Privilégions le « nous », pas le « je »

Partage international no 350octobre 2017

Lors d’un séminaire organisé du 24 au 28 avril 2017 à Vancouver par le Ted 20171, le rabbin Jonathan Sacks, philosophe, auteur et figure morale respectée, a effectué un exposé stimulant démontrant notre capacité à envisager notre avenir sans crainte, à condition de l’envisager ensemble. Il a déclaré : « Nous vivons des temps où l’âme des hommes ‑ y compris la nôtre ‑ est durement mise à l’épreuve. Oui, nous vivons un moment décisif de l’Histoire humaine. Nos élections nous divisent, divisent nos sociétés, et nous assistons à la poussée de l’extrémisme : tels sont les fruits de la crainte, de l’angoisse et de l’incertitude quant à l’avenir. Notre monde change plus vite que nous ne pouvons le supporter, et sans doute va-t-il continuer à changer de plus en plus vite. Avons-nous donc encore un moyen d’envisager notre avenir sans crainte ? » Pour répondre, J. Sacks examine ce que nous vénérons en ce début de XXIe siècle : les anthropologues de l’avenir, dit-il, verront que nous lisons de nombreux livres sur l’épanouissement de soi, que nous considérons la politique comme la défense des droits individuels, et que nous adorons nous prendre nous-mêmes en photo ‑ et ils en concluront que nous vouons à nous-mêmes un véritable culte.

Cette auto-adoration est en opposition directe avec notre nature sociale, et avec notre besoin d’amitié, de confiance, de loyauté et d’amour. « Dès qu’il y a trop de je et pas assez de nous, dit-il, nous nous retrouvons craintifs, vulnérables et seuls. » Selon lui, ce que nous devons faire afin de renforcer le « nous », c’est de le considérer à l’avenir en trois dimensions : « Le nous relationnel, le nous de responsabilité et le nous identitaire. Et, avant tout, nous devons comprendre, respecter et célébrer ce qui est différent de nous. »

Et certes, à une époque où tout le monde informe tout le monde en disant tout et son contraire, où nous nous barricadons derrière les idées qui nous conviennent, notre sociabilité ne peut que souffrir : « Nous devons retrouver ces face-à-face avec les gens qui sont différents de nous, afin de nous apercevoir que l’on peut être en plein désaccord avec quelqu’un et cependant rester ami avec lui. Alors nous découvrons que les gens qui ne nous ressemblent pas sont, comme nous, des gens, tout simplement. »

Avec humour et éloquence, J. Sacks parle ensuite de l’immigration et des émigrants : si l’on a, dit-il, un fort sentiment de sa propre identité, on ne se sent pas menacé par celle des autres, si bien que l’on peut accueillir l’étranger au lieu de le craindre.

Concernant le « nous de responsabilité », J. Sacks estime que notre pensée a régressé à un stade « magique », car nous croyons qu’il suffit d’élire un gouvernant fort pour régler tous nos problèmes. Quand cette opinion domine, nous tombons dans l’extrémisme de droite ou de gauche, religieux ou antireligieux.

« C’est seulement si nous sommes tous unis que nous pourrons nous sauver de nous-mêmes. Lorsque nous passons de la politique du « moi » à celle du « tous ensemble », nous redécouvrons ces belles vérités : une nation n’est forte que lorsqu’elle prend soin des faibles ; elle ne s’enrichit que lorsqu’elle aide les pauvres ; elle ne devient invulnérable que lorsqu’elle protège ceux qui sont vulnérables. C’est tout cela qui fait les grandes nations. »

L’auteur nous laisse avec cette simple suggestion : « Chaque fois que le mot « soi » vous viendra à l’esprit, remplacez-le par « les autres ». Au lieu de « s’aider soi-même », « aider les autres ». Au lieu « d’estime de soi », « estime des autres ». Nous pouvons affronter tout ce qui peut se produire dans l’avenir si nous savons que nous ne l’affronterons pas seul. »


Sources : ted.com
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Rubrique : La voix de la raison (« Hormis la guerre, rien ne compromet aussi gravement l’avenir de l’humanité que la pollution. Constatant qu’il en est ainsi, certains pays ont pris des mesures pour la réduire et pour limiter le réchauffement climatique. D’autres, parfois parmi les plus gros pollueurs, nient la réalité d’un tel réchauffement en dépit des preuves qui s’accumulent. A tout moment, dorénavant, les changements climatiques montrent sans l’ombre d’un doute que la planète est malade, qu’elle a besoin de soins immédiats et attentifs pour retrouver l’équilibre. Le temps nous est compté pour mettre fin aux ravages que subit quotidiennement la planète Terre. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant a son rôle à jouer dans sa restauration. Oui, le temps presse. Save Our Planet (S.O.P.), sauvons notre planète ! » Source : Le Maître de B. Creme, S.O.P. Sauvons notre planète, 8 septembre 2012)