « Alors le signe du Fils de l’homme apparaîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec sa puissance et son immense gloire. De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est tout proche, à votre porte. » (Jésus, Evangile de Matthieu 24 : 30-33)
Islam : « Même s’il ne reste qu’un jour pour la Qiyamah [la résurrection] à venir, Allah enverra sûrement un homme de ma famille qui remplira ce monde de justice et d’équité, comme il était initialement rempli d’oppression. » (Le Prophète, 3 Hadith)
La loi de l’Evolution : La loi de l’Evolution gouverne le développement de la conscience afin de l’amener à réaliser qu’elle est une avec la Source. Elle se retrouve également dans les écritures de toutes les traditions religieuses.
Hindouisme : Selon l’hindouisme, pour atteindre la libération du monde, il faut parvenir à la plénitude : un être humain doit acquérir la connaissance de son vrai soi (Atman) et se rendre compte qu’il est identique au Soi transcendant, au Brahman ou Réalité ultime.
Comme le dit Sri Krishna : « L’âme est la cause du mouvement, mais elle ne bouge pas elle-même. L’âme est une, mais elle a des formes innombrables. L’âme crée, préserve et détruit. L’âme est la lumière de toute lumière ; et sa lumière transcende la dualité de la clarté et de l’obscurité. L’âme est la lumière de la connaissance ; et sa lumière est aussi le but de la connaissance. Dans l’âme, le sujet et l’objet de connaissance sont un. » (Bhagavad Gita 13 : 12-17)
Judaïsme : Dans la mystique juive, le Zohar voit la construction du Tabernacle comme un symbole de notre unité croissante. Dans le Livre de l’Exode, le Tabernacle est la demeure de Dieu au sein des campements israélites au cours de leurs errances, et les étudiants des enseignements de la Sagesse éternelle n’auront pas de mal à y voir une allégorie du retour progressif à la perfection à travers les nombreuses incarnations de l’âme sur le chemin de son retour à sa Source. Alors que le Tabernacle était composé de plusieurs parties, quand elles étaient toutes correctement assemblées « le Tabernacle était une parfaite unité ». (Livre de l’Exode, 26:6).
Bouddhisme : l’évolution de la conscience s’exprime en tant que cessation de la pensée : « Juste est le noble sentier octuple : la vue juste, l’aspiration juste, la parole juste, l’action juste, un juste moyen de subsistance, l’effort juste, la bonne attention, la bonne concentration. C’est l’ancien chemin, l’ancienne route parcourue par les Justes des temps anciens. J’ai suivi ce chemin. Je suis parvenu à la connaissance directe du vieillissement et de la mort, la connaissance directe de leur origine, de leur cessation, et du chemin qui mène à cette cessation. J’ai suivi ce chemin. A la suite de quoi je suis parvenu à la connaissance directe de la naissance… de la destinée… de l’attachement… de l’envie… des émotions… la connaissance directe de l’origine de la conscience, de la cessation de la conscience, du chemin menant à la cessation de la conscience. J’ai suivi ce chemin. » (Gautama Bouddha, Nagara Sutta, Samyutta Nikaya II.124)
Chrétienté : un concept très similaire existe dans le christianisme lorsque Jésus nous encourage à appliquer et aiguiser nos facultés conscientes : « et pourquoi aussi ne jugez-vous pas par vous-mêmes ce qui est juste ? » (Evangile selon Luc 12 : 57). Dans Matthieu, nous lisons qu’avec une perception limitée de la vie et de la réalité « le cœur des gens est devenu insensible ; leurs oreilles sont sourdes et leurs yeux fermés de peur qu’ils ne voient de leurs yeux, n’entendent de leurs oreilles, et ne comprennent de leur cœur, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. Mais vos yeux sont bénis, car ils voient, et vos oreilles sont bénies car elles entendent. Car en vérité, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vuw ; entendre ce que vous entendez, et ils ne l’ont pas entendu. » (Matthieu 13 : 15-17)
Aussi, quand Jésus a proclamé : « Je suis le chemin, la vérité et la vie : nul ne vient au Père, si ce n’est par moi » l’étudiant ésotérique comprend qu’il se réfère à l’expression croissante de notre divinité innée.
Islam : selon l’islam, Dieu ne peut être perçu que par le « cœur ». Dans le soufisme, l’approche mystique de l’islam, les disciples cherchent à trouver une expérience personnelle directe de Dieu en renforçant la connexion du cœur avec le Divin. C’est ce qu’on appelle « l’ouverture du cœur », de sorte que l’on se retrouve uni au Divin ou « perdu dans l’amour de Dieu ».
Comme pour montrer directement l’expansion ou l’évolution de la conscience, le poète Rûmî dit que l’homme ne peut pas connaître Dieu par les sens « car Dieu est immatériel ; ni par l’intellect, car Dieu est impensable. La logique ne dépasse jamais le fini ; la philosophie voit double ; l’apprentissage du livre favorise l’orgueil et obscurcit l’idée de la vérité avec des nuages de mots vides. » « Regardez dans votre propre cœur, dit le Soufi, car le royaume de Dieu est en vous. » (A. Reynold Nicholson, Les mystiques de l’islam)
La loi d’Innocuité : Élargir notre perception pour restaurer la conscience de notre divinité innée, en vivant selon les lois de la vie qui nous sont données par la révélation cyclique, implique aussi d’étendre notre conscience au bien-être de nos semblables, où qu’ils se trouvent. Par conséquent, toute véritable expression de cette expansion de conscience doit se manifester dans de justes relations humaines à travers la loi de l’innocuité, plus connue sous le nom de Règle d’or.
Hindouisme : « On ne devrait jamais faire à autrui ce que l’on considère comme offensant pour soi-même. Ceci est, en résumé, la règle de Droiture. » (Mahabharata, Anusasana Parva 113.8)
Judaïsme : « Ce que tu ne voudrais pas que l’on te fît, ne l’inflige pas à autrui. C’est là toute la Torah, le reste n’est que commentaire. » (Hillel, Talmud, Shabbat 31a)
Bouddhisme : « Ne blesse pas les autres de manière que tu trouverais toi-même blessante. » (Gautama Bouddha, Udana-Varga 5:18)
Chrétienté : « Toutes les choses que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-les leur de même ; car ceci est la loi et les prophètes. » (Jésus, Matthieu 7:12)
Islam : « Aucun de vous ne croira, jusqu’à ce qu’il aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » (Mohammed, Al-Nawawi, 13e Hadith)
La Règle d’or est tellement enracinée en nous comme plus haute aspiration humaine, qu’elle a été inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, Article 25, paragraphe 1 « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »
Cet article a servi de guide à la revue Partage international dès sa création, comme base à l’établissement de relations humaines justes et à la restauration de la justice dans le monde.
Les fragments des enseignements séculaires présentés ci-dessus montrent sans équivoque qu’aucune autre déclaration ne fournirait une feuille de route plus sûre pour sortir de la crise de conscience qui afflige l’humanité à ce carrefour entre deux âges. Ils soulignent également la simplicité étonnante et la beauté de l’enseignement de Maitreya : « Quand vous partagez, vous reconnaissez Dieu en votre frère. » (Message n° 82)
Auteur : Gerard Aartsen, enseignant, auteur et collaborateur de Share International basé à Amsterdam (Pays-Bas).
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Rubrique : Divers ()
